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Mot-clé - Edith de La Héronnière

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vendredi 3 octobre 2014

Une notice qui dit Non...


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21 - LA HÉRONNIÈRE (Édith de). Mais la mer dit non. S.l., Isolato, 2011. in 8°, en feuilles, chemise, étui. 140 €
136 pp.-(4)ff. ÉDITION ORIGINALE. 1/20 exemplaires de tête enrichis d’une œuvre originale de Jacques Bibonne, numérotés et signés par l’auteur et l’artiste.

Commentaire du vendeur :

Antigone, Cyrano, Bartleby, Oblomov et quelques autres ont en commun d'avoir dit « non », un non qui est un « refus absolu, intraitable, enragé, de l'oppression qui s'exerce sur eux », un non « qui oblige à relever la tête et à se demander pourquoi ». Un essai qui donne envie à la fois de retrouver les personnages qu'Édith de la Héronnière évoque avec tant de tendresse et d'élégance et de lire ses autres œuvres...




mardi 11 mars 2014

Lettres de Matsue

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L'enthousiasme de Lafcadio Hearn (1850-1904) découvrant le Japon est une chose dont on ne se lasse pas. Rédigées lorsqu'il se vit confier son premier poste de professeur à Matsue dans les années 1890, ses lettres charmées avaient paru une première dans la Revue des Mondes en 1924 (puis en volume au Mercure de France, 1928). Elles reparaissent accompagnées de quelques missives inédites qui, toutes, donneront envie de pousser plus loin la découverte de son œuvre singulière.
On a dit qu'il était la singulière passerelle de l'Orient vers l'Occident parce qu'il s'était imprégné, impliqué, enfoncé dans les us nippons, notamment par son mariage. Il y a en effet quelque chose du but longtemps désiré dans la renaissance nippone du journaliste Hearn dont les premiers années avaient été plus que difficiles (abandon, perte d'un oeil, etc.) et l'âge d'homme passablement laborieux (il nous manque d'ailleurs toujours un volume de ses premiers articles américains...).

A Matsue, il y a un petit journal dont je vous enverrai un exemplaire à titre de curiosité. Tous les huit ou quinze jours, il contient un article sur moi. Car chaque acte de "l'étranger" est sujet à commentaires. Au Japon, vivre dans la retraite est impossible. Il n'y a pas de secrets. Les moindres faits et gestes de chacun sont connus de tous, et la vie est d'une franchise extrême, stupéfiante. A mon avis, l'effet moral est excellent, quoi qu'en disent les missionnaires. Songez donc qu'un simple écran de papier, dans lequel on peut percer des trous - ce qui n'est pas considéré du tout comme outrageant, à moins que l'écran ne soit orné de peintures célèbres -, sépare votre vie journalière de celles qui vous entourent ! Telle est, ici, la manière de vivre ordinaire. J'ai, quant à moi, une maison retirée, en entourée de trois jardins. Mais d'ailleurs, je ne dois jamais fermer la porte ni m'enfermer à clef, sauf la nuit.
Ici, il ne faut être ni nerveux, ni impatient (on ne saurait être ni l'un ni l'autre dans une atmosphère pareille), il ne faut ni céder à la mauvaise humeur, ni dissimuler quoi qu e ce soit. Vous savez que je dois donner des conférences et prononcer des "speeches" avec l'aide d'un interprète, lesquels conférences et speeches seront imprimés dans un magazine japonais. Eh bien, c'est délicieux de parler devant un auditoire japonais. un seul regard sur tous ces visages placides et souriants rassure immédiatement l'âme la plus timorée.


Fixé au Japon en 1890, Lafcadio Hearn ancre désormais toute son œuvre dans son pays d'adoption où, jusqu'à sa mort en 1904, il produit contes et romans dessinant les contours de l'âme des insulaires encore ébahis par l'étranger, et inconscients des risques que court leur mode de vie courtoise, raffinée voire héroïque face à cette saleté de "progrès" occidental. A l'instar d'un Bartok du Soleil levant, il récolta le folklore nippon qu'il mixa à ses propres observations avec un doigté et une finesse remarquable. Reste que la finesse de ses observations et son sens littéraire (Some Chinese Ghosts, 1887, Les Fantômes chinois, 1913, etc.) devraient faire pousser comme champignons les rééditions des traductions françaises de ses ouvrages (éditeurs français, encore un effort). Mais pour l'heure, servi avec une préface d'Edith de La Héronnière, elle-même bien connue des Alamblogonautes pour l'intérêt et la délicatesse de ses écrits, ces Lettres japonaises de Lafcadio Hearn vont trôner au sommet de votre cabas d'ici peu, vous verrez. Nous vous recommandons en particulier celles où il évoque la littérature qu'il aime (Zola et Kipling en particulier) et ses journées ordinaires. Délicieuses.



Lafcadio Hearn Lettres japonaises, 1890-1903. Traduites de l'anglais par Édith de La Héronnière et Marc Logé. Préface d’Édith de La Héronnière. Textes inédits de Hugo von Hofmannsthal et de Stefan Zweig traduits de l'allemand par Françoise L'Homer-Lebleu - Paris, Agora-Revue des Deux Mondes, 192 pages, 7,30 €

mardi 10 novembre 2009

Labyrinthes en jardins

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Edith de la Héronnière n’est pas une inconnue au pays de l’Alamblog. Si vous vous en souvenez bien, elle était à l’honneur d’un billet où ses chroniques étaient vantées, justement.
Une nouvelle fois, nous n’hésiterons pas à enfoncer le clou - et à nous répéter, sans que l’âge y soit pour grand chose. Car c’est bien de la seule responsabilité d’Edith de la Héronnière seule de produire des livres qui nous plaisent toujours. