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mercredi 15 juin 2016

Gabriel Chevallier, prix Courteline 1934

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En France et hors de France.
A Lyon.
Avec Gabriel chevallier, lauréat du prix Courteline, pour son roman « Clochemerle ».
A Lyon, ville où tout le monde se connait, où Jes habitudes sont régulières et les petits groupes de l'amitié constitués pour longtemps, il est facile de mettre la main sur un homme dont on a besoin. Nous savons dans quel discret café du centre trouver en cette saison Gabriel Chevallier, seul à une table, un stylo à la main. C'est d'ailleurs pour nous un sujet d'étonnement que l'on puisse ainsi travailler en plein tohu-bohu de joueurs et de bavards.
- Vous écrivez vraiment dans ce bruit ?
- J'y écris vraiment, et presque chaque jour. Articles, correspondance, et même mes romans J'ai toujours sur moi les derniers feuillets du manuscrit en cours. Où que je me trouve, si j'ai un peu de temps libre, je les tire de ma poche et J'avance mon histoire. Pour composer, je n'ai pas besoin que l'humanité fasse silence. Et j'estime même que cette rumeur qui m'environne forme un accompagnement très favorable aux actions de mes personnages. Ils baignent dans le réel qui émane des lieux publics. ce qui fait qu'ils en prennent naturellement l'accent.
- Avez-vous, pour écrire, des lieux de pré- dilection ?
- Non. J'ai simplement des humeurs du moment. Ainsi, je connais les possibilités d'utilisation littéraire de presque tous les cafés lyonnais. Certains sont charmants le matin, en été : on a le soleil sur la table, entre dix heures et midi, sans qu'il fasse trop chaud ; d'autres sont agréables le soir. Des cafés, plus confortables, sont à recommander pour l'hiver, alors que d'autres, ouverts à tons les vents, sont délicieux au printemps. Ceux-là, il faut les chercher dans les faubourgs, sur les quais ou les pentes de nos collines.
- Mais vous n'écrivez pas seulement au café ?
- Non, bien entendu. J'écris encore chez moi, comme tout le monde. Mais j'entends que le fameux cabinet de travail de l'écrivain ne se change pas en cellule. C'est pourquoi je vais volontiers m'établir dehors, en plein mouvement de la rue.
- Comment êtes-vous venu à la littérature ?
- Cela remonte à plusieurs années. Je voyageais pour affaires, dans quinze départements. Le soir, à l'hôtel, il fallait bien que Je m'occupe. Car je suis un déplorable joueur de cartes, et un insupportable logicien dans la discussion, où j'apporte l'entêtement des gens de notre pays. Pour ces raisons, mes confrères me trouvaient peu sociable J'en étais réduit à me. distraire par mes propres moyens. L'isolement me conduisit à découvrir qu'un simple stylo pouvait rendre de grands services au nomade que j'étais alors.
- Quels sont vos procédés de composition ?
- Plaît-il ? C'est plus simple que cela, et le n'aime guère les procédés, qui mènent un jours à l'artifice. Je prends un sujet. je commence à raconter. Après avoir écrit en tâtonnant un certain nombre de pages, il rue semble que J'ai enfin trouvé le ton qui convient à mon sujet. Je n'ai plus qu'à me laisse aller. Ce qui vous explique que je change de ton lorsque je change de sujet.
- Prenez-vous beaucoup de notes ?
- Pour le roman, jamais. Elles me gêneraient.
- Bref, vous n'avez aucune règle ?
- Écrire beaucoup, écrire tous les jours si possible.
- Êtes-vous satisfait de la récompense décernée à Clochemerle ?
- Certainement. Il me semble que Courteline aurait aimé ce livre, où j'ai pris de grandes libertés.
- Ayez-vous des manuscrits terminés ?
- Oui. Mais que je retoucherai probablement J'ai cessé d'y penser, pour le moment.
- Vous allez entamer autre chose ?
- J'hésite entre plusieurs sujets. Mais j'ai l'idée d'un grand machin difficile. un truc à se casser la figure... Peut-être commencerai-je par là, peut-être pas... J'aborde à peine le roman, et c'est une vole où il y a immensément à découvrir.
- Quel est, à votre avis, le critérium du roman ?
- Pfuu !... Pourtant, j'entrevois ceci : une chose qui ferait dire aux gens du métier : « ça y est ! », et à "l'homme de la rue" : « Ça m'intéresse ». Un roman, ce n'est peut-être qu'une histoire réussie. Cette simplicité est très difficile, il ne faut pas se le dissimuler.
Le reste de notre entretien se perdit dans la confusion d'un dîner très animé, qui eut lieu à quelque quarante kilomètres de Lyon, sur le plateau des Dombes. Au cours de ce dîner, il fut consommé pas mal de beaujolais, et notamment du cru de Clochemerle dont notre hôtelier possédait, par privilège rare, quelques bouteilles.
Paul Garcin.

mardi 4 août 2015

Sortie de La Peur (un film de Damien Odoul)

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Le film librement tiré par Damien Odoul du roman de Gabriel Chevallier est en passe de sortir. Vous pourrez le voir dès le mercredi 12 août.

