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jeudi 8 février 2018

Limerick à la main

BarbautAliceZanzibar.jpg


Comptine nonsensique en rimes ne crachant pas sur la gaudriole, l'alcoolisme et la vulgarité, le limerick est une trouvaille anglosaxonne qui n'a jamais vraiment passé la Manche.
Plus le limerick est cochon, meilleur il est. Comme le bourgeois. Mais sa petite musique de comptine à provocations fonctionne assez mal en français, même s'il lui reste le charme terrible des produits d'importation aux senteurs fortement exotiques.
Une société des amateurs de limericks avait failli voir le jour au début des années 2000 (2002 peut-être) dans l'entourage de Valérie Rouzeau et de Christian Bachelin qui avait donné lieu à quelques exercices partagés. Le projet avait fait pschitt, malheureusement. On aurait pu lire des vers de Gillies Orlieb et de quelques autres qui ne manquaient pas d'allure. Mais y'a pas, le limerick, c'est exactement comme le rock'n'roll et autres trucs en "ck", ça n'est pas franchement franchouillard. (La preuve avec la grande majorité de nos rockeux françoués). Certains disent que, comme les fraises et en l'absence d'ale, le limerick voyage mal et la tentative de Jacques Barbaut n'en est que plus méritoire.
Dans une tradition qu'illustrèrent Lewis Carroll, Edward Lear et Gerson Legman, il nous propose deux cent trente-huit limericks en version bilingue, suivi de leur recette (à l'instar du volume sur les haïkus de Mille et une nuits : Au fil de l'eau qui fournissait le même service pour le petit poème japonais, ceux deux livres sont donc frères), le tout agrémenté d'une postface et d'un index. Après tout, qui dit gaudrioles variées dit index, c'est parfaitement légitime. Si le haïku a trois vers, le limerick en a cinq et il s'orne de deux rimes. Si le haïku impose la présence d'un mot de saison et l'absence de mot de racine chinoise (easy en français), le limerick nomme un personnage et raconte une absurdité aussi grosse que possible contenant des détails obscènes. Henri Parisot, qui traduisit le Book of nonsense de Lear donna de tout ça une idée particulièrement précise en conférant au petit poème typé l'exact espace situé entre la berceuse et la fatrasie. Quelques vers pour la route ?

Dès que cette serveuse de chez Lipp
Lui ôta incongrûment le slip
Il songea à René Magritte
(Cette oeuvre l'habite)
Sa copie conforme d'une pipe.


Cette lexicographe de chez Larousse
Qui pratique l'acte en douce
T'attire jusque dans les bureaux
Du secteur Mots Nouveaux
Teinte en flamboyante rousse.





Jacques Barbaut Alice à Zanzibar. - Aethalidès, 93 pages, 12 €

lundi 5 juillet 2010

Le learisme d'Adman Adam

AdmanAdam.jpg




Comme il se doit, le limerick est cette petite forme poétique à texture de comptine, bâtie comme cette dernière sur de 5 vers rimés (aabba), à tonalité acide, sautillante, grivoise, provocante et nonsensique.
Le limerick est donc naturellement indispensable.
Edward Lear en a fait autrefois la démonstration définitive.
On n'y reviendra donc pas.
Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est signaler que M. Adman Adam, personnage calvitieux de provenance incertaine, donne une réédition de son recueil intitulé Notre nain quotidien où se sont enfilés comme des perles deux cent trente limericks dont voici un échantillon trié :


C'était un féroce soldat qui mugissait dans les campagnes
farouchement désireux d'égorger des fils et des compagnes;
mais femmes, enfants, maris, tous s'étaient cachés et
se roulaient par terre en entendant meugler ce militaire en campagne


C'était Corvol l'orgueilleux, fier comme un bar-tabac,
ingénieur à Grenoble, mec plus ultra,
qui riait à gorge d'employé
du "jambon Bayard" (sans beurre ni reproche)
qu'un client avait commandé, dans ce bar-tabac


C'était un poète rural, sur le plateau de Millevaches
comprenant que chez son amie comme chez les vaches
il aimait tout : la voir, la cresser, la sentir, la boire, la manger
Il le lui avait dit. Et s'étonnait qu'elle lui rie au nez
en meuglant comme un troupeau, sur le plateau des 1001 vaches


C'était un pélikangourou hésitant, à Pleumeur Bodou
Sauter ou voler ? Voler ou sauter ? pour ne pas tourner fou
Il plongea dans sa poche et n'en sortit plus
ce drôle d'hamlétique oiseau à Pleumeur Bodou.




M. Adman Adam Notre nain quotidien. 2e édition illustrée par Guillaume Dégé. - Châteauroux, Editions du Céphalophore entêté, 2010, cartonnage éditeur, pages, 12 €

Editions du Céphalophore entêté
84, rue Montaigne
36000 Châteauroux