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dimanche 5 juin 2016

Henri Simon Faure en couverture de la Quinzaine littéraire !

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Depuis l'exposition rétrospective qu'il lui a été consacrée à Saint-Etienne cet hiver, il semblerait que la capitale soit désormais en état de reconnaître Henri Simon Faure pour ce qu'il était.

En pleine période du marché de la Poésie qui va s'ouvrir la semaine prochaine, Henri Simon Faure se paye la Une de La Quinzaine littéraire.

C'est à peine croyable.
On aura tout vu.
Une brèche s'est donc ouverte...
Malgré l'obstruction constante des empêcheurs de lire qui ont tout fait pour rejeter hors de la sphère culturelle médiatisée certains poètes qui n'appartenaient pas à Paris, à leur réseau, à leur radio, à leur maison d'édition...
Des poètes qui ont oeuvré dans l'indifférence méprisante de ces élites autoproclamées durant des décennies, sans écho, jamais...
La roue tourne donc. Les portes des palais s'effritent et tombent. Et ll finit toujours par arriver ce moment où les gardiens des différents temples de l'Intelligentsia quittent leurs sales petites guérites ripolinées. De gré ou de force. Et puis la sénescence les prend, quoi qu'il en soit, et la courbe de leurs ventes, souvent si dunesque en temps normal, rejoint le dessin de la vallée où elles vont s'ensabler.
Pendant ce temps, les créateurs dédaignés meurent eux aussi évidemment. Comme Henri Simon Faure, en janvier 2015. Mais, inversement, leurs oeuvres commencent à vibrer fort. Elles comment à intéresser les lecteurs qui se rendent compte que personne n'avait eu la courtoisie de leur parler de... au hasard : Ilarie Voronca, Maurice Fombeure, Henri Simon Faure, tous ces poètes de province et, parfois, d'autrefois, dont les vers font reluire l'intelligence et la sensibilité humaine (1).
Avec, au même sommaire François Bott, François Boddaert, Jean Miniac, Eddie Breuil, Christian Prigent, Yves Boudier, une mention de Ghérasim Luca, et je suisloin de citer tout le beau monde.


La Quinzaine littéraire, n° 1152, 1er-15 juin 2016.



(1) De l'universitaire pouétique, ça, on leur en a refilé à tire-larigot ! Pendant plusieurs lustres... Impossible était d'en réchapper.

vendredi 8 avril 2016

Ses vers, sa bataille

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La guerre, les batailles et le heurt tectonique des peuples sont le sujet qu'arpente depuis des lustres un homme un peu exceptionnel. Il s'appelle François Boddaert. Editeur à l’enseigne d’Obsidiane, essayiste et poète, il a quelque chose du vieux sage qui dit. Je veux dire exprimer des choses profondes et enfouies, ou recouvertes par les débris. Ce qui n'est pas d'usage toujours en terre poëtique.
Avec son nouveau recueil Bataille (mes satires cyclothymiques), on passe côté carapace, soubresauts, nœuds de marins. Pas de crème fouettée aux amandes effilées. Naturellement, la langue qu'il imprime est passée sous les rotatives de sa pensée et d'une syntaxe contondante qui a tanné le verbe et l'a transformé. On se demande parfois s'il n'y a pas une filiation à chercher du côté d'Henri Simon Faure. L'idée nous saute au neurone et elle demanderait d'être vérifiée. En somme, on ne le lit pas sans en conserver une marque nette. Un exemple : c'est son "redan de Postdam" qui sonne sans fin dans l'esprit du Préfet maritime, une ritournelle. Autre échantillon :

La tête dans le gros sac
(couine, beugle de l'aorte et haletant du ventre) —
c'est notre histoire mais elle nous mange.

L'époque, la drôle, que de vieux bougres en nous
regagnent l'enfer des langes, leurs mères aux corps perdus.

Nombreux les chiffres, voilà l'erreur !
Déjà, petit : "Tu sais tes tables ?"
Le maître rature, roulement rage,
gardien des règles au fourreau rêche — sévérité !
L'élève tient bons points pour tant d'argent compté,
sautille, lâche au passage une patte sur une mine :
il troque son bonnet d'âne ancien
pour un beau casque à pointe.
("Mais qu'avoir dénombré, un siècle sur le bras ?")



L'oeuvre de François Boddaert est de celles que bâtissent les architectes habités. (Qui disait donc que l'architecture était le seul livre d'histoire sans mensonge ?)
Sans doute, François Boddaert est une sorte de moraliste, un observateur engagé dans l'histoire lente, lourde, longue de son peuple, de ses contemporains. C'est aussi un lecteur savant, ce que l'on peut nommer un érudit éclairé. L'emploi qu'il fait de la satire montre qu'il est aussi un homme d'esprit. Les plus rares. Il est grave certes, mais il est parcouru de malices. Une sorte de jongleur amusé jouant avec des grenades. Toute la question étant de savoir si elles sont dégoupillées.
Le seul sommaire parle à haute voix :

Avant-garde
Le saut du lion, entre Olomug et Ostrava
Levée de corps
Au branle-bas de cette toujours querelle
Tout condamné à vitre aura la tete secouée
Dans la terreur
La prise de Prague avec un genou mort
Bureau des nécropoles (restitution des corps)
Déganguée de doigts d'homme
Lettre sur les ruines de Kaliningrad

Alors que l’on rend hommage aux soldats morts en 1916, ce nouveau recueil aux matières parfois anciennes est de nature à convaincre qu'il n'est pas un poète parmi d'autres.
Bataille est un condensé de maîtrise et de charpentage, dans une langue chantante et caillouteuse comme un lit de rivière.
Il est clair, une fois de plus, que Boddaert (François), poète aussi autonome qu’inventif, est sans doute le seul éditeur dont l’œuvre personnelle ne pâlit pas devant celle des auteurs qu’il publie.


