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Mot-clé - Henri Béraud

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vendredi 4 novembre 2016

Les Lyonnais ne sont pas à plaindre

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Les Lyonnais ne sont pas à plaindre : une vente aux enchères aura lieu demain samedi à 14 h 30 à l'Hôtel d'Ainay, où seront dispersés des documents concernant le patrimoine et le folklore lyonnais.
Naturlich, on démarre par la gastronomie, puis on enquille avec Guignol. C'est comme s'il en pleuvait, et du Béraud (sur vinyle s'il vous plaît), du Nizier de Puitspelu, du Vingtrinier, du Pierre Scize, des photographies de Blanc et Demilly, des marionnettes, des illustrations de Jean Coulon et des peintures d'Ernest Deluermoz, et l'on en passe. Notamment la bibliothèque de la famille Neichthauser où figurent tant de documents relatifs à Laurent Mourguet, des textes du répertoire par et des essais et bibliographies par Paul Jeanne, Ernest Maindron, Pierre Rousset, Glaudius Canard, le prolifique Albert Chanay, Gaston Baty, les souvenirs de Lemercier de Neuville, etc..
et même une lettre de guignol au comte de chambord (1871)


Conan Hôtel d'Ainay
Le Catalogue en ligne
samedi 5 novembre 2016
8, rue de Castries
69002 Lyon

dimanche 23 octobre 2016

Henri Béraud se paye les glabres

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Glabres

Le contraire de « poilu » c'est « glabre» » ̃– et sous le titre de "Glabres", M. Henri Béraud a écrit des sonnets qui valent d'être cités. Le volume, élégant et bien imprimé, qui les contient, porte la mention « Editions du Rigole-Haut de Meuse. » Transcrivons.

Stratèges

Si l'on cherchait un jour à Joffre un successeur,
il suffirait d'aller au café du Commerce.
C'est là, devant un jeu de dames, que s'exerce
l'Etat-Major qui doit vaincre l'envahisseur.

Ils sont trois : le notaire, un ancien professeur
et l'agent-voyer du canton. Leur controverse
guide nos généraux en leur tâche diverse :
les premiers ils ont pris la Maison-du-Passeur.

Des marins de Dixmude ils sonnèrent les charges ;
et, plus tard, écoutant leurs conseils, aux Eparges,
nos vitriers ont culbuté les Bavarois.

Si l'on veut en finir, que nos chefs se démettent :
ces messieurs vont chasser les Allemands, à trois
avec un encrier et quelques allumettes.


Résignation

Les heures de bureau n'ont pas changé. Monsieur
Badin ne souffre pas des horreurs de la guerre.
Il s'en fiche, s'il peut encore, au ministère
nimber d'un rond-de-cuir, son maigre postérieur.

Il tiendra. Le devoir est bien selon son cœur :
vivoter en peinard, attendre, se distraire,
commenter la bataille au jargon militaire
enfin se préparer à fêter le vainqueur.

La guerre de cinq ans, Badin l'accepterait
dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans, il tiendrait,
n'ayant la-bas ni fils, ni frère, ni personne.

Et, comme s'amuser un brin n'est prohibé,
qu'on tolère en haut lieu la gaité polissonne,
il va voir Duconnot dans "On purge Bébé".


Tyrtées

0 muses ! divines grognardes,
célébrons en mille buccins
la gloire de nos fantassins ;
ohé ! c'est nous qui sont les bardes !

Que nos lyres, jadis paillardes,
prennent des timbres de tocsins.
Plus de stances de traversins,
ni de fadaises égrillardes.

Ne préconisons plus Vénus :
voici les âges revenus
qui mirent Bellone à la mode ;

et chantons luttes et combats
sans quitter l'asile commode
de la Closerie-des-Lilas !

Henri Béraud n'y va par quatre chemins pour dire leur fait à certains. Nul n'est forcé d'être un héros mais on ne se moquera jamais assez de ceux qui font de l'héroïsme avec la peau des autres.




