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vendredi 16 septembre 2016

Un selfie d'Emile Zola

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Cet autoportrait d'Emile Zola autour de 1890 passera aux enchères chez Binoche et GIquello le 16 novembre prochain. C'est le libraire Serge Plantureux qui le signale dans sa lettre hebdomadaire consacrée à un ensemble de photos prises au moment du tournage de L'Argent par Marcel L'Herbier.



vendredi 26 août 2011

Fonderie du destin (rappel)

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En avril 1861, la revue américaine Atlantic Monthly publiait anonymement Life in the Iron Mills, un texte de Rebecca Harding Davis devenu un classique de la littérature américaine. Et un classique du naturalisme, pour tout dire, devançant d'assez loin Emile Zola.

Née à Washington (Penns.) le 24 juin 1831, décédée à Mount Kisco (NY) le 29 septembre 1910, R. H. Davis est passée inaperçue en France. Elle a trente ans lorsqu'elle publie son récit. Installée à Wheeling avec sa famille, elle trace le tableau d'une cité ouvrière nouvellement fondée, un champignon sidérurgique qui a cru sur une petite ville tranquille, salissant tout, les hommes et les femmes pour commencer. Dans un paysage décrit avec brio - que dire de pages dont les images font oublier les mots ? -, les hauts-fourneaux dévorent du métal et de l'énergie humaine, ils laminent de l'acier et des corps humains harassés de fatigue, de malnutrition, décérébrés. Parmi les ouvriers, un homme, Hugh, a eu une idée - c'est assez exceptionnel pour que des bourgeois visitant la fonderie s'en aperçoivent : il sculpte dans les coulures de métal des personnages réalistes. Son goût de la beauté le distingue, les bourgeois oiseux et surpris s'emparent d'un aussi fier sujet et leurs propos lui ouvrent les yeux. Pour son malheur.

Pour en savoir plus, chez nous, sur l'auteur de ce petit miracle littéraire, dur et poignant, il faudra probablement attendre la publication éventuelle de ses écrits inédits réunis récemment aux Vanderbilt University Press, Writing cultural autobiography (2001). Ils avaient d'abord paru sous le titre de Bits of gossip, cela devrait attirer un éditeur...



Rebecca Harding Davis De ses mains. Roman traduit de l'anglais (USA) par Carole Zalberg. — Paris, Phébus, 95 p., 5, 90 euros

samedi 6 mars 2010

L'anarchiste-singe (Filadelf Gorilla)

chiromonkey.jpg.gif J.-L. Faure, Chiromonkey



L’anarchiste-singe

Voilà donc que le singe apparaît. Aussitôt que la faiblesse et la corruption s’emparent du corps social, le singe avance son museau et montre son rictus sarcastique… Le singe c’est la nature chaste, pure, saine, qui n’est pas fardée, exténuée, corrompue, empoisonnée.

L’argent c’est un métal, et, comme tous les métaux pris à grandes doses, un poison. La bête-ancêtre, l’architype père de l’espère apparaît juste au moment critique où l’espèce lutte contre la mort. Le Tiers-État, le serf, Danton, Marat, Saint-Just, Mme Rolland, étaient les singes du passé. Les socialistes, les anarchistes, Pini, Ravachol, Proudom, Krapotkine (1), Elisée Reclus, sont les singes de l’avenir. Les trois mots qu’on lit à chaque pas, Liberté, Egalité, Fraternité, à travers votre civilisation, sont ternis, sont presque éteints. Il faut que le singe avec sa brosse de peintre original, de père artiste, les repasse avec une couleur plus vive, celle du sang.

Entrez dans les catacombes do la misère, descendez dans les caves, insinuez-vous dans les coulisses de tous ces misérables que vous condamnez, de tous ces parias, ces singes déshérités que vous immolez sur l’échafaud, approchez-vous sans peur de ces bêtes fauves dont vous vous déliez tant et essayez de les connaître à fond, d’approfondir leur âme, de mettre le doigt sur leurs plaies, d’écouter leurs plaintes, leurs sanglots, leur râle, de les voir de près, de sentir leur pouls, de respirer l’acide carbonique des mansardes où ils grelottent, où ils grouillent pendant l’hiver et se rôtissent pendant l’été !…

