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samedi 10 décembre 2016

Rencontre avec Alain Berset des éditions Héros-Limite

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Mercredi prochain, le Préfet maritime, qui a quitté un peu son île pour un périple hexagonal, aura le plaisir de présenter le travail des éditions Héros-limite au cours d'une discussion avec Alain Berset, leur fondateur, dans les locaux de la librairie de la BnF (Paris XIIIe).
Particulièrement soucieuse des qualités littéraires, intellectuelles, typographiques et graphiques de sa production, la maison a constitué sous l'égide de Ghérasim Luca et en très peu de temps un catalogue particulièrement appétissant.
S'y mêlent récits de géographes et poésie contemporaine, écrits prolétariens et romans traduits, chroniques et pavé révolutionnaire, revue mignonne et forte tout ensemble, audaces graphiques et élégance, papiers de bonne main et discrétion, une sorte de rêve pour le lecteur qui n'a qu'à se laisser aller...



Mercredi 14 décembre 18 h 30
Librairie de la BnF/Tschann 13
Bibliothèque nationale de France
Quai François Mauriac (à côté du MK2)
75013 Paris
Mo Quai de la Gare ou Bib. Fr. Mitterand


vendredi 3 juin 2016

Quelques anarchistes, quelques fantaisistes et un analyste

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Magnifique catalogue à prix marqués, à l'italienne, illustré, de la librairie du Sandre qui fête ce soir au marché du livre ancien de la place Saint-Sulpice Alain Weill et son beau livre vert bouteille.
On trouvera en ces pages très bien documentées et illustrées les figures et publications de Jean Grave, Elisée Reclus, Elie Reclus, Proudhon, Eugène Vermeersch, Alphonse Humbert et Maxime Guillaume, Boris Souvarine, Kropotkine, Sébastien Faure, Voline, Zo d'Axa, les moins connus Léon Hayard et Marius Réty, Laurent Tailhade, Lucien Descaves, Bernard Lazare, André Lorulot, Raymond Duncan, Marcel Martinet (ah, Marcel Martinet !), Léo Campion, Hem Day, Le Brulôt de Gustave-Arthur Dassonville, Ferdinand Lop, Louis Lecoin, la Banalyse d'Yves Hélias et et consorts, Guy Debord, la fédération anarchiste des cromalins d'Hara-kiri et on en passe.

Les amateurs peuvent se considérer informés.



Quelques anarchistes, quelques fantaisistes et un lettriste. — Paris, Librairie du Sandre, catalogue n° 7, juin 2016.

lundi 13 décembre 2010

Le Pain par Elie Reclus

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Savant sympathique, comme son frère Elisée, Elie Reclus (1827-1904) ne perdit guère de temps à rassembler ses écrits pour en faire des volumes. A tel point que ses livres les plus notables, parmi lesquels les Croyances populaires (V. Giard & E. Brière, 1908) et les Physionomies végétales (Albert Costes, 1938), posthumes toutes deux, "rapetassées", nous dit le spécialiste des Reclus Joël Cornuault, par un ami après la disparition du journaliste, critique et directeur temporaire de la Bibliothèque nationale sous la Commune.
Ce que fut surtout Elie Reclus, à l'évidence, c'est ethnographe. On se souvient avec gourmandise d'un rare petit volume des éditions du Fourneau intitulé Thanatos en bonne fortune (1995), un conte tzigane récolté par le grand homme, qui l'avait offert aux lecteurs de la Revue blanche.
Joël Cornuault a raison lorsqu'il affirme que les frères Reclus furent sans doute les derniers "savants indisciplinés", étrangers à l'expression académique des savoirs. Pour établir une comparaison, disons qu'un Claude Seignolle, dans son oeuvre paysanne, est probablement un cas contemporain de cette aspiration aux savoirs simples et fondamentaux.
Avec Le Pain, Elie Reclus ne dénonçait pas son programme. Cette "histoire" éditée en 1909 par l'historien des religion Maurice Vernes à partir du manuscrit inachevé trouvé dans ses archives, fait la synthèse des coutumes relatives à la récolte du grain, à la fabrication du pain et à la symbolique de ce "véhicule magique" singulier. Nul besoin d'insister sur l'intérêt d'un tel panorama qui, de nos campagnes aux temples mexicains, ne néglige aucun "fulminant Donar", aucune pratique, aucun tabou relatif à cette nourriture essentielle.
A l'heure où l'on se prépare à se gaver de mille produits de la nature, ce Pain pourrait constituer une forme de diète intellectuelle des plus saine.

