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lundi 18 avril 2011

Contre Onfray

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Tandis que Louis Watt-Owen se déchaîne énergiquement contre Michel Onfray et ses lecteurs-trices, auxquels il passe un redoutable savon - que l'on peine à ne pas trouver justifié - et ce avec le soutien de Frédéric Schiffter, un bref rappel pour cette archive de l'Alamblog qui avait déchaîné, elle aussi, commentaires et énervements...

Reste aussi une question : après Onfray, qui ?

lundi 5 juillet 2010

Le learisme d'Adman Adam

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Comme il se doit, le limerick est cette petite forme poétique à texture de comptine, bâtie comme cette dernière sur de 5 vers rimés (aabba), à tonalité acide, sautillante, grivoise, provocante et nonsensique.
Le limerick est donc naturellement indispensable.
Edward Lear en a fait autrefois la démonstration définitive.
On n'y reviendra donc pas.
Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est signaler que M. Adman Adam, personnage calvitieux de provenance incertaine, donne une réédition de son recueil intitulé Notre nain quotidien où se sont enfilés comme des perles deux cent trente limericks dont voici un échantillon trié :


C'était un féroce soldat qui mugissait dans les campagnes
farouchement désireux d'égorger des fils et des compagnes;
mais femmes, enfants, maris, tous s'étaient cachés et
se roulaient par terre en entendant meugler ce militaire en campagne


C'était Corvol l'orgueilleux, fier comme un bar-tabac,
ingénieur à Grenoble, mec plus ultra,
qui riait à gorge d'employé
du "jambon Bayard" (sans beurre ni reproche)
qu'un client avait commandé, dans ce bar-tabac


C'était un poète rural, sur le plateau de Millevaches
comprenant que chez son amie comme chez les vaches
il aimait tout : la voir, la cresser, la sentir, la boire, la manger
Il le lui avait dit. Et s'étonnait qu'elle lui rie au nez
en meuglant comme un troupeau, sur le plateau des 1001 vaches


C'était un pélikangourou hésitant, à Pleumeur Bodou
Sauter ou voler ? Voler ou sauter ? pour ne pas tourner fou
Il plongea dans sa poche et n'en sortit plus
ce drôle d'hamlétique oiseau à Pleumeur Bodou.




M. Adman Adam Notre nain quotidien. 2e édition illustrée par Guillaume Dégé. - Châteauroux, Editions du Céphalophore entêté, 2010, cartonnage éditeur, pages, 12 €

Editions du Céphalophore entêté
84, rue Montaigne
36000 Châteauroux



dimanche 30 mai 2010

Prix du tractorisme dialectique décerné à Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch (Etienne Cornevin)

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Nos correspondants de l’académie de Mourmansk sont heureux de nous annoncer que le prix du tractorisme dialectique a été décerné à l’unanimité au camarade Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch pour son livre : « Les affabulations du tractoriste Simon Lajoie ».


Dans une langue remarquablement pondérée et concise (3500 pages seulement), le camarade Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch, diplômé de la haute école de tractorisme élémentaire de Mourmansk, démontre les nombreuses insuffisances du tracteur Lajoie, adopté depuis longtemps par la plupart des travailleurs agricoles des pays capitalistes : – il creuse des sillons ondulés qui font ressembler les champs labourés à des vagues, au lieu de la belle ordonnance militaire des champs socialistes – le labour n’est jamais vraiment terminé, et doit constamment être recommencé – le moteur est compliqué et ne peut être réparé que par des mécaniciens spécialistes qui ont fait des années d’études supérieures – il arrive très souvent que les tracteurs Lajoie buttent sur des vestiges archéologiques, et il faut alors interrompre le labour pendant des semaines, des années ou quelquefois pour toujours – les machines Lajoie sont capillotractées, c’est-à-dire que des cheveux servent de courroies de transmission, ce qui nécessite l’entretien d’une abondante pilosité tout à fait contraire à l’aspect calvitoglabre du tracteur Oulianov qui a notre préférence depuis la Grande Révolution – les conducteurs se prennent pour des artistes et abreuvent les sillons de liquides impurs simplement pour faire joli !


