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dimanche 19 mars 2017

Fallait-il ?

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Avec son Je me souviens, Georges Perec nous l'a baillé belle.
Son truc formel faisait tellement crac boum hue qu'il a eu la plus prolifique progéniture qu'on puisse imaginer. Aujourd'hui encore, la tentation est forte de rejouer la partition dans une nouvelle tonalité. Ajoutez par exemple à la petite chanson de Perec l'Indignez-vous d'Hessel-la-Révolte (dit aussi Colère-Froide, Brise-Fer ou Geint-qu'un-coup) et vous obtenez Ce qu'il aurait fallu de Christophe Fourvel, soit un petit fascicule long comme une nouvelle vendu 5 € par L'Atelier contemporain.

L'avenir dira si ça a marché commercialement. Ce qui nous a paru, depuis notre île, c'est que le propos avait quelque chose de désarmé et d'un tantinet redondant avec les évidences répandues par toutes les conversations d'esprits "concernés". On prendrait ça, si l'on y prenait garde, pour une jérémiade. Oui, on aurait dû faire gaffe aux élus qui ont autorisé l'implantation des grande surfaces, et, oui, se méfier des publicitaires qui nous ruinent le monde, et des informaticiens qui fabriquent des systèmes dignes de 1984 sans y voir malice, des industriels qui ont fait des chimistes les pires malfaiteurs du siècle, et des architectes qui n'ont pas bien compris l'Homme et la Terre, etc.

En même temps, on en a un peu soupé d'avant, non ? Pour ceux qui l'ont vécu cet âge d'avant notre âge (cf. Eric Duboys, Les Terminaisons nerveuses, Montbéliard, La Clé à Molette, 2016), les cafés dont le zinc avait viré au formica puaient la clope et le pastaga, on était vieux à cinquante berges et on ne lisait quasiment aucun auteur africain, le cinéma iranien n'existait pas et les flics étaient bourriques tout pareil. Et on ne parle même pas de l'actualité littéraire et culturelle d'alors dont la grande et régulière vague sentait fort la marée, tout comme aujourd'hui.

Contrairement à ce que laisse entendre le pénitent Christophe Fourvel, cet "avant" vicieux et dévoyé qui nous aurait conduit à un présent syphilitique n'est rien que le frère jumeau d'aujourd'hui. Un aujourd'hui dont il voit bien et immédiatement à quel point on aurait "fallu s'en méfier", si l'on ose dire. (Vous nous ferez le plaisir de ne pas croire que nous allons nous lancer dans la litanie des machins qui marchent de travers et qui vont avoir des conséquences sur la gueule du futur).

Allez, notre futur, tout de même, il ne date pas d'hier, notre futur ! Et il est fortiche le futur : il date à la fois d'il y a pas mal de temps et il date chaque jour d'aujourd'hui.
Tout est affaire d'allant.
C'est donc plutôt "Ce qu'il faut maintenant" que nous avons envie de lire. Ou mieux : Ce que nous allons faire désormais. Avec quelques grammes d'imagination et d'audace, ça aura de la gueule, vous allez voir. Et puis les jeunes vont filer un coup de main, c'est certain.


Christophe Fourvel Ce qu'il aurait fallu. — L'Atelier contemporain, 2017, 5 €