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lundi 27 février 2017

Bientôt en librairie

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Nouvelle livrée pour le Caméléon de Francis de Miomandre. Elle est signée Alban Caumont.
Bientôt en librairie...


Francis de Miomandre Mon Caméléon. - Talence, L'Arbre vengeur, collection "L'Alambic".

vendredi 12 août 2016

Chez un mandarin

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Chez un Mandarin

M. Francis de Miomandre qui pour relier ses plus beaux livres choisit un satin fleurs et du crêpe de Chine, aime trop les plaisirs délicats, et ces petits bonheurs subtils dont notre temps n'a plus guère la notion pour qu'on s'étonne de lé voir porter chez lui un pyjama-pagode dont les manches dociles à ses gestes décrivent mille arabesques. M. de Miomandre habite rue Théophile-Gautier, et, de chez lui, l'on s'étonne qu'en vérité Auteuil soit un quartier qui ressemble si fort à l'Extrême-Orient. Les fenêtres encadrent un paysaqe où 1l y a des cyprès et mille arbres capricieux comme sur les estampes japonaises que M. Francis de Miomandre a mises au mur, sur sa bibliothèque, sur son pyjama même, fallait dire sur son visage. Mais chaque soie, chaque estampe cache les livres les plus graves et les plus beaux. Ce qu'on pourrait appeler le nipponisme familier de Francis de Miomandre n'est point signe de quelque goût frivole, et si l'auteur de "La Naufragée" est sensible aux plaisirs à fleur de peau et se réjouit de la panne mauve de son salon et d'une étoffe sablonneuse qui fait de son bureau de travail une charmante place, où pour ne pas avoir la tentation de se promener pieds nus, il a mis une plaque de verre, si M. de Miomandre aime tant à jouer avec les manches de son pyjama-pagode, il n'en est pas moins l'un des plus graves et des plus avertis ; il va chercher dans sa bibliothèque un exemplaire des Chants de Maldoror et rappelle qu'il fut un des premiers à admirer le fameux comte de Lautréamont condamné (sans appel, semblait-il en d'autres temps), et que M. Francis de Miomandre défendit alors envers et contre tous.
M. Francis de Miomandre. assez sage pour ne point se jeter au milieu (le toutes ces petites manœuvres turbulentes qui font, seIon lui, des simples agités de ceux qui furent d'abord de vrais artistes et de vrais hommes sensibles, n'en est pas moins capable d'une action directe. C'est lui qui, par un article dans Paris-Soir, a déclenché la campagne en faveur d'Unamuno. Aussi Espagnol que Chinois et écrivain bien parisien, M. Francis de Miomandre trouve une surprenante gravité pour parler de la malheureuse condition faite aux intellectuels espagnols, et surtout au Recteur le l'université de Salamanque envoyé aux Canaries, et il précise : « Il y a deux sortes de Canaries, les Canaries portugaises, qui sont un paradis terrestre, et les Canaries espagnoles qui sont un enfer terrestre. Bien entendu, le Dictatoriat n'a pas envoyé Unamuno au paradis terrestre, et le déporté se trouve dans un vrai cachot. où il n'a pas d'eau à boire, où. les conditions de vie sont épouvantables."
M. Francis de Miomandre, assez mandarin, répéterai-je, pour ne se point soucier des agitations politiques, insiste néanmoins sur la misérable existence actuellement réservée aux écrivains espagnols ; il oublie la panne mauve, les grandes manches, les cyprès, les estampes, Auteuil, et parle avec une véritable ferveur.
Il n'est point facile de quitter un écrivain qui a tant de gestes. de mots, de paroles et de souvenirs, il a mille livres à montrer, mille histoires à raconter, mille auteurs à présenter ; et c'est ainsi qu'il ne quitte une bibliothèque que pour se précipiter sur une autre et va de Claudel à Rimbaud, de Lautréamont à Max Elscamp (sic) et de Montherlant à un de ses précurseurs ignorés, Jean Reutlinger, mort pour la France, dont il réunit, lui-même les écrits. Il ouvre ce livre à une page souvent lue et montre un morceau intitulé : Bouin parcourt dans la demi-heure 9 k. 721 m. record du monde, et etxplique-t-il, ces pages furent écrites en un temps o l'on ne parait pas encore de jeux olympiques.