« Triste égalité d’un peuple libre ! C’est encore Pini l’anarchiste qui parle ainsi (2), les parias, les ouvriers, je les comptais par milliers, pendant que par milliers aussi je comptais les panses ventrues des gros bourgeois qui, aux terrasses des cafés, prenaient leur apéritif pour se préparer à bien digérer et passer ensuite une joyeuse soirée avec quelque fille de meurt-de-faim.
« Comme la vie parisienne est belle pour ces gens ! Musique, bals, cafés-concerts, jeux, théâtres, femmes ; et pendant que, des somptueux édifices et des salles illuminées, s’envolaient les échos de ces fêtes, le policier, sur la voie publique, à chaque instant arrête les victimes de l’opulence, inculpées d’avoir l’estomac vide et d’être privées de domicile. Un vagabond pour la relégation est une bonne note pour le policier. Voilà la morale de vos lois et de la liberté d’un peuple républicain.
« Puis, le matin, pendant que le bourgeois, sur la douce plume, se délassait des soûleries nocturnes, je voyais arriver par bataillons ces ouvriers qui avaient tout produit et qui, mourant de faim, attendaient pendant trois ou quatre heures à la devanture de ces restaurants pour manger une soupe confectionnée avec des os dépouillés et les restes que la bourgeoisie rassasiée et soûle abandonnait en pâture aux chiens. J’en ai vu qui, pour être des premiers, dés quatre heures du matin, stationnaient pour la distribution de huit heures. Quatre heures ; l’estomac vide, en plein hiver, pour recevoir une soupe que le chien du bourgeois aurait dédaignée! El comme la distribution n’arrivait qu’à moitié colonne à cause du grand nombre de miséreux, ceux-ci se jetaient alors sur les caisses aux immondices gisant devant les maisons et disputaient aux chiens sans maître cet horrible repas. Et cela, je le voyais en plein boulevard, au restaurant Bréband et sur cent autres points de la ville sur le seuil de ces grands magasins remplis de toutes les belles choses de la nature et du produit des fatigues du travail. — Oh ! fraternité du régime démocratique ! »

Je cite beaucoup de son carnet d’anarchiste. Mais est-ce qu’on trouverait ailleurs une peinture plus fidèle, plus navrante de ces drames de la misère ? Ce sont de vrais tableaux de Rembrandt, tant leur réalisme est écrasant, tant la nature saute aux yeux, tant l’homme-singe apparaît avec tous ses os, sa chair et son squelette !… Ibsen n’aurait pas décrit une scène plus réaliste que celle-ci… Oh ! cette misère que nous ignorons, que nous apprenons par bribes, que nous entrevoyons dans les courts récits et les reportages des journaux !…

Et dire que Zola est un malfaiteur, que ses livres sont infectieux, puisqu’ils disent la vérité, puisque dans un de ses chefs-d’œuvre, dans Germinal, il nous décrit tout ce monde qui vit dans les cavernes, dans les cloaques, dans les ténèbres, près des morts ! Non, vénéré Père Cornut, qui avez écrit les « malfaiteurs littéraires », ni la presse, ni le roman, ni Zola, ni Monpassant (3), ni Bourget, ni la Philosophie, ni Renan, ni Fabre, ni Havet ne sont des malfaiteurs et des corrupteurs !

Notre époque a le virus dans le sang, c’est l’âge avancé, c’est la vieillesse de l’Europe, c’est la décadence de la race latine plutôt que ces hommes, qui honorent, ces jours derniers et qui jettent la lumière dans les ténèbres qui nous envahissent; la vraie cause de vos malheurs, de cet état lamentable de votre société !…

Ce ne sont plus les curés et les cardinaux, les archevêques et les papes, les seuls représentants du Christ et du christianisme, la presse, la philosophie, les universités, les littérateurs, les professeurs, les romanciers, tous sont des prêtres et des éclaireurs, tous répandent la lumière !…


Filadelf Gorilla


Notes de l’éditeur
(1) Sic et resic. N’oublions pas que Filadelf est un singe arrivé récemment à Paris…
(2) Vittorio Pini (circa 1860-1903 à Cayenne), anarchiste italien, auteur du Manifeste des anarchistes de langue italienne au peuple d’Italie.
(3) Sic.

lundi 9 novembre 2009

L'eau à la bouche

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Claude Duneton est un malin, il ne s’y est pas trompé en chroniquant tout récemment la nouvelle édition de Mots de table, mots de bouche, le dictionnaire de Claudine Brécourt-Villars consacré au lexique du manger et du boire.

Très largement documenté (chez Emile Zola, Henri Duvernois ou François Caradec, dans les grands ouvrages de la gastronomie, tel le Nouveau traité de cuisine de Menon de 1739, ou dans les chroniques d’autrefois), ce livre de référence (à prix imbattable) qui manquait gravement à notre bibliothèque nous a déjà suggéré quelques tentatives culinaires. Ce qui, sur notre île, n’est pas la moindre des choses, même si l’échec est parfois au rendez-vous.

De la crêpe suzette, du blanc-manger, du marengo, des gaudes, ce Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie nous apprend tout en y joignant le plaisir des vocables précis — et parfois rares — tout en excitant l’imagination des papilles.
Saviez-vous qu’un biscuit est la version moderne de “bescuit” rencontré dès le XIIIe siècle signifie “cuit deux fois” ? Qu’un “financier” est un hommage aux “héros de la gastronomie” ?
Pour le gratin et la gribiche, je vous laisse découvrir seuls.

