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Mot-clé - Henry Poulaille

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samedi 29 juillet 2006

Emile Guillaume et Henry Poulaille : deux prolétariens

On citait hier son nom parmi les auteurs des éditions La Fenêtre ouverte et, coïncidence charmante, le voilà annoncé au nombre des auteurs de la fameuse rentrée littéraire.
Parmi les parutions de l’automne, on ne ratera donc évidemment pas l’appétissante livraison des Cahiers Henry Poulaille, qui annoncent la correspondance Henry Poulaille/Emile Guillaumin.
Nom d’une pipe !

Emile Guillaumin (1873-1951), citoyen d’Ygrande et défenseur de la cause paysanne, est l’auteur, notamment, de La Vie d’un simple, qui manqua de peu le prix Goncourt, laquelle distinction fut décernée, cette année-là, à Léon Frapié, autre brillant représentant de la veine prolétarienne, qui signait le très beau La Maternelle.
Guillaumin avait, pour sa part, obtenu les suffrages d’Octave Mirbeau et Lucien Descaves. On peut se souvenir en outre que son ami Charles-Louis Philippe était également sur les rangs.
Quelle année ! On n’espère plus des prix littéraires autant de bons candidats.

En somme, nous nous réjouissons de cette nouvelle, et nous en profitons pour souligner ubi et orbi la qualité, l’audace et la nécessité des éditions Plein Chant. Edmond Thomas, en sa Charente, a construit depuis trente ans un catalogue qui fera baver, c’est sûr, des générations de bibliophiles, de savants et, évidemment, de lecteurs exigeants.

Les Cahiers Henry Poulaille sont accessibles à ces deux adresses :

Plein Chant, 16120 Bassac
ou
Jean-Paul Morel (qui met le point final à une biographie d’Ambroise Vollard dont nous vous donnerons bientôt des nouvelles), 33, rue Taine, 75012 Paris.



Signalons aux plus curieux cette référence : Louis Lanoizelé, Emile Guillaumin écrivain et paysan. — Paris, Plaisir du Bibliophile, 1952, plaquette, avec un avant-propos d’Edouard Peisson, des lettres inédites et une bibliographie.

De plus, il existe un Musée Emile Guillaumin à Ygrande, lequel offre cette bibliographie de Guillamin :

1899 Dialogues bourbonnais Crépin-Leblond, 1899.

1901 Tableaux champêtres Crépin-Leblond, 1901 ; 1905 ; 1931.

1902 En Bourbonnais. La Propriété et l’agriculture, les moeurs, les divers catégories de travailleurs Pages libres, Paul Delagrave 1902.

1903 Ma Cueillette Crépin-Leblond, 1903.

1904 La Vie d’un simple Stock, 1904 ; Livre de poche, 1973 ; Stock, 1974.

1905 Près du sol Calman-Lévy 1905 ; Pleint Chant, 1979.



1906 Albert Manceau, adjudant Fasquelle, 1906.

1908 Rose et sa parisienne Calmann-Lévy, 1908 ; Cahiers du Boubonnais, 1970.

1909 La Peine aux chaumières Cahiers Nivernais, 1909.

1911 Baptiste et sa femme Fasquelle, 1911.

1912 Le Syndicat de Baugignoux Fasquelle, 1912 ; La Fenêtre Ouverte, 1960 ; Ipomé, 1982.

1912 Au Pays des ch’tits gars Cahiers du Centre, 1912 ; Plein Chant, 1978.

1913 La Ruche viticole de Prunet Cahiers Nivernais, 1913 ; 1976.

1914 La Retraite d’un cultivateur Cahiers du Centre, 1914.

1925 Notes paysannes et villageoises Bibliothèque d’Education, 1925.

1931 A Tous vents sur la glèbe Valois, 1931.



1935 Panorama de l’évolution paysanne L’Emancipation Paysanne, 1935-1936.

1937 François Péron, enfant du peuple Crépin-Leblond, 1937 ; Les Marmousets, 1982.

1942 Mon Compatriote Charles-Louis Philippe Grasset, 1942.

1944 Comment j’ai vaincu la misère. Mémoires de Henri Norre Editions Balzac, 1944.

1949 Sur l’appui du manche Crépin-Leblond, 1949.

1953 Paysans par eux-mêmes Stock, 1953 ; 1980.

1969 119 lettres d’Emile Guillaumin présentées par Roger Mathé Klincksieck, 1969.

1970 Les Mailles du réseau Cahiers du Bourbonnais, 1970.

1973 Au vieux temps et Contes et Légendes Cahiers du Bourbonnais, 1973.

1974 Histoires bourbonnaises, Contes Bassac, Plein Chant, 1974.

1975 Fleurs d’Alsace Plein Chant, 1975.

mardi 25 juillet 2006

L'Affaire Molière (I)

Un Watergate de la recherche universitaire ?

On attendait ça depuis longtemps : la documentation rassemblée par Pierre Louÿs (1870-1925) en vue du procès de Molière va paraître, ou du moins les bonnes feuilles de cet ensemble de près de trois mille pages.
Fayard l’annonce pour le 11 octobre prochain.

