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lundi 9 novembre 2009

L'eau à la bouche

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Claude Duneton est un malin, il ne s’y est pas trompé en chroniquant tout récemment la nouvelle édition de Mots de table, mots de bouche, le dictionnaire de Claudine Brécourt-Villars consacré au lexique du manger et du boire.

Très largement documenté (chez Emile Zola, Henri Duvernois ou François Caradec, dans les grands ouvrages de la gastronomie, tel le Nouveau traité de cuisine de Menon de 1739, ou dans les chroniques d’autrefois), ce livre de référence (à prix imbattable) qui manquait gravement à notre bibliothèque nous a déjà suggéré quelques tentatives culinaires. Ce qui, sur notre île, n’est pas la moindre des choses, même si l’échec est parfois au rendez-vous.

De la crêpe suzette, du blanc-manger, du marengo, des gaudes, ce Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie nous apprend tout en y joignant le plaisir des vocables précis — et parfois rares — tout en excitant l’imagination des papilles.
Saviez-vous qu’un biscuit est la version moderne de “bescuit” rencontré dès le XIIIe siècle signifie “cuit deux fois” ? Qu’un “financier” est un hommage aux “héros de la gastronomie” ?
Pour le gratin et la gribiche, je vous laisse découvrir seuls.

Désormais, grâce à Claudine Brécourt-Villards, nous ne consulterons plus la carte en ignare, et nous n’en serons que plus audacieux. Ainsi, nous n’hésiterons plus à commander une escalope de veau à la Foyot. Même si Tailhade y perdit un oeil. Mais c’est une autre histoire…



Claudine Brécourt-Villars Mots de table, mots de bouche. Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie. — Paris, La Table ronde, 440 pages, 10 euros


Dans la même collection, la reparution du livre de Raymond Dumay, De la gastronomie française, devrait séduire les vivants. Du reste, les deux font la paire.
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vendredi 4 septembre 2009

Les inventions foutraques de Gaston de Pawlowski

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Gaston de Pawlowski (1874-1933) fait parler de lui. Ca n’est pas la première fois puisque, depuis 1962, ses deux ouvrages majeurs reparaissent de temps en temps, pour le plaisir des lecteurs avisés et soucieux de se colorier les idées grises.
En 1962 d’abord, la collection Présence du futur avait rendu vie à son ouvrage majeur, le Voyage au pays de la quatrième dimension (1912 ; 1923) qui influença tant Marcel Duchamp, donc l’art du siècle dernier, en mettant en fiction la relativité mathématique, avant Einstein, dans la continuation du Grec Zénon d’Elée (1).
Puis, en 1973, vint feu François Caradec, qui dépoussiéra judicieusement les inventions nouvelles les plus fameuses du chroniqueur humoristique (Balland, 1973 ; rééd. 1977). Enfin, ses Paysages animés (La Bibliothèque, 2003), d’autres chroniques préfacées par Eric Walbecq qui revivifièrent le destin posthume du fameux Gaston.
La parution d’une nouvelle sélection d‘“inventions nouvelles” jovialement foutraques - mais parfois aussi très politiquement incorrectes (les femmes, les Allemands et les Provençaux en font les frais) -, éclaire ce que fut l’esprit joyeux des années 1910. Fruits généreux d’une rubrique où le rédacteur en chef de Comoedia, personnalité pipole de son temps, fourbissait ses papiers les plus dépeignés pour amuser le lecteur, les Inventions nouvelles et dernières nouveautés (E. Fasquelle, 1916) préfiguraient l‘Encyclopédie des Farces et Attrapes et des mystifications” que Noël Arnaud et François Caradec publieront un demi-siècle plus tard.
Etonnant chroniqueur, Pawlowski savait être un auteur délicieux, comme les lecteurs de Bizarre purent s’en apercevoir avec La Faillite de la science, ou bien ses contemporains tête-en-l’air, qui tentèrent de se procurer sa fameuse baignoire à entrée latérale, qui vaut bien les rails en mou de veau de Raymond Roussel ou le mètre élastique de Gabriel de Lautrec. Témoin des bizarreries de son temps ainsi que de ses vanités, Pawlo semble avoir digéré et l’influence de ses amis Allais et Willy, et celle d’un célèbre Irlandais, comme on le verra, même si en cette année 1916, l’humour et l’esprit ne vont pas plus loin que le bord oriental des tranchées… C’est que la guerre contre les “Boches” est à son comble : les inventions guerrières de Pawlowski sont nettement patriotiques… En général, Pawlowski savait prendre des accents burlesques et swiftiens. Et s’il n’est plus question de manger les enfants, vous verrez que l’on se trouve, par extraordinaire, fort près parfois de notre réalité d’aujourd’hui. Une dégustation n’ayant jamais fait de mal à personne, en voici donc quelques morceaux :


Le Vampire vinivore est un petit appareil fort simple, inspiré du « vacuum cleaner » et qui permet de récolter, par succion, le jus d’une vigne sans prendre la peine inutile de cueillir les grappes. C’est un procédé rapide, économique, et qui enchante nos vignerons.

Nous sommes heureux de signaler aux personnes peu fortunées le nouveau dentier élastique pour familles pauvres. Ce dentier, composé de rente-deux dents artificielles, est monté sur de fausses gencives en caoutchouc rouge. Il peut être utilisé alternativement par les membres d’une même famille ayant des bouches de grandeurs différentes. Suivant les nécessités du jour, les visites à faire, les démarches à entreprendre, le dentier passe de bouche en bouche et s’adapte exactement aux besoins de chacun.