Désormais, grâce à Claudine Brécourt-Villards, nous ne consulterons plus la carte en ignare, et nous n’en serons que plus audacieux. Ainsi, nous n’hésiterons plus à commander une escalope de veau à la Foyot. Même si Tailhade y perdit un oeil. Mais c’est une autre histoire…



Claudine Brécourt-Villars Mots de table, mots de bouche. Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie. — Paris, La Table ronde, 440 pages, 10 euros


Dans la même collection, la reparution du livre de Raymond Dumay, De la gastronomie française, devrait séduire les vivants. Du reste, les deux font la paire.
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mercredi 26 août 2009

Le Monstre selon Gaston Chérau

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De l'avis de Gaston Chérau (1872-1937) lui-même, Le Monstre est son oeuvre la plus parfaite.
Et c'est en effet une nouvelle qui a de quoi surprendre les lecteurs de ses romans les plus notoires, Champi-Tortu ou Monseigneur voyage, à l'aune desquels on a bêtement considéré Chérau comme un auteur secondaire. La preuve est faite avec Le Monstre que Chérau a laissé des textes plus puissants. Les thèmes qu'il aborde, abominablement cruels et socialement abjects, suffiraient à expliciter la force de son récit. Preuve est faite que Chérau n'est pas à l'eau de rose.
Avec cette nouvelle édition, on dispose d'une parfaite illustration de ce que peut dire la littérature à l'aube du XXe siècle dans un pays encore largement rural, patriarcal, et brutal (les lecteurs de l'Alamblog se souviennent peut-être de cette illustration fournie par Michel Ohl, sa légende est parfaitement explicite). Pour exprimer les choses synthétiquement, Le Monstre court sur les traces d'Emile Zola, après nous avoir mis sur la piste d'un univers plus badin. Chérau était un malin.
La nouvelle avait d'abord paru en 1907 dans le Mercure de France où un (petit) blasphème - bien de nature à plaire aux meneurs de la revue - semble avoir été reproché à Chérau. Elle fut donc remaniée à l'occasion des deux parutions suivantes, en 1913 et 1919 pour atteindre son état définitif et sa puissance maximale. Editée en recueil chez Pierre-Victor Stock (1913), Flammarion (1919) et Ferenczi (1928), maison dont Chérau était alors directeur littéraire, le texte fut extrait de son ensemble pour briller seul, après une longue station au purgatoire, chez Plasma (1980) et chez Geste (1991).
Equipé d'une préface de l'éditrice et d'une bibliographie, Le Monstre nous donne envie de découvrir la part épicée de l'oeuvre de Gaston Chérau.

Ajout du 28 août : une très belle et bonne lecture du Monstre sur Livrenblog



Gaston Chérau Le Monstre. La Berthenoux, Versant libre, 2009, coll. "Flottille", 80 pages, 11 euros (port 2, 22 euros).


Versant libre
7, rue du Stade
36400 La Berthenoux

dimanche 24 septembre 2006

Il a paru ! Gloire lui soit rendue !


Nous l'attendions : il a paru, c'est formidable. Ce livre de Paul Edwards, le fondateur de l'Ouphopo (ouvroir de photographie potentielle), est un ouvrage de référence rassemblant les récits et fictions dénigrant un art neuf, la photographie. Son sous-titre (celui du livre) en dit la haute importance. Ce qu'il ne dit pas, ce sous-titre, en revanche, c'est qu'au-delà des galéjades réactionnaires, des moqueries bien naturelles et des fictions de belle eau, digne de séduire les plus experts, tels Coolter et Quincampoix (Codex Atlanticus), suggérées par cet art naissant, on y découvre le vrai visage du véritable inventeur, jusqu'ici anonyme, de la photographie.
Oui, nautesses, nauteux, vous trouverez en avant-première la gravure qui, désormais, fera foi en la matière.
Si l'on ignore encore l'identité du bonhomme qui créa dans l'anonymat la photographie, on assiste à la présentation de sa trouvaille.
Vous ne pourrez pas dire que l'Alamblog se moque de vous ! Voilà de l'information inédite, nous la devons à Paul Edwards lui-même.
Toute librairie digne de ce nom contient d'ores et déjà une pile de cet ouvrage majeur, plaisant, savant et décillant entre ces murs. Pour faire court, ce livre est un must, un vade-mecum, un usuel, un indispensable. Et je pèse le choc de mes mots.

Paul Edwards, Je hais les photographes. Textes clés d'une polémique de l'image. — Paris, Anabet, 2006, 23 €

Et pour découvrir l'image et le sommaire, suivez le guide :

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