L'Humanité, 5 octobre 1915.

samedi 20 septembre 2014

Lyon, proie des mercantis

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Lyon en proie aux mercantis

Un Russe, régisseur des théâtres du feu czar, vint, en 1912, de Saint-Pétersbourg à Lyon pour mettre en scène Boris Gondonnow. Avant de reprendre le train, il dit à quelques gones qu'il avait connus au restaurant :
— Dans votre ville, il n'y a pas de place pour les oisifs.
Ce maître de ballet voyait juste et comptait bien et cela ne doit point surprendre car, au contraire de ce que pense de Beaumarchais, c'est peut-être parmi les danseurs que l'on trouve les plus habiles calculateurs.
Lyon n'invite point au farniente. Les maisons massives et sévères, qu'elle accroche à ses deux collines, ne montrent point les riantes façades qui, partout ailleurs, pareraient ces faubourgs suspendus ; ce sont, sous le ciel plombé, sous la pluie sans fin et sous les brouillards malsains, autant de visages durs et fermés. Tout est commerce, travail, calcul, économie et rien ne se passe, là-bas, ni en discours ni en chansons — pas même les émeutes ! La canuts « montaient » leurs barricades comme des métiers Jacquard et ils façonnaient la liberté comme on tisse une pièce de soie.
Le Lyonnais naît marchand. Lyon demeure une colonie milanaise et ses plus aventureux enfants gardent toujours, dans leurs entreprises les plus risquées, le placide entregent des Sforza. C'est une ville où les poètes ont sans cesse vendu leurs vers, où les cabarets sont tout faits de recoins propres à la discussion des affaires et au paiement des commissions, où les curés savent les dates des inventaires. les commis-voyageurs sont estimés en raison inverse de leur éloquence, où les journaux impriment les mercuriales aux places d'honneur.
Qu'est devenue cette capitale du négoce au milieu de la crise présente ? Comment a-t-elle subi la « vague de mercantilisme » que nous devons aux méthodes économiques de ces ministres dont nul ne déplore la disparition ? Ceux qui croyaient connaître Lyon, doivent convenir que bien des choses ont changé — et, non pour le mieux.



Le nouveau riche qui pullule partout en France, grouille à Lyon d'une manière surprenante. Le culte des affaires y a. pris un caractère de fureur sacrée. Et nulle part, on ne voit aussi clair dans les manœuvres des mercantis qu'en ce pays de brumes et d'ombre. Tout se passe au vu et au su de tout le monde ; les fortunes scandaleuses » n'ont l'air de scandaliser personne. On entend d'austères bourgeois lyonnais vanter, d'un ton presque cynique, l'astuce de tel négociant notoire et honoré, qui fournissait l'Allemagne de soies destinées à la confection des gargousses à poudre, tandis que ses fils mouraient sur les champs de carnage ! Le rigorisme local a disparu ; les gains fusent tout. Les enrichis parlent avec jovialité de leurs condamnations, qu'ils considèrent comme des encouragements à persévérer et que, d'ailleurs, ils ont raison de juger telles. Certains petits fonctionnaires « facilitent » les transactions et j'en sais qui, à ce petit jeu, gagnent cent mille francs par mois. Un scandale récent a provoqué l'arrestation d'un spéculateur qui, achetant des salaisons en stocks aux intendants militaires, a gagné trente millions en quelques mois. On rit de sa mésaventure et l'on, ne cache point qu'on admire son savoir-faire. Une presse locale soucieuse de ne point s'aliéner les puissances du jour se tait ; et il fallut l'intervention récente d'un journal parisien, pour obtenir l'arrestation et la condamnation d'un fripon convaincu d'avoir, en 1918, introduit des obus défectueux dans un lot de munitions destiné aux armées.



Je suis Lyonnais. Je sais qu'en d'autres temps, ces choses eussent soulevé l'unanime réprobation de mes compatriotes. On était, alors, fort sourcilleux, dans mon pays, sur le chapitre de la probité commerciale. Je pense que cette antique vertu du « soyeux » - Il n'en a guère d'autres ! — n'a point disparu tout à fait. Mais je crois aussi que l'afflux de certains aubains est pour beaucoup dans cette modification du caractère local, La réussite de ces mercantis ne pouvait manquer de tenter un peuple commerçant et qui ne craint rien au monde tant que d'être « roulé ». Et ces succès ont donné de l'audace aux timides. On l'a bien vu quand le maire Edouard Herriot fut accusé par des monopoleurs, dont les offices municipaux de ravitaillement gênaient les manigances. On vient de le voir encore dans les campagnes menées contre le socialiste Cuminal qui créa une coopérative alimentaire, considérée, à juste titre, comme le modèle du genre.
Il faut d'ailleurs considérer que tout cela aura bientôt une fin. Ce serait, comme a dit le poète, une erreur de croire que ces choses finiront par des chants et des apothéoses. La vieille et rude honnêteté lyonnaise reprendra le dessus et, de même que Lyon vit naître les premiers mouvements révolutionnaires purement ouvriers, on apprendra quelque jour que les fils des « Voraces » de la Croix-Rousse auront, les premiers accroché des mercantis aux lanternes de la « Grand' Côte » et du « Gourguillon ».