Les Nouvelles littéraires, 5 avril 1924.


mardi 2 août 2016

Ces petites messieurs-dames

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Superbe portrait de Francis de Miomandre en 1923, chez lui, avec sa petite singe Sada (Agence Roll).
On a le privilège de dévisager ses marionnettes chéries et de voir le créateur dans son élément, avec canapé, bouddha, paons (peacocks !) et dessins et gravures d'Audrey Beardsley ou d'Hiroshige (une superbe vue issue de la série des Cinquante-trois stations de la route du Tôkaidô). Et le portrait d'un moustachu à identifier. Il ne semble pas qu'il s'agisse de Mallarmé.



mercredi 6 juillet 2016

Misère des jurés, par Francis de Miomandre

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Misères des Jurés


Je sais rien n'est plus choquant pour celui qui en est l'objet que le témoignage d'une pitié dont il ne veut pas.
Car, de deux choses l'une ou il est vraiment malheureux, et alors on l'accable, on lui retire toute l'énergie dont il aurait besoin pour lutter ; ou il se trouve "parfaitement content comme ça", et alors on a l'air, un peu ridicule du monsieur qui a donné deux sous à Rockfeller parce qu'il lui trouvait l'air miteux.
De toutes manières, on risque d'être mal reçu.
Ces délicats scrupules ne m'empêcheront pas, pourtant, de dire ce que je pense dans le cas suivant.
Il s'agit des membres des jurys de prix littéraires.
Je les plains.
Je les plains d'avoir à lire tous les livres qui leur sont soumis. Je ne dis pas : "de les lire". L'impossible n'est pas de ce monde. Mais seulement d'avoir à les lire. Car, quand on est doué pour les subtilités de la vie morale (et c'est le cas de tout malheureux armé d'une plume), on éprouve toujours des remords quand on n'a pas fait une chose qu'on devait faire, même si cette chose était manifestement au-dessus des forces humaines. Et c'est justement là ce qui est diabolique dans les jurys de prix littéraires, et qui fait éclater jusqu'à l'évidence la perversité épouvantable, antiphysique, des fondateurs desdits prix, depuis une dizaine d'années qu'il se sont tant multipliés.
Ils toujours les mêmes personnes.
Qu'on ne vienne pas me dire que c'est par hasard. Une coïncidence peut avoir lieu deux ou trois fois sans rien signifier. mais quatorze, quinze, vingt fois, cela sue la préméditation. Les fondateurs de prix, en désignant comme jurés des messieurs qui ont déjà, mettons quatre déjeuners littéraires par mois (je suis modeste), savent très bien que ce cinquième banquet leur enlève autant d'heures susceptibles d'être employées à la lecture des oeuvres soumises.
Ils tablent là-dessus.

Francis de Miomandre.

Les Nouvelles Littéraires, 16 juin 1934.

Illustration du billet : Reportage de l'agence Roll en ligne sur Gallica.

