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mercredi 6 février 2013

L'imprécation selon Federigo Tozzi

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Au sujet de l'imprécation, nous vous avions parlé d'Olimpia, tonitruante création de Céline Minard (Denoël, 2010), à laquelle la comédienne Nathalie Richard a prêté sa chair et sa voix troublante.

Aujourd'hui, nous avons choisi, non pour y faire écho, mais pour vous offrir un prolongement qui vous offrira peut-être l'occasion d'une dérive, cette imprécation qui nous a paru... suffocante.

Federigo Tozzi (1883-1920) en est l'auteur. Poète et prosateur italien, décédé de la grippe espagnole comme Apollinaire, il était un homme en délicatesse avec son temps, les autres, et la ville qui l'oppressait. Au cœur des soixante-neufs récits qui composent les peu ordinaires Bêtes, il avait imaginé pour notre plus grande édification cette imprécation-ci qui n'est pas de vil monnaie.

Que Dieu veuille que l'azur que vous respirez, si limpide et si beau, se change en fiel ou durcisse tant que vous mourriez sur-le-champ, bouche ouverte, les dents cassées en pure perte en s'essayant à le ronger ! Que vos maisons soient englouties dans les tréfonds de la terre ; alors, avec tout un orchestre de musiciens, que je paierai autant qu'ils le voudront, je viendrai y danser dessus ! Que le poison tombe du ciel, et que ce soir j'apprenne que vous vous êtes noyés dans ce fleuve que je vous ferais boire de force !





Federigo Tozzi Les Bêtes. Traduction de Philippe di Meo. - Paris, José Corti, coll. "Biophilia", 2012, 112 pages, 16 € Une première traduction par Nathalie Castagné avait paru chez Rivages en 1988. D'autres livres de Tozzi ont d'abord vu le jour à l'enseigne de Éther vague, et de Circé.

vendredi 14 octobre 2011

Bibliographie lacunaire de la collection "Singuliers et mal connus"

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La collection "Singuliers et mal connus" a paru entre 1959 et 1963 à Lyon, chez l'éditeur catholique et poète Emmanuel Vitte (1849-1928).
Elle était dirigée par Willy-Paul Romain. Ce dernier, né le 28 novembre 1919, était conservateur du château de Lourmarin dans le Vaucluse et auteur d'essais sur Paul Valéry.
Fort droitiste, sa collection n'hésita guère à utiliser les services de personnages grillés pendant l'Occupation. Toute une époque...



Catalogue

Henry Bonnier Albert Camus ou la Force d'être, essai. Préface d'Emmanuel Roblès (1959)

Max Jacob Lettres à Marcel Béalu, précédées de Dernier visage de Max Jacob, par Marcel Béalu (1959)

Henry Jamet Un Autre Bernanos (1959)

Raymond Las Vergnas Joseph Conrad, romancier de l'exil (1959)

Marcel Lobet J.-K. Huysmans ou le Témoin écorché (1960)

Nicole Debrie-Panel Montherlant, l'art et l'amour (1960)

Robert Brasillach Poètes oubliés (1961)

Nicole Debrie-Panel Louis-Ferdinand Céline. Préface de Marcel Aymé (1961)

Bernard Faÿ L'École de l'imprécation ou Les Prophètes catholiques du dernier siècle, 1850-1950 (1961)

Maria Le Hardouin Rimbaud le transfuge (1962)

Pol Vandromme Jacques Chardonne, c'est beaucoup plus que Chardonne . Avec un texte inédit de Jacques Chardonne (1962)

Georges-Albert Astre Steinbeck ou le Rêve conteste (1963)

Bernard Halda Amiel et les femmes (1963)

jeudi 8 septembre 2011

Promesse d'assassinat (1887)

Deibler.jpg Anatole Deibler (1863-1939)


Promesse d'assassinat
Aux pitres du palais-Bourbon


Quand à mon pays j'aurai tout donné, bras et cerveau, que les seigneurs du capital me rejetteront ainsi qu'un vieux citron ridé dont ils auraient exprimé tout le jus, je ne me tuerai point.

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lundi 8 février 2010

On en rêvait : Olimpia de vive voix !

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Les anathèmes de la Maidalchini vont déchirer vos tympans !


N'est-ce pas une excellente nouvelle ?

La comédienne Nathalie Richard lira le terrible nouveau livre de Céline Minard, Olimpia, le vendredi 19 février prochain, au MK2 Quai de Loire (Paris, Mo Jaurès), à 19 h 30.

Oyez ! Tous au gueuloir !