La partie la plus novatrice de l’étude du camarade Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch porte sur la personnalité de l’inventeur du tracteur Simon Lajoie (qui s’appelait – c’est une des nombreuses révélations du livre – Simon Lajoie). On se doutait bien qu’il s’agissait d’une hyène capitaliste décadente, mais la réalité dépasse les suppositions les plus hardies. Personne ici ne lui reprochera de n’avoir pas aimé les femmes ni les pédérastes, le tractorisme n’est pas une profession de tapettes, mais Simon Lajoie était un affabulateur, qui a présenté son tracteur comme un nouveau modèle de Formule 1, et comme un modèle tout terrain, alors qu’en haute montagne, sur un lac gelé ou dans les fosses marines il est inutilisable ! De plus, Simon Lajoie était un arriviste qui n’a pas hésité à prendre à rebours toutes les idées courantes en matière de tracteur pour devenir plus vite « rich and famous ». Simon Lajoie était cupide : il avait installé un carré de terre dans son deux pièces/cuisine sans ascenseur, et il le retournait tous les jours avec un tracteur miniature en récitant la fable du Laboureur et ses enfants. Simon Lajoie était incestueux, allant jusqu’à coucher avec son tracteur (qui était comme son fils). Simon Lajoie était superstitieux : il faisait abreuver de blé les sillons que ses tracteurs avaient creusé pour conjurer la stérilité. Simon Lajoie était paranoïaque : il expliquait à tout le monde le fonctionnement de son invention pour empêcher qu’on ne la lui vole.


On pourrait continuer ainsi assez longtemps, car il était en outre névrosé, dépressif, phobique, hypocondriaque, fumeur invétéré, drogué et avait bien sûr des sympathies pour les fascistes italiens. En lisant l’essai du camarade Mikhaïl Mikhaïlovitch Onfrayovitch, tous les tractoristes authentiques – et alphabétisés – oscilleront entre l’indignation, le mépris, le dégoût et le doute : se peut-il donc que l’un de ceux qui ont le plus fait pour la modernisation du tracteur nous aie fait à de nombreux égards régresser en deçà des attelages de bœufs traditionnels ? Hélas, le camarade Onfrayovitch a rassemblé des preuves accablantes : le tracteur Lajoie n’était qu’une illusion, et cette illusion n’a plus d’avenir.


Etienne Cornevin (Nouvelles-Hybrides)

mercredi 10 mars 2010

Josef Vachal, artiste révélé

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C’est la saison des livres extraordinaire : après Tante chinoise, de Marguerite Bonnevay, cette jeune devancière de la bande dessinée moderne, voici l‘Orbis pictus du tchèque Joseph Váchal, un créateur fort singulier, comme on les aime, écrivain, graveur, éditeur, imprimeur, homme-orchestre pour tout dire.
Après avoir fréquenté les cercles artistiques de son pays, il devint une sorte d’ermite tout entier consacré à son travail. Ses réalisations, maîtrisées de A jusqu’à Z, éditées par ses propres soins, sont d’une extrême rareté, car publiés à très petits nombres. Mais quelles splendeurs ! On comprend très bien l’engouement d’Etienne Cornevin, son traducteur, éditeur et exégète.
Pour lui donner raison, la petite image placée ci-dessus donne une idée de la richesse de l’univers esthétique de Joseph Váchal, artiste singulier si l’on peut dire, répugnant aux conventions et aux effets de réseaux (nous encourageons la lecture de l’appareil critique de l’album, mais aussi celui qui a été placé par les éditions Engoultemps dans son édition du Roman sanglant dudit Váchal il y a trois ans).

Conçu comme un complément moderne au « Monde en images (version anglaise) » du fameux Coménius (1592-1670), pédagogue et auteur du premier syllabaire illustré sous le titre d‘Orbis Sensualium Pictus - , l’Orbis pictus de Josef Váchal est donc enfin disponible en français sous forme d’un album superbe dont l’original n’avait été tiré qu’à 25 exemplaires en 1932.