mardi 12 mai 2015

Dans le bureau de Francis de Miomandre

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Voici un papier sur lequel j'ai griffonné quelques sujets de contes. Si beaux quand je les conçus, que je ne voyais point nécessaire d'entrer dans de grand frais de détails. Aujourd'hui, qu'ils m'apparaissent dépouillés, ternes et bêtes ! Paresse ! Il eût fallut se ruer sur l'occasion, saisir par ses beaux cheveux l'inspiration qui passait. Elle eut peut-être vivifié ces loques inertes... Je pourrais maintenant m'évertuer, il est trop tard. Renonçons même à imaginer ce qu'eussent été ces mirifiques nouvelles.
Et ceci, vieille page jaunie par le temps, où défilent les noms de tous les journaux et de toutes les revues susceptibles d'accepter la copie d’un pauvre polygraphe comme moi. Je sais ainsi ce que fait de lignes ma page dans chaque périodique, et à quelle heure s'ouvre la caisse. Mais j'ignore toujours ce que donne le caissier, parce que ce capricieux personnage varie ses prix selon que vous lui plaisez ou on, et selon le temps qu'il fait.
Pourquoi ces feuilles sont-elles presque toutes mortes ou agonisantes ? Pourquoi de celle qui tiennent bon les directeurs sont-ils toujours inaccessibles ? Pourquoi ?
Mais pourquoi la littérature elle-même existe-t-elle ? Pourquoi, quand le papier blanc est si beau, le salir de tous ces signes noirs, qui ne signifient rien la plupart du temps ? Est-ce qu'un monde bien paisible, bine tranquille, bien innocent, où l'on écrirait jamais, pas même de lettre anonymes, où l'on aurait le droit, et pas plus, de travers les initiales de son nom entrelacées à celles du nom de sa bonne amie sur les écorces des arbres, est-ce que ce monde-là ne vaudrait pas mieux que le nôtre ? Il paraît qu'il y a vingt-cinq mille littérateurs en France. Défalquons ceux qui ont du talent : cela nous fait le formidable chiffre de vingt-quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit qui ne servent ) en, et dont les bras désolés par l'agriculture, seraient infiniment plus utiles au service de cette entité bienfaisante.
De la suppression des littérature découlerait, logiquement et immédiatement, celle des journaux, qui nous apportent chaque matin tant de trouble. "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles", dit le plus sage des proverbes. Cette vérité est si profonde que les journaux en effet n'annoncent jamais que des désastres. Sans doute s'imaginent-ils que cela seul peut ébranler nos nerfs blasés, ou bien peut-être prennent-ils ce parti pessimiste parce qu'on ne leur communique pas autre chose de tous les faits qui se passent dans l'immense univers. (...)
Si jamais je fonde un journal, vous verrez, ça ne se passera pas comme ça. Mais exactement à l'inverse... Je tiendrai pour nul et non avenue tout ce qui jusqu'alors composa la matière des faits-divers. Par contre, j'enverrai dans toutes les grandes villes du monde, et dans les petites localités pittoresques, des reporters d'une finesse d'observation supérieure à la moyenne, chargés de me renseigner sur ce qui se passe d'harmonieux dans l'univers et d'heureux pour ses habitants. (...)
Pour être heureux, il nous suffit de croire que nous le sommes, et pour le croire il ne nous manque guère que quelques raisons. Chaque matin j'en fournirais un stock persuasif...




Francis de Miomandre Le Voyage d'un sédentaire. — P., Emile-Paul Frères, 1918.

dimanche 2 novembre 2014

Miomandre pique parfois

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A Paris et ailleurs

Propos de l'enfant terrible

Une "noix creuse"
N'importe qui peut écrire et publier ce qui lui passe par la tête. C'est entendu. Les lois qu'il faudrait édicter pour l'en empêcher risqueraient trop d'être appliquées tout justement à ceux qui écrivent pour dire quelque chose. Le remède serait alors pire que le mal.
Ce que je trouve d'étonnant, par exemple, c'est qu'il y a toujours des gens pour admirer les choses les plus vagues et les plus insignifiantes, et parfois se grouper en une manière de public. Cela crée des cultes littéraires bien étranges.
Ainsi celui d'Amiel. C'était un homme très sympathique, et ennuyeux comme une petite pluie fine qui tomberait sur de la ouate. Il n'avait absolument rien à dire, pour la triste raison qu'il ne lui arrivait jamais rien. Et il entreprit la tâche surhumaine de la raconter, cette histoire inexistante : il se disait sans doute qu'il y avait dans son cas quelque chose de tragique, et c'était vrai en quelque sorte, mais...
Mais, avec sa malice habituelle, la Nature lui avait aussi refusé le don de l'expression. Il écrivait dans une langue tiède, pâteuse, embrouillée, sans un accent, sans un éclat. De telle sorte que son fameux Journal Intime ne donne jamais ce qu'il aurait tant souhaité la sensation vertigineuse du vide, mais celle d'un espace qui trouverait moyen de n'être ni plein ni vide d'un espace indistinct, comblé d'un vague brouillard, un brouillard à couper au coupe-papier.
Eh bien ! ce journal intime a néanmoins trouvé des lecteurs, que dis-je ? des fervents. Toute une petite chapelle s'est groupée autour de cet autel fuligineux, et pas composée d'imbéciles, comme vous pourriez croire, mais souvent de gens très bien, qui valaient dix fois mieux que leur idole.
Rien ne m'ôtera de l'esprit qu'ils ne la voyaient pas telle qu'elle était, mais telle qu'elle s'était elle-même rêvée. Tant la puissance de l'illusion est grande : elle se prolonge souvent au delà du premier geste magique.
Tout de même, dans ces cas-là, on est content de voir arriver un iconoclaste, comme M. René de Weck qui, dans son Amiel ou la Noix creuse, souffle sur toute cette fumée et la disperse. Et l'idole se dissout elle aussi sur son autel nébuleux. Et les fidèles, tout penauds, se demandent ce qu'ils faisaient là.