Après avoir travaillé sur une adaptation des Gardiennes d'Ernest Pérochon, qui évoque le travail des femmes à l'arrière, Damien Odoul s'est tourné vers La Peur et a trouvé au coeur de la Grande Guerre décrite par Gabriel Chevallier, et dans la lignée de son film Le Souffle (2000), un étroit rapport au langage, quoique distendu, de ces hommes de troupe parfois analphabètes et incapables de saisir les ordres que leur donnent les gradés. Puis il fait le choix d'un "monde monochrome en contraste avec l’arrière, les villes enluminées, la nature et ses couleurs saisonnières. Le film est dans un « ton camouflé », sans être du noir et blanc. Au son, une symphonie de bruits et de silence, en mélange. Et l'effet giratoire que prennent les explosions dans le casque des Poilu." Et puis il y a du front la face "tranquille : la popote, une cagna, des artilleurs posant avec des masques à gaz, des corvées d’eau, un canon explosé, des ruines, un dirigeable dans le ciel... L'envers de cela, je l'ai trouvé, explique Damienl Odoul, dans les dessins du peintre et graveur allemand Otto Dix, que je connaissais déjà, mais dont j'ai vu en Belgique une exposition saisissante. Les croquis de Goya, dès qu'on évoque une guerre, sont aussi présents à l'esprit. Tout est là en ce qui concerne le cauchemar. Les films sur la guerre de 14, j'en ai vu. Ma référence, c'était plutôt la Syrie. Sur le tournage, je ne parlais que de Kobané, la manière qu'ont eue les combattants de construire des petites tranchées, de bricoler eux-mêmes leurs armes."


Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des cavernes, des cadavres, du sang, de l'eau-de-vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la crotte, du feu, de l'acier, voilà ce que c'est la guerre. Tout ça est une œuvre du diable !

(Otto Dix dans son journal de guerre.)


A l'exception de Patrick de Valette, qui incarne Ferdinand, une résurgence du Casse-Pipe célinien, tous les comédiens n'ont jamais apparu sur grand écran : Nino Rocher, Pierre Martial Gaillard, Théo Chazal, Eliott Margueron, Frédéric Buffaras, Jonathan Jimeno Romera, Charles Josse, Anioula Maidel, Miro Lacasse.
La Peur, un film de Damien Odoul. En salle le 12 août prochain.

Rappel : Gabriel Chevallier sur l'Alamblog

mardi 21 avril 2015

De tout (un peu)

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C'est l'arrivée du steamer du capitaine Uluspecski, un transport d'assez joli tonnage, qui a été cause de tout. Créee par sa vitesse d'approche un peu... fluide et le ressac, une lame est venue frapper le wharf avec une violence inhabituelle. Et avec lui le préfet maritime et son clavier, lequel lui fut arraché des mains et connut enfin les joies de la baignade. Le temps qu'un plongeur parvienne à récupérer l'engin (le port est assez profond à cet endroit précis) et que l'on réchauffe l'appareil avec un sèche-cheveux, pensez bien que la semaine était passée. Par bonheur, il s'agit de matériel robuste qu'un peu d'eau salée n'impressionne pas.
Voilà, à notre dam, l'explication de ce silence presque inaperçu. Seuls les plus soupçonneux des alamblogonautes ont conçu l'idée que la fièvre bonneffienne de ces jours n'était pas dû qu'au seul hommage de la réédition présente (aux éditions L'Arbre Vengeur) d'Aubervillers (un chef-d'oeuvre du siècle dernier, soit dit en passant). Ils avaient raison.
D'ailleurs, en cette saison où fleurissent les catalogues à prix marqués des libraires d'ancien (c'est l'approche du Salon du livre ancien au Grand-Palais qui provoque cette effervescente floraison), mille petites choses vous étaient destinées qui ont fini chez les mérous. Restent toutefois quelques très bonnes nouvelles. Tout d'abord, les libraires Patrick Fréchet, Anne Lamort, Pierre Saunier, Jérôme Doucet (nous allons évoquer sous peu deux de ses propres publications sous peu), et d'autres encore, provoquent et la curiosité et l'avide convoitise. Songez un peu que s'offrent sur leurs catalogues :
- chez Anne Lamort : des livres de Caraciolli, René Le Pays; Joseph Delaroa (son surnuméraire facétieux) ou Pierre Chaine (Les Mémoires et les Commentaires de Ferdinand dans un état peu courant) ou encore Gegout et Malato dans leur Prison fin de siècle de 1891, etc. ;
- Chez Pierre Saunier un bel ensemble de romans dévêtus de Jean Larocque (couvertures conservées), un dessin de Tromelin et un album photographique de 62 dessins du même, Les Intermèdes de Talloires de Ghika, La Danza macabra europea d'Alberto Martini, etc. ;
- Chez Patrick des raretés variées d'après-guerre (avant-garde, patatruque et surréalisme révolutionnaire), etc.
Bref, nous nageons dans les notices alléchantes.
Pour que la frustration ne s'installe pas, cet extrait des Mémoires d'un rat de Pierre Chaine qui nous offre d'indiquer que, sous peu, c'est-à-dire en septembre, sortira sur grand écran grâce au Pacte, La Peur de Gabriel Chevallier, un film de Damien Odoul où figurera par emprunt un Ferdinand également. Odoul est le réalisateur du Souffle (2000) et de nombreuses autres choses. On n'a qu'un hâte : voir ce film.

