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Mot-clé - Gustave Flaubert

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mardi 7 mai 2013

Saint Polycarpe, Flaubert et le cochon de saint Antoine

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Un incontournable objet de désir vient de paraître qui va exciter les flaubertiens, gens de goût comme l'on sait.
Le dossier de la seconde fête de saint Polycarpe, en circulation dès les années 1930, en main des amis de Flaubert depuis, vient de paraître, édité à l'identique, dans une chemise élégante marquée du logo de la maison Elisabeth Brunet, bien connue des bibliophiles.
Autant dire qu'il est agréable d'approcher les fac-similé dont on avait entendu parler si souvent, et notamment cette maupassante lettre du cochon du saint... Mais rappelons les faits :
Attristée par les soucis d’argent et les difficultés que lui cause la rédaction de Bouvard et Pécuchet, la fin de la vie de Flaubert fut réjouie par l’initiative de ses amis Lapierre, directeur du Nouvelliste de Rouen, et Maupassant, qui mirent un soin particulier à le fêter dès 1879 le jour de la Saint Polycarpe.
Et pourquoi Polycarpe ?
Parce que Flaubert s’était placé avec amusement sous la protection de ce patron, qu’il citait dès lors qu'il prenait l'accent de la plainte, en une antienne ironique, depuis qu'en août 1853 il avait écrit à Louise Colet : « Saint Polycarpe avait coutume de répéter, en se bouchant les oreilles et s’enfuyant du lieu où il était : “Dans quel siècle, mon Dieu ! m’avez-vous fait naître !” Je deviens comme saint Polycarpe ». Le riche site des amis de Flaubert nous instruisait déjà à propos de cette seconde fête qui avait donné lieu à une mystification de ses amis Lapierre et Maupassant, convoquant des missives d'ici et de là, et jusqu'à des courriers d'évêque pour égayer Flaubert. Une bibliographie dit l'essentiel. Nous citons le site :

Bibliographie
Charles Lapierre, Esquisse sur Flaubert intime, Évreux, Charles Hérissey, 1898, p. 38-44 (sur les deux fêtes, que Lapierre a tendance à confondre).%MM Dr René Hélot, « La Fête de Gustave Flaubert. La Saint-Polycarpe », Bulletin de la Société archéologique, historique et artistique Le Vieux Papier, t. III, janvier 1905, p. 26-30) (sur la fête de 1879, comprenant le poème de 1879, composé par Boisse, et le discours de Lapierre.)
Pierre Dufay, « La lettre du cochon » (1880), Mercure de France, 15 février 1933, p. 254-255.
Pierre Dufay, « La Dernière Saint-Polycarpe, 27 avril 1880 », Le Figaro, 28 janvier 1933 (avec les textes de la plupart des lettres reçues en 1880).

Ainsi Pierre Dufay, donnait le 15 février 1933 le texte de cette fameuse lettre du "cochon de St Antoine", rédigée par Maupassant :

Illustre Saint
depui que vous avez fai un livre sur mon patron saint Antoine l'orgueil l'a perdu il est devenu insupportable il est pis qu'un cochon, - sof le respec que je me dois - II ne pense pu qu'aux fame et a un tas de vilaine chose - II me fait des propoposition obcène qu'il en es dégoutan, bref je ne peu pu resté avec lui, et je viens vous demandé si vous voulé bien de moi. je feré ce que vous voudré, même des cochonerie. je suis votre humble serviteur
Le cochon de St Antoine
évêque

Sous ces auspices, la seconde fête, celle du 27 avril 1880, fut une apothéose.
Elle se distingua en effet par la qualité et la variété des messages que reçut Flaubert ce jour, et par l’inventivité de Lapierre et de Maupassant qui multiplia les fantaisies postales que l'on retrouve aujourd'hui en fac-similés parfaits.
Flaubert, ravi, s’en ouvrit à sa nièce : « Je suis encore tout ahuri de la St-Polycarpe ! (…) J’ai reçu près de 30 lettres, envoyées de différentes parties du monde ! (…) J’oubliais un menu composé de plats tous intitulés d’après mes œuvres. » Flaubert mourra onze jours plus tard, le 8 mai 1880. La fameuse lettre du cochon de saint Antoine, de la main de Maupassant, n’est pas la moindre pièce reproduite à la perfection par Elisabeth Brunet qui fournit des fac-similés superbes réunis en chemise, ainsi qu’un dossier explicatif complet signé Yvan Leclerc.

L'histoire littéraire en s'amusant !



Lapierre, Maupassant et alii (Yvan Leclrec éd.) Flaubert et la Saint-Polycarpe. Iconographie en grande partie inédite réunie par Fabien Persil. - Rouen, Elisabeth Brunet et les Amis de Flaubert et de Maupassant. Portefeuille cartonné de 26 missives (fac-similé) et d’un dossier de 45 pages.
59 exemplaires seront numérotés, enrichis du fac-similé de la touchante lettre dans laquelle Flaubert raconte à sa nièce la dernière Saint-Polycarpe et serrés dans un élégant portefeuille à rabats en Balacron doublé de vergé. Tirage courant 35 € Tirage numéroté 135 €


Librairie Élisabeth Brunet
70, rue Ganterie
76000 Rouen
elisabethbrunet@wanadoo.fr

samedi 20 août 2011

Lui, Pierre Rivière

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En 1983 et récemment encore, Jacques Caumont a entrepris de retrouver une maison située dans la commune de Cinglais, celle-là même où Flaubert fit séjourner Bouvard et Pécuchet alors normandisants.

A défaut de trouver l'exacte demeure, malgré l'aide d'Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Caumont a mis le doigt sur un fait-divers bien connu du pays d'Harcourt, les assassinats de Pierre Rivière, cette figure qui retint l'attention de Michel Foucault comme on sait, et que l'on retrouve au cœur de l'œuvre de Flaubert.

S'ensuit un opus échevelé où l'on relit les propos de Louis-Ferdinand Céline plaidant pour les trente-cinq heures dans Bagatelles pour un massacre, le récit des recherches proprement dites, la démonstration du parallèle Rivière/Touache, le forçat évoqué par Flaubert, et même un guide pédagogique à la sauce 'pataphysique.

Une curiosité imprimée par Edmond Thomas, à Bassac, un "livret conforme aux préceptes enseignés par Bouvard et Pécuchet", est-il bien précisé.


Jacques Caumont Moi, Pierre Rivière, j'ai inspiré Gustave Flaubert. — Faune étique, "Histoire", 80 pages, 14 €

mercredi 21 octobre 2009

Stevenson et Flaubert : Un parallèle à vérifier (Théo Varlet, 1927)

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Un récent billet de Livrenblog nous a remis en mémoire certaine coupure qui dormait, plombée, en nos soutes.
Pour l’avoir lu avec plaisir naguère, il nous a paru du dernier urgent de rendre à Théo Varlet, à Flaubert et à Stevenson, ainsi qu’à René Dumesnil — lequel signalait dans Les Marges (n° 159-160, sept.-oct. 1927) l’article de Théo Varlet —, leurs fastes et leur gloire.



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vendredi 26 décembre 2008

Une source agricole de Bouvard et Pécuchet

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Plume, le magazine du patrimoine écrit propose un article singulièrement intéressant signé Jacques Caumont et Françoise Le Penven : “Bouvart et Pécuchet, la science-fiction à rebours”.
Lancés dans la rédaction d’un Dictionnaire des idées relues, les deux enquêteurs sont allés poser des questions du côté de Lisors où a été repérée la ferme modèle du comte de Faverges. Photographies à l’appui, la démonstration est fortifiante : du “donjon” à la “cathédrale”, tout y reste ou presque de la propriété qui innovait dans la mécanisation agricole.
Enquêteur ès énigmes littéraires, notamment, Jacques Caumont, plénipotentiaire du fonds Marcel Duchamp de l’Académie de Muséologie Evocatoire, avait fait parler de lui beaucoup, en 2000 si l’on ne s’abuse, en présentant au musée Niepce le résultat de son décryptage des dessins de H. A. Zo illustrant les Nouvelles Impressions d’Afrique de Raymond Roussel.
L’opération se nommait : C’est toi Zo, lá, sur l’écheveau du cas Roussel / cet oiseau, là, sur les chevaux du carroussel.
Et c’est ainsi qu’il est grand, Zola.