Ce beau livre, qui attendrira tous les amateurs de gravure, de curiosités et de langue, se compose ainsi : chaque page est illustrée d’un bois gravé sur un thème exprimant le monde moderne, comme Coménius exprimait en son temps le monde plus rural dans lequel il vivait. Cette illustration est à son tour expliquée par un petit texte où Vachal fait preuve à la fois de pédagogie, c’est le but, et d’une ironie et d’un humour parfois très caustique.
Pour tout dire, c’est un régal et nous ne pouvons que conseiller la lecture des pages « le bibliophile », « le comédien », « l’esquimau », « la fabrication des films », « l’hôpital », « le littérateur », « les patrons », « le suicide », « le touriste » ou « le bar ».

Nous vous donnerons prochainement, si vous êtes sages, un exemple de ces compositions madrées, réalisées dans le goût expressionniste pour le plus grand plaisir de nos rétines, avec un soupçon de sarcasme vibrant, pour le plus grand plaisir de nos esprits…
.

Pour aller un plus loin à la découverte de Joseph Váchal, nous recommandons en outre son Roman sanglant, volume à la fois érudit et fictionneux à mort, où après avoir retracé l’histoire de la littérature populaire, Váchal entreprend d’écrire un “pulp” un lui-même - et dans quelle exaltation ! - avec tout le bataclan du crime, de l’horreur et de sang…

Un Grand-Guignol tchèque ou rien !

On ne se fait guère de doute : la redécouverte de Joseph Váchal est aussi importante que celle d’Arno Schmidt et autres personnages poly-symphoniques de cet acabit. N’en ratez rien !



Joseph Váchal Orbis Pictus. - Châteauroux, Céphalophore entêté, 100 pages, 30 euros (port 6,70). 11 exemplaires de tête à 70 euros avec un ex-libris de l’auteur.

Éditions du Céphalophore entêté
84 rue Montaigne
36000 Châteauroux
etienne.cornevinATfree.fr

Et aussi : Joseph Váchal Roman sanglant, étude culturelle et historico-littéraire, traduit du tchèque par Myriam Prongué. Postface de Xavier Galmiche. - Woippy, Engouletemps, 325 pages, 21 euros

Éditions Engouletemps
12 rue du Paquis
57140 Woippy
infoATengouletemps.com

mardi 27 février 2007

Les Livres Monstres, par Etienne Cornevin


Étienne Cornevin, vaillant animateur de la revue Nouvelles Hybrides poursuit son étude des livres-monstres et nous transmet, à fin de collecte, ce texte d’Alice Groult suivi d’une bibliographie transitoire sur le sujet.
Libre à vous de participer à cette vaste recension, après avoir découvert ce qu’était un “livre-monstre”.


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vendredi 1 septembre 2006

Informations variées (Antonin Artaud, Daniel Defoe, la presse française d'aujourd'hui, Jean Denoël, Enrique Serna et les Collagistes, etc.)

Vous n’aurez pas de mal à trouver ça : demain, Les Lettres françaises publieront un dossier consacré à la chanson, sujet illustré sous forme d’enquête par des plumes encore non sues. Faute d’en savoir plus pour l’heure, et bien heureux de savoir qu’elles existent toujours, ces Lettres françaises, on va y aller voir et, pour ce faire, agir comme suit : repérer un débitant de presse, lui demander L’Humanité, payer la chose, l’emporter. Encarté dans le dit journal : Les Lettres françaises et son dossier monté par le dumasien Claude Schopp. C’est pourtant pas compliqué.

Un raccourci court de court au sujet des… Lettres françaises : ici et une monographie informée

La livraison des Nouvelles Hybrides que nous annoncions il y a quelques semaines vient de sortir. Et, nom des dieux, elle est plus impressionnante encore que ce que nous vous en disions ! Menée par le docteur en tératologie poétique Etienne Cornevin, lequel est un brin de la filière Ubu, elle offre un aperçu particulièrement riche sur le collage, art de notre temps puisque nous en sommes au postmodernisme obligatoire et que le cut-up en est manifestement l’un des vecteurs primordiaux Depuis Jiri Kolar jusqu’aux Français Guillaume Dégé et Vincent Puente. Imaginez un peu une revue (en papier la revue !) imprimée en quadrichromie, largement, typographiée idem et nourrie des travaux du dit Cornevin, LE spécialiste des livres monstres.
Etienne Cornevin serait-il le Philomneste Junior de notre époque ? Hum ? On ne serait pas loin de le parier.