"Ma prison fut placée sur la banquette de tir et je fus exposé sur ce pilori aux outrages des soldats. Les uns me piquaient avec la pointe de leur baïonnette, poussant des rires de triomphe quand ils m’avaient arrachés des cris de douleur et de rage. D’autres tiraient ma queue qui, bien qu’écourtée par les batailles, sortait quand même entre les barreaux. Il se trouva naturellement un mauvais drôle pour m’inonder de son urine car la vessie chez les hommes est une inépuisable source de plaisanterie." (Pierre Chaine, Les Mémoires d'un rat, 1917)


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lundi 22 novembre 2010

Mascarade

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Gabriel Chevallier est un grand écrivain.
Si la plupart des lecteurs de générations chenues a gardé en mémoire ses fantaisies de Clochemerle (Presses universitaires de France, 1934), le Lyonnais Chevallier (1895-1969) a conquis de haute lutte, mais lentement, sa place au soleil des morts. La Faute à Clochermerle, justement, qui a contenu ses livres dans le no man's land des publications désinvoltes, facétieuses, amusantes, dont on ne se permet d'avouer la lecture. Et comment donc ! Un pitre !!

Sauf que Gabriel Chevallier n'avait rien d'un pitre et qu'il a fallu la réédition de La Peur en 2002 (Le Passeur-Cécofop) à l'initiative judicieuse d'un fils d'éditeur, pour que les lecteurs français sans accointance lyonnoise s'en aperçoivent. Exit la voie unique de Clochemerle - dont les rééditions n'ont jamais cessé, même si les "suites" de l'opus fondateur n'ont pas connu le même succès éditorial : Clochermerle-les-Bains, Clochemerle-Babylone (1)

Bref, Gabriel Chevallier est un grand écrivain, et deux livres le prouvent : La Peur et Mascarade, le recueil de cinq récits très impressionnants d'un point de vue littéraire, et fort brillants du point de vue de l'observation des êtres. Deux nouvelles paraissent immédiatement hors normes : "Le Crapouillot" et "Tante Zoé" qui auraient dû valoir à Chevallier des louanges incessantes.

Dès les premières pages de ces deux récits, on constate à quel point le colonel V... et le père du narrateur de "Tante Zoé" sont deux personnages passionnants. La tante elle-même, fruit paradoxal de générations et de générations de vieilles filles, n'étant pas de moindre envergure. C'est même une nature dont on fait les... Mais, non, restons discrets et ajoutons seulement qu'en lui fournissant militaires dans les tranchées ou vie de famille cahotante, le monde a fourni une matière formidable à Gabriel Chevallier. Et le moindre de ses talents ne fut pas de savoir lui faire rendre tout son jus. D'ailleurs, si l'on ajoute à ces deux chefs-d'œuvre le destin d'un collabo, les derniers jours d'un propriétaire de trésor ou la cohabitation d'un assassin et d'un perroquet - qui ne manquent pas d'allure non plus - vous obtenez le recueil de nouvelles gratinées le plus plaisant qui soit (2). En somme, après Calet, Guérin, Bove, Maurice Raphaël (3), et tous les autres, voici venu le temps des retrouvailles avec Gabriel Chevallier.



(1) Une occasion de signaler la bonne cité de Machonville imaginée dans la foulée par un Marcel-E. Grancher qui avait flairé le filon en 1942 dans des romans jamais réédités quant à eux.
(2) Et un parfait cadeau de Noël...
(3) On pense tout naturellement à l'extraordinaire nouvelle intitulée Le Piano, la Naine et les chiens (Grenoble, Cent Pages, 2005, 46 p. 8 €).