Francis de Miomandre

Nouvelles littéraires, 6 février 1932

vendredi 11 octobre 2013

Légère bibliographie très lacunaire des Clubs imaginaires

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C'est en forme de clin d’œil à la parution du Club des neurasthéniques de René Dalize et après lecture de "Ceci n'est pas un conte" de Fagus (1), que nous initions ici une sorte de recueil sans fin, composé de bribes issues d'un sac sans fond...
C'est en remarquant que l'esprit humain n'a de cesse d'imaginer des sociétés qu'il nous est apparu que parmi les béquilles utilisées par les fictionneurs, celle du "club" était pleine de ressort. Et l'on imagine ce que peut produire une béquille à ressort... Ainsi, voici ce qu'imaginait pour point de départ Fagus à propos du XXe sauvage...

L'Académie Martin-Nadaud n'admet en soin sein que des Bellevillois d'origine, au nombre de 13, afin de signifier son mépris de la superstition.

Réunie du côté de Saint-Fargeau dans un débit apparemment disparu, cette Académie a tout du club à vocation scientifique, d'où son intitulé "académique", justement. Mais ça n'est jamais qu'un exemple de ces clubs, sociétés, associations à buts véritablement innombrables qui poussèrent dans les imaginations les plus poilues - faisant écho à la sociabilité ancienne perdue des salons (et cénacles dont nous allons avoir l'occasion de parler bientôt) qui, après avoir fleuri au XVIIIe siècle moururent avec Aurel et ses comtesses compassées, et même avec André Breton, qui jouait après-guerre place de Clichy à ces jeux poussiéreux avec ses baronnes flétries.
Les femmes du reste peuvent à l'occasion s'adonner avec délice à ces compositions. Ainsi de Marie Laurence inventant le "Cat-club". la plus célèbre de ces constructions imaginaires n'est bien évidemment autre que le Club des Haschishins, qui ne peut qu'évoquer le Vieux de la montagne en guise de détenteur de pouvoirs mystérieux. Y fréquentait Louis Ménard en même temps que Flaubert. Savant, peintre, poète, philosophe, helléniste et chimiste. Parangon de l'intellectuel artiste complet du XIXe siècle, il était l’ami d’enfance de Baudelaire qui l'avait initié au haschisch et invité à participer avec lui aux réunions du Club des Hashischins.
Autre club (réel) célèbre, celui que décrit méchamment par Barbey d'Aurevilly lorsqu'il s'en prend aux "Bas-bleus" : « Ce n’est plus, comme du temps d’Addison, un petit club de péronnelles, beaux esprits dans un coin ignoré de Londres ; un petit club dans ce pays du Club, où, dès qu’on est trois, on en fait un ; où l’on en fait pour boire du thé et pour siroter son Porto, car, en Angleterre, on a jusqu’au Club des siroteurs ! (2) »
Et puis, au-delà des clubs révolutionnaires, on n'en finirait pas de citer, réels ou idéels, le Club des amis de la nature (Champfleury dans les cafés de 1848), le Club des Quidagams (Frédéric Berthet, Daimler s’en va, 1988), le Club des invincibles (Marcel Idiers Un apprenti parisien autour du monde, 1922), le Club des buveurs de sperme (Robert Desnos, La Liberté ou l’amour, 1927), sans parler des créations de Louis Forest, d'Edmond Jaloux, Jean Cassou, Francis de Miomandre et Marcel Brion, participant du "renouveau romantique" avec leur Brambilla-Club au milieu des années 1920... Et le domaine des enfantinas n'est pas épargné, puisque S. L. Prévost produisit Le Club des Culottés (Alsatia, 1945), qu'il faisait suivre, il est vrai, de La Galipote de Comberousse'' avec des illustrations de Igor Armstam.
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Le club mène à tout. Son ressort comique est indéniable. Il est le parfait support de l'imagination fictionnelle et va servir tant et plus, notamment chez les grands fantasques. Albert Robida au premier chef imaginant le "Club des Billes de Billard" dans La Grande Mascarade parisienne (Librairie illustrée) Conseil de révision du club.

