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vendredi 26 juin 2015

Les histoires de l'autre Bloy

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Excellent travail des Editions des Malassis qui produisent un document dont on pouvait ignorer l'existence, à moins d'avoir étudier la vie de Bloy avec grande attention : les écrits de Georges Bloy sur les Moïs et Annamites.
Ce livre dormait sous forme de manuscrit corrigé par Léon Bloy dans les archives de Joseph Bollery à La Rochelle. Ce dernier avait en effet conservé les papiers du fameux Jésus-Christ des colonies, ce Bloy prénommé Georges, frère cadet du fulminant. Et il aurait fallu plus d'un siècle pour le sursaut d'intérêt pour l'histoire coloniale le mette enfin en lumière.
Ce Georges Bloy n'est pas n'importe qui. Outre que son aîné Léon en a fait une victime du système colonial — les choses sont sans doute plus compliquée pour cet homme naïf sans doute mais doté d'un sang chaud et très réactif aux règlements administratifs et aux abus de pouvoir —, il laissait à sa mort en 1908 un ensemble d'écrits réunis à partir dans les années 1860 où apparaissent la culture et les usages des peuples mois et annamites qui "ne boivent jamais en mangeant".
Briquets atmosphériques ou chasses à dos de buffle, fabliau indochinois des deux crabres, moeurs économiques des Annamites, remèdes, vendetta chez "les sauvages", "drogues stupéfiantes utilisées par les voleurs en Orient", le "tome moïs (l'interdit), etc. Mais on devine aussi la "civilisation coloniale" en action à travers de multiples notes, comme ces "médecins militaires (...) privant à la fois de sang et de nourriture, assurant enlever de cette façon les forces à la maladie qu'ils réussissent effectivement à fair e disparaître en tuant le patient, qui se trouve débarrassé du même coup de la maladie dont il souffrait et de l'existence dont il jouissait"...
Constitué par fragments d'un ensemble de contes, d'anecdotes, d'observations et d'histoires piochées par cet ethnographe amateur, l'ensemble est roberait et instructif car ils sont rares ces recueils où le solitaire, aventurier ou non, a pris la peine de détailler la vie qu'il découvrait aux colonies.
Maurice Dubourg avait déjà raconté la vie dans Un aventurier périgourdin en Indochine (Peyronnet, 1950) où s'apercevait déjà une version plus aquarellée, pour dire les choses, que la défense totale publiée Léon Bloy dans les Lettres aux Montchal ou dans Le Sang du pauvre (1909). En effet, l'écrivain refusa toujours la culpabilité de son frère et les causes qui lui valurent six ans de bagne en Nouvelle-Calédonie et le "doublage" de sa peine sur un îlot en face Koné, Koné où il mourut le 6 octobre 1908. De fait, la vie de Georges Bloy, tour à tour marin, chasseur, voleur, administré spolié ou trafiquant colérique mériterait à son tour de prendre forme dans une biographie détaillée. Après L'Or de Cendrars, on aurait L'Annamite, et un film épatant où pulluleraient les aventuriers, comme ces Louis Vertil et l'Irlandais, ou bien le Breton Lautec...
Pour commencer, lisons Georges Bloy pour deviner l'homme qu'il était.


Georges Bloy Contes et récits des peuples mois et annamites. Suivis de Léon BLoy et son frère Georges, par Maurice Dubourg, et de Jésus-Christ aux colonies, par Léon Bloy. — Paris, Editions des Malassis, 256 pages, 21 €

vendredi 20 décembre 2013

A la recherche d'un portrait d'Henry Daguerches



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Alors que les précieuses éditions Kailash ont réédité il y a quelques années Le Kilomètre 83 d'Henry Daguerches - sa première version avait paru dans La Revue de Paris entre janvier et mars 1913 -, le Préfet maritime profite de l'opportunité pour lancer un appel : quelque alamblogonaute possèderait-il un portrait dudit Dagueches ?
De son nom Charles-Marie-Octave Valat (1876-1939), né le 10 mars 1876 à Toulon et mort à Marseille en mars 1939, Daguerches n'est pas un inconnu. La preuve, Hector Talvart et Joseph Place lui consacrent une notice dans leur inestimable bibliographie. Pour autant, ça ne nous apporte aucun portrait...
Après des études secondaires menées à Toulon puis à Avignon, il prépare l'École Polytechnique (1895) puis décide de s'engager dans l'artillerie de marine. Il devient capitaine avant l'âge de 26 ans et est envoyé en Chine au sein du corps expéditionnaire chargé de briser la révolte des Boxers. En 1908-1909, il séjourne en Cochinchine où il dirige l'artillerie. Il rentre en France où il est affecté à l'arsenal de Toulon. En 1912, il effectue un second séjour au Tonkin, est mobilisé lors de la Première Guerre mondiale puis retourne en 1918 au Tonkin où il prend sa retraite en 1919. Il ne quitte plus l'Indochine jusqu'à sa mort vers 1930. Il publie de nombreux contes, chroniques, nouvelles et poèmes dans la presse parisienne, ainsi que dans les revues Pages indochinoises et Revue indochinoise. A Hanoï, Daguerches-Valat était un intime du gouverneur général Pierre Pasquier et du peintre Inguimberty, et il finit même, en 1924 à être candidat à la délégation de l'Annam (élection du 2 mars 1924), avant de recevoir, ultime honneur, le Prix littéraire des français d'Asie (1930).
Il repose aujourd'hui au cimetière de Roquebrune-sur-Argens, dans le Var.