François Boddaert Bataille (mes satires cyclothymiques). — Éditions Tarabuste, 144 p., 13 €



samedi 27 juin 2015

Préau des collines #14

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Très beau, roboratif et goûteux numéro du Préau des collines consacrant trois ensembles à Pierre Edouard, peintre et sculpteur, Pierre Lafargue, Eric Maclos et Geneviève Huttin, tous trois écrivain et/ou poète.
Entre éloges, articles critiques et exercices d'admiration, une amusante lettre de François Boddaert à Monsieur de Bondy sur sa réputation, son génie & ce qui s'en suivra..., un commentaire en trois points des éditions Vagabonde où il est question de faire déconsidérer l'état civil, pendant que Jean-Paul Michel constate qu'on a beaucoup de monde à éradiquer à vingt ans....
Voyez que ce Préau est parfois surexcité.
Les autres interventions, non négligeables, sont signées Yves Boudier, Claude Louis-Combet, Marie Etienne, Philippe Lacoue-Labarthe, Elizabeth Prouvost (ses troublantes photos), Jean-Baptiste de Seynes, John Taylor ou Lydie Salvayre — les innomés nous pardonneront — où se croisent cent thèmes et commentaires utiles, nécessaires ou passionnants. A commencer par la découverte de l'oeuvre Pierre Edouard.
Jacques Le Scanff, l'initiateur et animateur du Préau des collines est par ailleurs auteur d'un recueil de textes issus de ses "carnets de peintre". Très illustré et bellement, le livre qui paraît aux éditions Quiero contient ses vers :

Il regarde avec une telle force
que ses yeux saignent :
les murs et les vêtements
amples et blanc,
l'ombre : un cadre bleu.


Et puis

La boutique bariolée,
seule dans la lueur blanche et bleue des néons,
un tadjik martèle
une cornière de zinc.


Jacques Le Scanff Le Bleu des émeutiers. peintures de l'auteur. — Forcalquier, Quiero, 40 pages, 25 €

Le Préau des collines, n° 14, 295 pages, 27 €

dimanche 27 mars 2011

Troisième Secousse

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Obsidiane donne des secousses. La troisième depuis juin 2010 vient de paraître en ligne.
Secousse est la revue qui a pris la succession du Mâche-Laurier (1994-2008), vaillante publication de papier éteinte après quatorze ans d'activité.
Sous la direction de François Boddaert et une équipe de rédacteurs où l'on retrouve Pascal Commère, Nimrod, Patrick Maury ou Christian Doumet, Secousse donne désormais de la poésie, des notes critiques, des entretiens, des photographies... Une véritable revue en somme, structurée et, à coup sûr, pleine de littérature "qui vaut la peine". Il est aisé de s'en assurer... avec ses oreilles notamment.
Entretien avec Jean-Loup Trassard, l'auteur du fameux Dormance, poème de François Boddaert, dont nous n'avons jamais eu l'occasion d'écrire souvent ici que nous aimons le noué de la langue et la force du lexique et de l'image...

Et passer Rampillon, à l’assaut des côteaux
(dure terre par cet hiver de gel) : Mauqueue,
Château, Beaulieu, Canonières… Le sarpillon
glacé dans la ceinture, le treillot patiemment affûté.


Franchement, les râleux seraient mal venus.



Au sommaire
Jean-Claude Caër ► En route pour Haida Gwaii
Henri Droguet ► Huit poèmes
Luciano Erba ► Un parcours poèmes traduits de l'italien par Gérard Cartier, révision par Elena Luchetti
Anthony Hubbard ► Petite suite 
Friederike Mayröker ► Poèmes traduits de l'allemand par Christine Bonduelle 
Jean-Théodore Moulin ► La leçon de Ribérac
Franck Venaille ► Trio

Proses
Ella Balaert ► Monsieur Marcel
Jean-Pierre H. Tétart ► La route d'Ephode

Essais
Spyridon Simotas ► Pierre Michon, la question de la filiation

Aux dépens de la Compagnie
André du Bouchet ► L'infini et l'inachevé
Robert Marteau ► Dans l'herbe - Extraits & Note de lecture de Pascal Commère

Carte blanche
François Boddaert ► De feu et de couleur
Paol Keineg ► Sans esprit de retour
Michèle Le Braz ► Le ventre de granit
Jean-Loup Trassard ► Entretien avec Anne Segal et Gérard Cartier

La guillotine
Gérard Noiret ► L'hypothèse d'une poésie sexuée

Zarbos
Gérard Farasse ► Une photo de plus - Sur l'exposition de photos Les grands espaces (Lille)
Fernand Fournier ► Blancheur éclatante - Une visite de l'atelier de Nathalie Delasalle
Catherine Soullard ► C'est très humain, ça - Sur le film La Femme aux 5 éléphants de Vadim Jendreyko

Notes de lecture
Yves Boudier ► Vanités Carré Misère - Note de lecture de Gérard Cartier
Piero Calamandrei ► Inventaire d'une maison de campagne

Luigi Meneghello ► Libera nos a malo - Notes de lecture de Vincent Gracy
André Doms ► L'imparfait de vivre - Note de lecture de Pascal Commère
Jean Rounault ► Mon ami Vassia, souvenirs du Donetz

Herta Müller ► La Bascule du Souffle - Notes de lecture de  François Bordes
Evgueni Zamiatine ► L'inondation - Note de lecture de Josette Granjon