— Qu'est-ce que les Billes de billard, mon bon ?
— Les Billes de billard ? mais tu n'as pas encore besoin de connaître ça, tu ne te déplumes pas encore...
— Dis tout de même.
— Eh bien, c'est le club à papa, le club des Billes de billard, ainsi nommé parce qu'il faut posséder un crâne dépouillé par la calvitie pour être admis à l'honneur d'en faire partie. Aristocratie, finance, arts, lettres et sciences, tous les mondes sont représentés aux Billes de billard par des crânes d'élite; fronts hautains de grandes races, sur lesquels ont passé tous les ouragans de la vie, rasant les folles mèches, de la jeunesse, fauchant les illusions et dévastant le cuir chevelu ! Fronts de la Fricottière ravagés par une haute et joyeuse vie, fronts bombés de vieux savants, crânes pointus d'hommes politiques, genoux farceurs de gens de lettres, il y a de tout au club des Billes ! Et tous ces crânes se consolent entre eux par de joyeux dîners hebdomadaires, dont papa, en sa qualité de.président, fait le plus bel ornement! — Je voudrais bien voir ça, un dîner de Billes de billard !
— Trop jeune, mon petit, tu n'as pas le genou d'ordonnance.
-—Avec la protection ?
— Impossible 1 Moi-même, fils de mon auguste père, président de la société, je n'ai jamais pu me faire inviter au club. Ah! mais, le comité est strict ! Pour être reçu aspirant Bille de billard, il faut présenter au comité d'examen un commencement de.calvitie. S.'il est suffisant, on est admis aux dîners tous les mois d'abord, puis tous les quinze jours, mais on ne dîne pas à la grande table, on dîne à la table des petits. C'est que l'on a le sentiment de la hiérarchie, aux Billes de billard! Et tous les trois mois, conseil de révision, les aspirants comparaissent devant le bureau pour Taire vérifier leur calvitie; si les cheveux repoussent, on est honteusement chassé, tandis que si la calvitie se dessine plus majestueusement, on reçoit les éloges de papa et l'on monte en grade.
— Charmant ! fit Cabassol, ainsi pas d'espoir pour moi... Mes cheveux tiennent encore trop... (...)



et plus loin, voici le Rouletabosse Club, qui ne manque pas d'être plus original encore :
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Le matelot Kirkson, parti pour Londres avec trois millions dans sa poche, s'était comme Tournesol à Paris, lancé dans la haute vie; il avait, dès son arrivée, fondé un club, le Rouletabosse Club, club original qui ne possédait aucun palais ni même aucun domicile, puisqu'il avait été établi avec sept membres fondateurs d'abord, dans un grand omnibus soigneusement aménagé, qui roulait jour et nuit sur le pavé de Londres.
Kirkson, habitué à la vie nomade, ne pouvait plus se résigner à pénétrer dans aucune maison, les grands restaurants mis à part; son idée avait eu du succès; en peu de jours, le Roulelabosse-Club avait compté quatre omnibus et trente membres. On marchait toujours; toutes les trois ou quatre heures on s'arrêtait, autant que possible, dans un restaurant aristocratique, el l'on prenait un repas quelconque, déjeuner, diner ou souper. En quittanl le restaurant, on munissait les voitures d'une raisonnable quantité de bouteilles de-Champagne, liqueur affectionnée par Kirkson, et l'on égayait l'intervalle des repas par des libations répétées.
Bien entendu, les quatre omnibus du Rouletabosse-Club eurent bien des fois maille à partir avec les policemen; mais comment se fâcher avec de pareils gaillards ? (...)

La liste qui suit n'est qu'un avorton qui mériterait d'être étayé. Pour l'heure, elle a le charme de l'humour par accumulation.