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A propos de pain toujours, et pour en souligner (comme si c'était utile !) l'importance cardinale, il est bon de citer la lettre d'Elisée Reclus, qui avait de son côté répondu en 1895 à la fameuse enquête de Victor Barrucand sur le "Pain gratuit" :

Cher monsieur,
Le plan de M. Victor Barrucand m’intéresse infiniment, et dès qu’il aura le moindre commencement de réalisation, je serai très heureux de m’inscrire comme membre de la commune où le pain sera gratuit. J’ajouterai que s’il était prouvé que la consommation unique du pain puisse amener des cas d’anémie - ce que je ne crois pas, vu l’exemple donné jadis par certains districts de la Normandie - je ne serais nullement chagrin que l’on ajoutât au pain ce que l’on appelle dans notre Midi la Masquedure, le mâche-dur, nouvel acheminement au communisme futur.
Mais si louable que soit l’idée de Victor Barrucand, je la crois absolument irréalisable. Pour la rendre possible, il faudrait accomplir une révolution, et, dans ce cas, il importe de donner à cette révolution un ampleur bien autrement grande.
En effet, jamais les patrons, les spéculateurs, les capitalistes, n’admettront un état de choses qui permettrait à tous les grévistes de leur tenir tête indéfiniment. Que l’idée de Barrucand soit adoptée, et demain, les donneurs de travail sont à la merci de leurs ouvriers. Les patrons le savent : plutôt que de laisser donner le pain gratuit , ils massacreront tous le peuple français.
Quand à l’Etat, dont M. Barrucand dit qu’il ne pourrait intervenir dans ce contrat entre particuliers, l’Etat est au service des riches ; il interviendra : les communes ne sont-elles pas sous son absolue dépendance ? Il interviendra et, comme toujours, ce sera pour fusiller, si le cas l’exige.
Tout en étant fort heureux que M. Barrucand ait agité cette question de la gratuité du pain, qui fera réfléchir quelques-uns, je considère son plan comme absolument chimérique. Qu’il essaie, mais il ne réussira pas.
Cordialement à vous.
Elisée Reclus


Victor Barrucand mena en 1895 dans les pages de la Revue blanche et du Matin "pour la distribution de pain gratuit aux démunis une campagne qui aboutit au dépôt d’une proposition de loi. Celle-ci fut rejetée, comme l'indique Céline Keller, "avec le motif suivant : « Le pain gratuit fait abnégation au principe d’ordre de la nation et tend à bouleverser l’architecture sociale ». Il en reste un livre Le Pain gratuit dont on tirera 8000 exemplaires." Et où se trouve reproduite la lettre d'Elisée.
L'idée, renouvelée au fil de l'Histoire depuis la Rome antique était envisagée par Henri Ner (Han Ryner) et Emile Saint-Lanne dans La Paix pour la vie (1891 ; nlle éd. 1892), et elle sera reprise en 1906 par le syndicaliste révolutionnaire Charles Dhooghe. Barrucand la remettant lui-même partiellement à l'ordre du jour, en 1921 devant les instances algéroises comme en témoigne le Bulletin municipal.



Elie Reclus Le Pain. Préface de Joël Cornuault. Illustrations de Marfa Indoukaeva. - Genève, Héros-Limite, 175 pages 16 €

Editions Héros-Limite 2, rue du Vélodrome
Case postale 5825
CH- 1211 Genève 11

Voir aussi
Elie Reclus Les Croyances populaires et autres pages retrouvées. Edition de Joël Cornuault. - Pierre Mainard, 56 p., 9.45 €
Elie Reclus Pourquoi des guirlandes vertes à Noël ? - Vichy, La Brèche, 42 p., 6.71 €
''Le Pain gratuit'' (Chamuel, 1896) en accès gratuit
"Du pain ! en hommage à Victor Barrucand" de Jules Mulet

dimanche 12 septembre 2010

L'Aborigène se meurt (circa 1894)

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A l'instar de Remy de Gourmont étudiant les lapons, Elie Reclus, le frère du géographe anarchiste, se consacra aux peuples antichtones.
Ethnographe en chambre, il n'est sans doute pas le plus scientifique des anthropologues, pour autant son texte, publié aux alentours de 1894 par l'éditeur E. Dentu, présente beaucoup d'intérêt.
Sur la foi de son observation des sociétés occidentales, Elie Reclus y donne en effet sa version de la colonisation de l'Australie et l'oppression des aborigènes. L'accusation est sans appel, le style impeccable.

La Civilisation qui a mis nombre de siècles à venir, prononce l'arrêt de mort contre l'Antichtone, parce qu'il ne se civilise pas à première somation. L'aîné de l'espèce humaine n'a plus qu'à mourir, le cadet a hâte d'entrer dans l'héritage. Japhret, l'ambitieux Japhret, découvreur de continents et de pays nouveaux, est doué d'une terrible initiative. Depuis quatre siècles, les routes qu'il se fraie à travers le monde sont jalonnées de squelettes par millions entassés.

Comme le relève Joël Cornuault, l'éditeur-préfacier, on peut rester surpris que les savants ne se sont pas préoccupés avant les années 1970 de cette question relevée dès le XIXe siècle. Et on peut noter, en outre, qu'Elie Reclus donne à son propos des accents qui paraissent bien contemporains.

(...) Paris ne chôme ni d'Apaches, ni d'Aléoutes. Il y a des Papous et des Zoulous dans notre quartier. Aidons à vivre les Khonds et les Andamènes de notre rue.


Ainsi, nous sommes tous des Andamènes !



NB Joël Cornuault consacre par ailleurs ses nouvelles Notes de Phénix à André Hardellet et aux lettres de Breton à sa fille.


Elie Reclus L'Aborigène se meurt. Préface de Joël Cornuault. - Vichy, Librairie La Brèche, 36 pages, 6,90 €

Librairie La Brèche
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5, rue Sornin
03200 Vichy