Il va sans dire que, une fois encore, la Sorbonne va blêmir puis contre-attaquer, la critique officielle à ses basques fourbira l’opprobre, les arguments fallacieux, si ce n’est l’insulte, sur Louÿs et ses deux secrétaires, les nommés Jean-Paul Goujon et Jean-Jacques Lefrère, qui ne sont du reste pas des spécialistes du XVIIe, loin de là.
Tout cela est bien prévisible, au point que c’en est un peu fastidieux. On pourrait presque donner les noms des détracteurs et les organes de presse où ils vont sévir. Et quand je dis sévir, il me faudrait écrire pérorer, car la messe est dite aux yeux de ceux qui se gardent des apparences.
Pour les béni-oui-oui, en revanche, et les dieux savent à quel point ils sont nombreux, notamment dans les “lieux informés”, et peut-être surtout en ceux-là, ne voudront jamais croire, penser ou admettre que Molière ne fut pas le génie de la langue que l’on a “imaginé” jusqu’ici. Parce qu’il s’agit bien d’une construction que ce mythe Molière. Et les faits parleront, l’absence de manuscrit aussi (1).
Pour l’heure, il s’agit d’attendre et ce volume intitulé Ote-moi d’un doute, titre peut-être un peu velléitaire, ainsi que le volume conçut par Denis Boissier après son Affaire Molière déjà fort décillante. Ce dernier a eu la riche idée de démonter la thèse du “Molière écrivain de génie” en se basant sur les thèses, articles et ouvrages de pro-moliéristes. Mises bout à bout, il n’est pas plus assassin que les bonnes volontés (l’enfer, dit-on…). Leurs incohérences collectives démontrent assez que l’université, soucieuse de respecter canons, doxa et hiérarchies pédale depuis la Révolution française, et la IIIe République, dans un brouet peu clairet.
Apprécier les zoïles de la recherche, tous les adeptes de l’embabouinage dans leur rugissement, assis sur leur tricycle bancal, sera, la saison prochaine, le spectacle majeur. Et puis, peu de temps après, la nouvelle mouture de l’essai de Denis Boissier paraîtra enfin, équipée de trouvailles nouvelles, et ô combien édifiantes.
Mais chut… gardons encore un peu le secret.

Rappel : Pierre Louÿs avait lancé l’affaire en 1919… Que de temps il faut pour qu’une hypothèse soit simplement admise et éventuellement discutée… serait-ce la preuve que nos “élites” ne sont jamais qu’une tribu grégaire, hostile à la nouveauté, aux possibles ? (A suivre.)

(1) Même si Vrain-Lucas a mis la main à la plume…

NB Après Pierre Louÿs, Henry Poulaille (1896-1980), René-Louis Doyon, Pascal Pia (1903-1979), Hippolyte Wouters, Denis Boissier et, last but not least, Dominique Labbé ont creusé le fond de cette polémique en ramenant chacun des hypothèses aussi crédibles qu’intéressantes.

Sur le sujet, la documentation édifiante est la suivante :

Pierre Louÿs, L’auteur d’Amphitryon, Le Temps, 16 octobre 1919.
Pierre Louÿs, Corneille le grand, Comoedia, 24 octobre 1919.
Pierre Louÿs, Les Femmes savantes, Comoedia, 27 octobre 1919.
Pierre Louÿs, L’Imposteur de Corneille et le Tartuffe de Molière, Comoedia, 7 novembre 1919.
Pierre Louÿs, Les deux textes de Psyché, Comoedia, 10 novembre 1919.
Pierre Louÿs, Broutilles, recueillies par Frédéric Lachèvre. Paris, 40, rue Beaujon, s. d. (1938). In-8, 103 p., BN Impr. Rés. p-Z-1206. Contient: Le Problème Corneille-Molière vu par P. Louys (contribution au dossier définitif).

Henry Poulaille, Corneille sous le masque de Molière, Paris, Grasset, 1957, 400 p. (épuisé).

René-Louis Doyon, Molière, panacée universitaire I. Les Livrets du Mandarin, 5e s., n° 4, automne 1957, pp. 21-24.
René-Louis Doyon, Molière, panacée universitaire II. Les Livrets du Mandarin, 5e s., n° 6, mars 1958, pp. 1-30.

Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, Molière ou l’auteur imaginaire, Bruxelles, Complexe, 1990, 149 p. 12 €

Dominique Labbé, Corneille dans l’ombre de Molière. Histoire d’une découverte. Paris-Bruxelles, les Impressions nouvelles, 2003, 144 p., 15 €
Dominique Labbé, Séminaire du groupe Langues Information Représentations, 13 janvier 2004, Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l’Ingénieur, annexe VI : ”Par qui ont été écrites les pièces de Molière ?”.

Denis Boissier, L’Affaire Molière, Paris, Jean-Cyrille Godefroy, 2004, 315 p., 20 €.

Par ailleurs, l’association cornélienne propose un site d’une richesse inattendue : L’Affaire Corneille-Molière. On y découvre que l’enjeu de ce watergate de l’université est plus lourd qu’il y paraît.

Enfin, l’affaire Molière a également inspiré les oeuvres suivantes :

  • Frédéric Lenormand, L’Ami du genre humain, roman, Paris, Robert Laffont, 1993.
  • Pascal Bancou, L’Imposture comique (Théâtre de La Huchette, 2000).
  • Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, Le Destin de Pierre (Bruxelles, 1997).