Liste quelconque de clubs imaginaires
"Le Club des mendiants" (nouvelle de Louis Lurine, Ici, l'on aime, 1854, V. Lecou)
Le Club des Trois (Tod Robbins, Nouvelle librairie française, 1933)
Le Club des hétérosophes (Frédérick Tristan, Monsieur l’Enfant et le cercle des bavards, Fayard, 2006).
Le Club des quatre, évidemment
Le Club des cinq, pareillement
"Le Club des bonnes gens, ou des Braconniers" (Scènes de la vie joyeuse)
Le Club des conspirateurs
Le CLub des coquins (Alexis Bouvier, E. Dentu, 1880 Gallica)
Le Club des morts (Jules Lermina, premier volume du roman Les Loups de Paris)
Le Club des Désoeuvrés (Jules-A. David, Werdet, 1838)
Le Club des corbeaux (Francis Didelot, Lib. Champs-Elysées, 1978)
Le Club des Détectives (Anthony Berkeley, Rieder, 1932)
Le Club des Cadavres (Edward Brooker, Les Editions et Revues françaises, 1946)
Le Club des Suicidés (Gabriel Silaine, Ed. du Scorpion, 1960)
Le Club des Malsains (Fleuve noir)
Le Club du bonheur (Maigret ?)
Le Club des fous (Chesterton)
Le Club des métiers bizarres (Chesteron)
Le Club des parricides (Ambrose Bierce, nlle éd. Sillage, 2007)
Le Club des Loufoques (Pierre Dac)
Le Club des Cancres (André Dhôtel, 2007)
Le Club des tueurs de lettres (Sigismund Krzyzanowski, Verdier, 1993)
Le Club des Egarées
Le Club des Infidèles (Carrie Karasyov, Fleuve noir, 2009)
Le Club des Invincibles (Marcel Idiers, France-Edition, 1922 "Les Beaux romans d'aventure")
Le Club des Etranglés
Le Club des Hachichins (Théophile Gautier, "Revue des Deux Mondes" du 1er février 1846 ; Rééd. L'Herne 2013)
Le Club des Célibataires par Jean Sermine (F. Rouff, 1931) puis, sous le même titre : Le Club des Célibataires (Charles-Roger Dessort, surnommé "Coquin Dessort", Tallandier, 1932 et, curieusement, même sous-titre chez le même éditeur, en 1933 pour Le Besoin d'être aimée de Michel Poitou).
Le Club des incorrigibles optimistes
Le Club des conspirateurs
Le Club des inconsolables
Le Club des philosophes amateurs (Alexander McCall Smith, 10-18, 2006)
Le Club des Menteurs (Celeste Bradley, J'ai lu)
Le Club des morts en sursis (Hugh Pentecost, The Obituary Club, Trévise, 1960)

Roman légers ou inavouables
Le Club des courtisanes (Irène de Chaubert, 1970)
Le Club des perversités conjugales (Anouk Gil, 2005)
Le Club des dames lubriques
Le Club des Cornards (Louis de Revigny, Prima, 1930)

Filmographie
Nick Carter - Le club des suicidés (1909)
Le club des suicidés (1912)
Le Club des suicidés (kloub nravstvennosti / Клуб нравственности ) d'Evgueni Bauer (1915)
Le club des nymphos (X)



A suivre...


Illustration du billet Philippe Favier, issue de l'article d'Elisabeth Franck-Dumas



(1) Issu du Catalogue de la librairie du Sandre où il est reproduit intégralement.
(2) Jules Barbey d’Aurevilly, « Les Bas-bleus », Le Nain Jaune, 7 janvier 1866 ; Les Ridicules du temps (Royveure et Blond, 1883) ; Les Bas-bleus et autres Ridicules du temps, Obsidiane, coll. « Les placets invectifs », p. 33.

lundi 7 octobre 2013

Bibliographie lacunaire des éditions Océanes

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Dans sa récente biographie du délicieux pourvoyeur de sourires Francis de Miomandre (La Différence, 2013), Remi Rousselot nous fait part de sa trouvaille parmi les archives de l'écrivain vendues par sa veuve à la Bibliothèque nationale d'Espagne : Francis, le "petit lapin" de Suarès et Claudel, eut au sortir de la guerre un projet éditorial qui fit long feu. Si le biographe assure que le catalogue de la maisonnette ne comprenait que deux titres, la BnF a reçu trois ouvrages par la voie du dépôt légal.

Ceux-ci, fruit de ce "projet de collaboration franco-latino-américaine (...) où toute considération politique sera rigoureusement bannie" ont naturellement un topic latino... à l'exception de ce Candide de Voltaire qu'il va nous falloir voir un jour prochain. De même que cette Vieille Pampa de Chardon-Fonsac dont la couverture manifeste, on peut le constater, une modernité typographique très nette. Notons enfin que les trois ouvrages ont été imprimés par Chaix.