Devant l’encombrement toujours plus grand des statues érigées dans Paris, le Conseil municipal à décidé de faire élever quelques statues-types en redingote, à cheval ou dans un fauteuil, avec tête et inscription mobiles. Suivant le goût du jour, le grand homme sera changé et la concession du monument ne sera accordée que pour dix ans. Ajoutons enfin que les souscripteurs n’auront à payer que les frais de la tête et la location du corps.

A signaler, dans les jolies créations qui peuvent constituer un gracieux cadeau d’étrennes, le nouveau silencieux pour dames, en soie rose chatertonnée, qui s’adapte exactement sur la bouche et est vendu, prêt à être posé, dans un élégant emballage. Ce silencieux est analogue à celui que l’on emploie pour les voitures automobiles. Il évite tout bruit, toute discussion, toute conversation fatigante, sans empêcher pour cela la dame qui le porte de dire tout ce qui lui plaît. Le silence le plus absolu est obtenu, et c’est là l’essentiel. Le silencieux pour dames préserve, l’hiver, des grippes, des maux de gorge. Il se rejette élégamment sur l’épaule, comme un boa, et son élégance séduira toutes les femmes. Ajoutons, à titre documentaire, qu’il existe une variante du silencieux pour dames : le rustre silencieux pour hommes. Mais on nous dispensera d’en parler dans ce recueil entièrement consacré à la science, aux élégances et au bon goût.

On s’est étonné, récemment, de voir la préfecture de police repousser les nouveaux revolvers à viseur lumineux, cependant si pratiques, puisque le rayon électrique indique exactement sur la cible l’endroit où la balle va frapper. Cet ajournement fut le résultat d’une regrettable erreur. On ne sait pourquoi les expériences ont été faites, en effet, par des agents, non pas sur des cibles ordinaires, mais sur des poissons, que le rapport ne désigne pas d’une façon plus explicite. En raison sans doute de la réfraction de l’eau, les résultats ont dû être négatifs. Espérons que de nouvelles expériences viendront remettre au point ces premiers essais défectueux que l’on avait confiés par erreur au service des moeurs.

Signalons avec plaisir la nouvelle robe secrète à double agrafage pour dames du monde, que lance un grand couturier parisien, pour sa seule clientèle. Cette nouvelle robe s’agrafe normalement dans le dos, comme la plupart des autres robes, mais elle possède sur le côté un second système d’agrafes, entièrement dissimulé sous un minuscule galon. Cette robe est destinée à donner toute satisfaction à certains maris soupçonneux qui désirent, le matin, agrafer eux-mêmes la robe de leur femme, pour la dégrafer eux-mêmes le soir et constater ainsi que rien n’a été modifié dans la journée aux petites combinaisons fantaisistes qu’ils ont cru devoir apporter personnellement dans l’agrafage. La nouvelle robe permet, grâce au second agrafage, de ne rien changer aux dispositions prises et donne ainsi satisfaction à tout le monde. C’est là un innocent subterfuge, analogue au double allumage si apprécié des automobilistes, et qui sera bien accueilli de tous. Il mettra quelque union, cette année, nous en sommes convaincu, dans la plu- part de nos ménages parisiens.

Une des reines de l’élégance londonienne a bien voulu m’écrire pour me signaler une nouvelle mode qui sera lancée cette année par les clubmen anglais. il s’agit du tuyau de poêle à clé. Ce chapeau est exactement construit comme les tuyaux de poêle ordinaires mais il est muni d’une clé modératrice. La clé, dont la poignée est placée sur le côté, permet à volonté d’aérer l’intérieur du chapeau a haute forme, en faisant simplement tourner le fond sur son axe. Gela permettra à nos élégants de conserver cette coiffure un peu lourde par les temps les plus chauds sans en être incommodés.




Gaston de Pawlowski Inventions nouvelles et dernières nouveautés. Choix et présentation d’Eric Walbecq. - Bordeaux, Finitude, 128 p., 13,50 euros.


(1) Deux rééditions ont paru en 2002 et 2004, la première aux éditions de L’Autruche guatémaltèque, succursale d’une petite maison bien connue (dans une édition d’E. Walbceq qui joint au volume un dossier de correspondance), la seconde présentée par Jean Clair aux éditions Images modernes. Voir les superbes illustrations de ce livre par Léonard Sarluis sur Livrenblog.



Pour mémoire, vous trouverez ci-dessous le sommaire des Inventions nouvelles d’origine.

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mardi 4 août 2009

Lectures d'été : François Caradec

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Un recueil posthume de contes, saynètes, nouvelles par l’historique Oulipien, qui n’était pas que cela.
Des surprises pour se rafraîchir et s’assouplir l’esprit.


François Caradec Entrez donc, je vous attendais. - Paris, Mille et une nuits, 158 pages, 4 euros

mardi 9 juin 2009

Bibliographie lacunaire des Presses littéraires de France (François Caradec was here)

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Il est notoire que François Caradec était typographe. Il a tout naturellement travaillé dans l’imprimerie. C’était juste après la guerre, du côté de Massy, à l’imprimerie des Presses littéraires de France, maison bien oubliée qui va néanmoins laisser des traces dans l’histoire littéraire.

Grâce à François Caradec, ou à cause de lui…

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