Henri Béraud

Floréal, n° 12, 24 avril 1920, p. 273.



Illustration par Marix (1920).

mardi 1 juillet 2014

Les Couvertures du siècle dernier (XLV)

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Henry Béraud et Charles Fénestrier Marrons de Lyon. - Paris, Bernard Grasset, 1912, 320 p.

jeudi 6 septembre 2012

Les couvertures du siècle dernier (XVI)





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Henri Béraud Le Martyre de l'obèse. - Paris, Fayard, 1953 "Le Livre de Demain", jaquette, 158 pages.


lundi 21 novembre 2011

Petite bibliographie lacunaire de la collection Les Pamphlets du Siècle

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Les Pamphlets du Siècle

« Il semble — peut-être à tort — que jamais les passions politiques n’aient été déchaînées comme aujourd’hui. La violence des écrivains politiques des partis extrêmes, les outrances de leur vocabulaire, le donneraient du moins à croire. Or, peu d’époques ont été aussi pauvres que la nôtre de pamphlétaires. Une telle constatation est bien fait pour montre que le mot Pamphlet n’est pas synonyme de violence arbitraire, ni l’épithète pamphétaire appliquée à un écrivain une injure. Le pamphlétaire serait ainsi une sorte de dogmatique, un écrivain qui attaque ou défend une cause, mais toujours au nom d’une autre cause, d’une idée générale ou de principes qu’il croit bien assurés, et surtout quand il s’en prend à des personnes. L’un des plus brillants pamphlétaires de ce temps, Julien Benda, a expliqué tous ceux de sa race intellectuelle en écrivant : “Il n’est pas donné à tout le monde d’être violent par sensibilité aux idées”.

« Nous nous emploierons à publier, dans cette collection, les meilleurs écrits de ce genre et ceux qui intéressent le plus la sensibilité de notre temps dans tous les ordres où elle se manifeste.

« ** Nous publierons 5 ou 6 volumes par an dans cette collection, approximativement à raison d’un tous les deux mois. Le prix du volume est de 3 fr. 50. »



Parmi les nombreuses collections (1) des "Éditions du siècle", voici la bibliographie de la collection "Les Pamphlets du Siècle" qui semble n'avoir accueilli que peu d'opus.


Henri Béraud La Croisade des longues figures. - Paris, Éditions du siècle, x-159 p.

Henriette Charasson M. de Porto-Riche ou le "Racine Juif. - Paris, Éditions du siècle, 1925, 126 p.

Pierre Dominique Deux jours chez Ludendorff. - Paris, Éditions du Siècle, 1924, 155 p. "Les Pamphlets du Siècle" (n° 3).

Jacob-Nathan Hourwitz Lettre au "cher Blum". - Paris, Éditions du siècle, 1925, 125 p.

Docteur François Nazier L'Anti-Corydon. Essai sur l'inversion sexuelle. - Paris, Éditions du siècle, 1924, 126 p.

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Jacques Reboul M. Bainville contre l’Histoire de France. - Paris, Éditions du siècle, 1925, 124 pp.




(1) Ces collections sont les suivantes :
Idées et sentiments du siècle, collection d'essais sous la direction de Jean de Gourmont.
Cahiers de la Quinzaine, sous la direction de Marcel Péguy
Collection de philosophie intellectualiste, sous la direction de Jules de Gaultier
Les Romans du siècle
Maîtres étrangers
Les Cahiers d'Occident
Manuels pour adultes
Les romans gais
Les Affaires, collection économique et financière, sous la direction de Louis Thomas