La maison qui devait s'installer au 2, rue Amiral-de-Joinville, Neuilly-sur-Seine, selon R. Rousselot, trouva son siège — son tabouret serait plus juste - au 7, rue Washington, Paris VIIIe.


Catalogue

Voltaire Candide, ou l'Optimisme, traduit de l'allemand de M. le docteur Ralph, avec les additions trouvées dans la poche du docteur lorsqu'il mourut à Minden, l'an de grâce 1759. Préface de Francis de Miomandre. - Paris, Éditions océanes, 1947, 200 p.

Ventura Garcia Calderon Le Serpent couvert de regards. - Paris, Éditions océanes, 1947, 185 x 120, 208 p. 200 fr. coll. "Chefs-d'œuvre latino-américains" BnF 16-Z-2380 (1)

Chardon-Fonsac Vieille Pampa. - Paris, les Éditions océanes, 1948, 185 x 120, 186 p. 220 fr. Coll. "Chefs-d’œuvre latino-américains". 100 exemplaires sur velin de Lana. a. i. 1er juin 1948 (Imprimerie Chaix). BnF 16-Z-2380 (2)


Annoncé dans le Voltaire mais non paru :
Prosper Merimée Colomba, avec une étude de Max Daireaux.

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mardi 24 septembre 2013

Minos à la manœuvre

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La collection de poche des éditions La Différence se fait remarquer ces temps en produisant coup sur coup d'Eça de Quieroz à Karel Capek des classiques nécessaires qui manquaient parfois beaucoup.
Les cinq dernières parutions sont, dans le désordre, Écrit sur de l'eau de Francis de Miomandre, 202, Champs-Elysées (A Cidade e as serras) d'Eça de Queiroz, Le Pèlerin de Fernando Pessoa, Trois mille ans chez les microbes de Mark Twain et R.U.R. (Rossum’s Universal Robots) de Karel Capek.
Si elle ne fait guère place aux jeunes plumes, ce qui n'est pas son objet, la collection permet de lire cette année des oeuvres importantes et en l’occurrence plusieurs chefs-d’œuvre, posthume avec 202, Champs-Elysées, universel avec R.U.R., pages où s'inventa le robot comme on sait.
Quant à Écrit sur de l'eau de Francis de Miomandre qui vient en support du livre que lui consacre Rémi Rousselot, il paraît presque déplacé parmi cet aréopage, en visite comme la légendaire légèreté de Miomandre peut le laisser imaginer. Toutefois, cet historique deuxième prix Goncourt n'est point inutile. Outre que la grâce n'est jamais inutile, ce roman des jeunes années vient colorer de gaieté une collection après le sombre Trois mille ans chez les microbes de ce vieux farceur de Mark Twain.



Eça de Queiroz 202, Champs-Elysées, traduction du portugais, présentation et notes de Marie-Hélène Piwnik, 352 pages, 12 €
Fernando Pessoa Le Pèlerin, texte établi par Ana Maria Freitas et Teresa Rita Lopes. Traduit du portugais par Parcidio Gonçalves, 96 pages, 6 €
Mark Twain Trois mille ans chez les microbes, traduit de l’américain par Michel Waldberg, 192 pages, 10 €
Karel Capek R.U.R. Rossum’s Universal Robots, traduit du tchèque par Jan Rubes. Préface de Brigitte Munier, 224 pages, 8 €
Francis de Miomandre Ecrit sur de l'eau, préface de Remi Rousselot, 192 pages, 8 €

vendredi 7 septembre 2012

Marc Stéphane fait la rentrée

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Marc Stéphane est de retour et fait sa rentrée, comme tous les grands, le 14 prochain.

Après La Cité des fous et le Drame affreux chez les tranquilles, c'est avec Ceux du trimard que notre Stéphanois pré-célinien va émouvoir les foules

Réservez votre exemplaire à votre libraire. Vous verrez, depuis que le bruit a circulé qu'il contenait un long article très louangeur d'un certain Daudet...
Nous en reparlerons prochainement.

Au même catalogue de l'Arbre Vengeur, un petit Othon et les sirènes, de l'Helvète Pierre Girard (1892-1956) dont vous nous direz des nouvelles : aux petits oignons (il avait d'ailleurs osé publier : Charles dégoûté des beefsteaks en 1945). Et un Othon salué par Francis de Miomandre. Que d'actualité, que d'actualité, nous voilà victimes des vicissitudes de la rentrée littéraire...

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