Bibliographie
Consolata, fille du soleil (Paris, Calmann Lévy, 1906 ; 1922 ; illustrations de Constant Le Breton, Librairie Lemercier, 1928, 266 p.)
Monde, vaste monde ! (Paris, Calmann-Lévy, 1909, 319 p.)
Le Chemin de Palipata (poèmes), B. Grasset, 1911.
Le Kilomètre 83 (La Revue de Paris, février-mars 1913; Calmann-Lévy, 1917 ; Edimbourg-Paris, Impr. Nelson éditeurs, coll. Nelson, n° 276 ; Calmann-Lévy, éditeurs, 1928 ; Calmann-Lévy, "Aux armes de France", 1941; coll. Le Zodiaque, 1947; Paris, Kailash, 1993, coll. "Les exotiques", postface de Jean-Philippe Geley ; in collectif, Un rêve d'Asie, Omnibus, 2000).
René Crayssac, Sous les flamboyants, Poésies. Préface d'H. Daguerches (Hanoï, Imprimerie d’Extrême-Orient, 1913).
L'Affaire du port de commerce. Aux hommes libres de Cochinchine..., Imprimerie du Centre, 1923 L'Indochine actuelle et son avenir : une critique, un programme (Hanoï-Haïphong, Imprimerie d'Extrême-Orient, 1924, 56 p.) Texte présent sur Gallica.
Emmanuel Defert, Quinze estampes. Indochine. Introduction de Henry Daguerches (Hanoï, 1926). Le Paravent Enchanté. Texte en vers d'une chinoiserie avec divertissement et machines. Le théatre et les rimes légères du Chevalier de la Mézérade, recueillis, arrangés et publiés par son arrière-petit-neveu H. Daguerches (Hanoï, Imprimerie d'Extrème-Orient, s.d. Grand In-80°, 119 pages. Poème manuscrit imprimé (de H. D.) sur la page de garde. Tirage limité à 500 exemplaires.



Lire la suite : Henry Daguerches et quelques autres par Jean Dorsenne (1932)

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jeudi 10 juillet 2008

Groslier du Mékong

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Hier avait lieu à la Galerie Rauch (3 passage Rauch), à Paris, la présentation d'Eaux et lumières, un texte précieux de George Groslier.
George sans s, précise-t-on d'emblée, comme pour Sand, à la différence près que Groslier était un homme, et pas n'importe lequel.
Son existence fut remarquable, et l'approfondissement de notre connaissance des recoins de l'histoire coloniale devrait le prouver.
Pour commencer, et ça ne manque pas de sel, George Groslier, administrateur colonial fut celui qui eut la responsabilité d'arrêter le jeune arriviste André Malraux dans ses opérations de découpe du patrimoine lapidaire khmer.
Une belle carte de visite qui lui valut très probablement d'être ignoré par la métropole.
Il eut de plus la double et pénible malchance de mourir, sous la torture, le 18 juin 1945 au Cambodge où il participait au titre d'opérateur-radio à la résistance contre les Japonais.

En 1996, les éditions Kaïlash avait réédités deux de ses volumes, La Route du plus fort (1926) et Le Retour à l'argile (1929), douze ans plus, c'est son journal de route au fil du Mékong qui reparaît à La Bibliothèque. L'édition originale avait paru en 1931 à l'enseigne de la Société d'éditions géographiques. George Groslier s'y montre un parfait écrivain, si ce n'est un poète. Né au Cambodge le 4 février 1887, George Groslier se consacra tout entier à son pays après avoir suivi ses études aux beaux-arts à Paris et subir la déception d'un second Prix de Rome. De retour auprès des siens, il découvrit Angkor et se passionna pour l'art khmer, entama une série de conférences et publia des essais qui lui valurent d'obtenir une mission du Ministère de l'Instruction publique et de la Société Asiatique en 1913-1914. Plus tard, il créa l'école d'art de la colonie et le Musée Albert Sarraut, inauguré en 1942, dont il fit le Louvre de l'art cambodgien. Il multiplia encore les initiatives relatives à l'artisanat local à l'échelle nationale et internationale.
A partir de 1926, il ajouta encore, et avec bonheur, la flèche littéraire à son carquois en produisant des romans et des récits qui témoignaient des contacts, difficultés et émerveillements de l'Occidental en Asie. Eaux et Lumières en est l'un de ses plus beaux écrits (nous n'avons pas tout lu encore) : engagé dans une tournée de recensement des pagodes, George Groslier y décrit par le menu et avec une immense grâce son périple le long des nombreux bras du Mékong. L'évocation des villages ou d'un vieil arbre déraciné sombrant dans la rivière sont de pure beauté. Un "bijou posé sur le fleuve", dit son nouvel éditeur, et il n'a pas tort.




George GROSLIER Eaux et Lumières. Journal du Mékong cambodgien. — Paris, La Bibliothèque, 2008, 208 p., 16 euros
La Route du plus fort. — Pondichéry-Paris, Kaïlash, 1996.
Le Retour à l'argile. — Pondichéry-Paris, Kaïlash, 1996.

Sur George Groslier
Bernard Hue Littératures de la péninsule indochinoise (Paris, Karthala, 1999).
Alain Ruscio Amours coloniales : aventures et fantasmes exotiques de Claire de Duras à Georges Simenon (Bruxelles, Complexe, 1999).
Henri Copin L'Indochine des romans (Pondichéry-Paris, Kaïlash, 2000).
Christophe Loviny Les Danseuses sacrées d'Angkor (Paris, Seuil, 2002).