Gabriel Chevallier Mascarade. — Paris, Le Dilettante, 317 p., 22 €
- La Peur. — Paris, Le Dilettante, 349 p., 22 € ; Paris, LGF, "Livre de poche" (n° 31906), 408 p., 6,95 €
- Clochermele. — Paris, LGF, "Livre de poche" (n° 252), 376 p., 6 €

mercredi 15 septembre 2010

Où l'on parle de Céline et de Gabriel Chevallier... et de l'absence de vainqueur au Jeu de l'Alamblog

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— Vous avez lu le dernier Céline ?
— Ouou...i
— Et alors ?
— Heu...
— N'est-ce pas ?
— On se demande...
— Pour moi, il est fou, cette fois, Céline !
— Assurément, il est malade, ce garçon !
— Quand même, il exagère !
— Ces grossièretés !...
— C'est tellement démodé, tout ça !
— Les Juifs sont des gens comme les autres.
— J'en connais de très bien... J'ai de très bons amis...
— Mais, pensez, voyons !
— Et pour les critiques, vous avez lu ?
— Oui !... Et Proust ?
— Proust ! Ah, Proust
— Prou-Proust, il dit ! Et il fait allusion... Il paraît que Proust...
— Jeune homme riche ! Habitué de bonne heure aux valets de chambre, n'est-ce pas ?
— Et Stendhal !
— Cézanne !
— Racine !
— Quoi, Racine aussi !
— Comme je vous le dis !
— C'est du délire !
— Vous avez prononcé le mot. C'est du délire !
— Moi, je m'étais bien dit tout de suite, en lisant son premier, vous savez : Au bout de la nuit...
— On en avait fait tout un plat !
— Entre nous...
— Quiand on juge, aujourd'hui...
— Avec le recul.
— Il faut le recul...
— Dame ! Qu'est-ce que c'est, en somme, la postérité ?
— Le recul, évidemment !
(...)



Ce délicieux dialogue, issu du Vendémiaire daté de mercredi 26 janvier 1938 et signé en une par Gabriel Chevallier, le désormais fameux auteur de La Peur dont nous aurons le plaisir de parler une fois encore sous peu, figure dans un roboratif ensemble publié par André Derval.
Celui-ci, que nous avons déjà présenté ici, avait déjà proposé un dossier de presse relatif à Beckett, un bouquin et un principe épatants. Rassembler les articles pondus par les uns et les autres dans le vrai de l'événement ne manque jamais d'intérêt. Outre qu'on y analyse merveilleusement la réception d'une oeuvre par les pairs de l'auteur — c'est beaucoup moins vrai aujourd'hui —, ce sont les pensers d'une époque qui surnagent, comme les légumes à la surface du bouillon. Et dans le cas de Louis-Ferdinand Céline, mazette, ça n'est pas peine perdue lorsque l'on observe ce qui s'écrivit au moment de la publication de Bagatelles pour un massacre, le 28 décembre 1937 (1), ce "pogrom de papier", le pamphlet le plus "XXe siècle" du siècle dernier et le plus interdit depuis 1945. Terrible !
Nous n'allons pas déflorer le contenu de ce nouveau recueil, ce serait vous couper la surprise sous les pieds et nous n'aurons pas la joie de nous rouler après André Gide ou Léon Daudet dans le débat sans fin qui voudrait trancher : essai polémique ou oeuvre littéraire ? S'il est vrai que Céline a trouvé dans le registre du pamphlet une voix, un style différents, il a aussi déplacé les bornes de l'obscénité. Rebatet, Mounier, Jean Renoir, Charles Plisnier (assez brillant), Jacques Spitz (curieuse position), Victor Serge, Marcel Arland, André Billy, Brasillach, Victor Serge et beaucoup d'autres ont déjà donné leur avis et les céliniens s'empaillent depuis des lustres sur ces questions, faut-il en rajouter ?
Bagatelles pour un massacre est l'un des pires pamphlets antisémites qui soit, c'est aussi l'une des plus grandes oeuvres littéraires du siècle dernier.
Qui a dit que la littérature avait un rapport avec la morale ?
Avec "le recul, évidemment", André Derval sert enfin les pièces du dossier et les présente avec autant de méthode que de bonne grâce — et il lui a fallu de l'appétit ! — les sursauts ou les glissades des uns et des autres, la stupéfaction, la colère, tout une époque assez peu capable de juger avec perspective ce qui, plus tard, crèvera les yeux.
Avec "le recul, évidemment", on met aisément Céline en bouteille. Ses contemporains furent pris au dépourvu, par ce "maboul", ce forcené, cet extraordinaire bretteur, ce Rabelais passé au noir. On peut aujourd'hui se faire une religion grâce à ce livre qui est destiné à devenir un inévitable et, du même coup, estimer la portée des coups, de part et d'autre. Bravo, beau travail !



André Derval L'Accueil critique de Bagatelles pour un massacre. — Paris, Ecriture, 288 pages, 23 €



(1) Jamais sans estomac, André Malraux publie L'Espoir en même temps, devançant l'appel pour raisons d'actualité... guerrière.