Plume (n° 47, décembre 2008-février 2009, 8 euros) Au même sommaire : la photographe d’écrivains Claire Garate, le peintre Jean-Pierre Thomas, la chalcographie, le New annotated Dracula et les très-inévitables De Gaulle et Napoléon…

mardi 5 février 2008

L'Imponder # 21

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Très belle chronique de Louis Watt-Owen (said "wot", Captain ?), inspirée par la retrouvaille d'un certain numéro de La Main de Singe (imp., deuxième série), où figurent Arno Schmidt et sa taraudante question quasi léniniste, et son âme dévouée, Claude Riehl : Que faire, en effet...
En outre, cette autre interrogation :

Combien de Bovary se prennent pour Flaubert et préfèrent empoisonner les libraires avec des autofictions !?!



That's a question.

vendredi 12 octobre 2007

Rentrée littéraire 1863 : Salammbô, par Gustave Flaubert

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Salammbô
par Gustave Flaubert.
1863, chez Michel Levy frères :
Librairie nouvelle, 24 Boulevard des Italiens


Un événement vient de se produire dans le monde littéraire : Salammbô, la nouvelle oeuvre de Gustave Flaubert, a paru.
Ceux qui n’ont jamais lu les fragments publiés de la Tentation de saint Antoine seront fort surpris. Ceux-là, certes, — dont le nombre est grand — auront jugé d’une façon très incomplète Madame Bovary, ce livre unique (si peu compris !) où, du premier au dernier mot, l’auteur se gausse avec une impitoyable gravité de ses personnages, — à tel point que le public n’en a rien vu, et qu’il a tout simplement pensé avoir affaire au réaliste le plus convaincu de notre époque.
Seuls, sans doute, - malgré ce fameux chapître, presque parasite d’ailleurs, sur le comice agricole de Yonville-l’Abbaye, - ceux qui connaissaient le profond lyrisme et la raillerie puissante renfermés dans la Tentation auront possédé la clef de ce petit monde bourgeois où s’agitent le pharmacien Homais, Rodolphe, Léon le clerc de notaire, Charles Bovary, et cette héroïne, essentiellement moderne, la femme hystérique, cherchant fougueusement l’Idéal à travers toutes les grotesqueries de la province.
Et le sens interne de cette froide satire ne leur aura pas échappé.
Dans Salammbô, Gustave Flaubert évoqueune époque et des paysages disparus. En regard de ces affreux fantoches de la vie moderne, il était bon de montrer les hommes du monde antique non déprimés par les bandelettes du Progrès. Et ne vous méprenez pas cependant, les Carthaginois de Flaubert ne sont pas des abstractions, ce sont bien réellement des hommes. Salammbô est une oeuvre vivante, quoique toute pleine d’un fantastique étrange et farouche. On y aime, on y est passionné, on y souffre, on y respire enfin malgré ce grand style de marbre où le mot ne grimace jamais. Cette évocation est plus qu’une création, c’est une résurrection.
Sous le coup d’une lecture haletante, nous ne pouvons apprécier comme il convient une oeuvre qu’on peut dire monumentale.
Le succès ne sera d’abord assurément qu’un succès de curiosité, mais il deviendra un succès sérieux qui ne peut manquer de faire oublier à certains esprit prévenus, le tapage de Madame Bovary.
Un mot d’éloge avant de finir, à Michel Lévy, l’éditeur intelligent et consciencieux qui a mis son cachet sur la lettre de M. Flaubert au monde des lecteurs.

Autographie Paul Dupont, 47 rue de Grenelle St Honoré
Le Directeur Gérant : Dardenne de La Grangerie.




Article de Fortuné Calmels, le poète de Modernité (Alphonse Lemerre, 1879), issu du Boulevard (30 novembre 1862), repris sans nom d’auteur dans Correspondance générale des Journaux de Province et de l’Etranger (n° 542, 1er décembre 1862, p. 2).