Céline Minard Olimpia. - Paris, Denoël, 91 pages, 10 euros

mardi 26 janvier 2010

Diatribe italienne (Céline Minard)

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Avec Olimpia, Céline Minard pousse une nouvelle fois son avantage. Elle est désormais loin devant la cohorte terne des faiseurs de livres d’aujourd’hui. Mettons de côté ceux dont l’objectif n’est pas de proposer du nouveau en littérature, mais de raconter le plus simplement possible des histoires, et examinons les alchimistes et les orpailleurs : qui, parmi eux, évolue aussi admirablement que Céline Minard ?

Nous laissons à d’autres le soin de répondre puisque nous n’avons pas tout lu (et de 1), et que nous ne voyons raisonnablement pas qui pourrait prétendre occulter Céline Minard (et de 2). Rien ne vous empêche de nous proposer quelque nom…

Avec Olimpia, Céline Minard a mis à profit son séjour à Rome (Villa Médicis, où elle a dû faire l’effet d’un dragon dans un magasin de soieries) pour dire toute sa détestation de… Rome. Ou tout au moins son goût pour le verbe fort, poivré, pimenté, contondant, coupant, estourbissant et certaine répulsion du topoï de la belle ville. Il devrait d’ailleurs avoir fait long feu depuis le passage de M. Beyle : pschiitt…

Pour aller au plus court, déclarons que ce nouveau livre est tuant, dans toutes les acceptions du terme, et que l’on se trouve (comme d’habitude) emporté par sa seule volonté. Car il est clair que Céline Minard décide de tout et qu’il ne viendra pas aux lecteurs l’idée de chipoter ci ou çà. Avec Olimpia, comme avec Bastard Battle, on ne discute pas, on admet et on se coule dans le flot, ou on crache le morceau pour aller lire les bouquins conseillés avec émotion par la presse magazine littéraire de littérature. Question de tempérament et de résistance à l’originalité.

Nous n’allons pas nous étaler encore sur la puissance littéraire de Céline Minard. Sur ce point, les aveugles finiront par voir et les sourds par entendre. Nous sommes ici, à l’Alamblog, très confiant sur ce point. Ajoutons tout de même que cette Olimpia n’est autre que la Maidalchini (1592-1657), la fameuse papesse du sacripant Innocent X. Le monologue offert ici est celui de cette femme conduite par l’échec à une folle diatribe, incendiaire, brutale, somptueuse comme une défenestration, une éventration, un écartèlement. La haine y brûle tout, c’est très beau.

Ceux qui ont déjà lu les proses de Céline Minard savent à quoi ils peuvent s’attendre.

On comprend leur impatience *.



Céline Minard Olimpia. - Paris, Denoël, 91 pages, 10 euros


  • Mis en vente le 5 janvier, le livre est… en cours de réimpression.

Post-scriptum pour les rieurs
On a lu quelque part que Céline Minard n’avait pas raté son “travail de dynamitage de la langue” cette fois-ci. Oui, amis nautes, il est consternant de lire une chose pareille. Outre que l’expression est doublement désagréable à l’oreille et à l’esprit, on s’esclaffe en effet (lolement, forcément) à l’idée que quelqu’un a pu croire que Céline Minard aurait foiré Bastard Battle ! Et du point de vue du “travail de la langue” encore ! Là, on se roule par terre… Oui, mes frères, aux étourneaux rien d’impossible, aux kangourous non plus. Notre petit doigt ne serait pas étonné que l’auteur d’une pareille bêtise soit un adepte des portes ouvertes du “pour moi l’écriture tu woua” , le débat nombriliste gluant dans lequel se contorsionnent depuis des décennies les langues-de-bois de la littérature, les petites-gouttes de la plume, les tracassins de l’imagination.
Si l’on avait du temps, nous en réserverions un peu pour pondre l’anthologie des conneries gratinées énoncées et rédigées sur ces deux gimmicks fondamentaux du Temps Stérile : “Pour moi l’écriture tu woua” et “Le travail de la langue”.

Nous songeons aux mânes de Gide et à Ehni qui pourraient s’en donner à coeur joie de nouveau !

- Qu’est-ce que tu fais en ce moment ?
- j’ai décidé de me consacrer au travail de ma langue.
- trompette ?
- Non, littérature.
- Non ?
- Si !
- Merde…

Passons, nous n’allons pas dévoiler illico notre projet “P”. Précisons donc une bonne fois pour toutes que Céline Minard ne “travaille” pas au “dynamitage de la langue” sans parvenir à ses fins.
D’ailleurs, qu’on nous signale ici et maintenant l’équivalent qu’elle aurait aujourd’hui en France en terme d’audace, d’originalité et de plaisir donné à ses lecteurs ?

A mon avis, vous pouvez ramer pour répondre à cette question.
Et n’essayez pas de nous fourguer le nom d’Haenel, s’il vous plaît.