A propos de cette revue funambulesque, roborative et… belle : ici

Tandis que nous adressions quelques exemplaires gracieux de la Vie de Daniel Defoe par Philarète Chasles dans les locaux des éditions Fayard & Cie, nous eûmes le plaisir de discuter avec Danièle Granet, journaliste économique bien connue, qui signait, elle, le fruit de l’enquête de deux ans qu’elle a mené avec Catherine Lamour : Médiabusiness, le nouvel eldoraro, où il est dit des choses incroyables. Et qui vont être incroyablement reçues par le monde assis de la presse. Du bazar, ou du silence obtus, en perspective. Le livre sortira le 20 septembre, nous en reparlerons dès que nous aurons eu le temps d’en lire un peu plus. Franchement… Allez, avouons-le, les esprits ouverts s’y trouveront des affinités de pensée.
A suivre.

Dans le même temps, nous en profitâmes pour nous apercevoir que les mêmes éditions Fayard disposaient déjà de la biographie d‘Artaud par Florence de Mèredieu (Artaud, Mèredieu, c’est à n’y pas croire…). Nous en citons ce fragment d’un brouillon de lettre du Momo à Claudel, dit Cloclo, datée du 10 novembre 1947 :

Mr Jean Denoël vient de me donner connaissance de la lettre que vous lui avez écrite et où vous lui dites que vous renoncez définitivement et pour toujours à écrire dans une revue qui a publié les élucubrations d’un aliéné.
Et oui petit cloclo ayant passé 9 ans dans les asiles d’aliénés de France, je suis par définition grammaticalement parlant et par principe le type même de l’aliéné.

Si cela éclaire une nouvelle fois d’un jour triste le triste Claudel, cette petite citation a le mérite de mettre en évidence le nom de Jean Denoël.
De qui ? De Jean Denoël, l’homme présent dans la plupart des biographies d’écrivains français du siècle dernier (à égalité avec Jean Variot), sur lequel les lumières sont des plus minces. A quand une biographie de l’ombreux Jean Denoël, médecin, membre discret du comité de rédaction de la revue Fontaine, personnage influent de la maison Gallimard - et ce d’autant que son influence ne s’enfermait dans aucune fonction établie -, frère de l’éditeur Robert Denoël, fondateur et président des Amis de Max Jacob, proche d’Edmond Charlot, de Florence Gould, d’André Gide ou d’André Suarès, etc. ?

N’oublions pas, enfin, que les nouvelles éditions Phébus promettent pour tout bientôt le polar du Mexicain Enrique Serna, La Peur des bêtes. Pour en savoir beaucoup plus long, sachez qu’il y a là un auteur à découvrir, que dis-je, un MAESTRO.
Son premier livre, un recueil de nouvelles, Amours d’occasion, a paru il y a peu aux éditions l’Atelier du Gué, et franchement, elles sont radicales. Il n’est peut-être pas indifférent d’annoncer que la bête noire de Serna, hormis la flicaille et les politicards, sont les intellectuels. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère à pot. Comme ça tombe bien ! C’est ça qu’on aime.


Philarète CHASLES Vie de Daniel Defoe. Notes et postface par Eric Dussert. - Paris, Mille et une nuits, 96 p., 2,50 €

Etienne CORNEVIN (dir.) Nouvelles Hybrides. N° 5, août 2005, 20 €

Danièle GRANET et Catherine LAMOUR Mediabusiness. Le nouvel Eldorado. - Paris, Fayard, 418 p., 22 € EN LIBRAIRIE LE 20 SEPTEMBRE !

Florence de MEREDIEU C’était Antonin Artaud. - Paris, Fayard, 1086 p., 35 €

Enrique SERNA Amours d’occasion, traduit par Marie-Ange Brillaud. - Villelongue d’Aude, Atelier du Gué, 216 p., 20 €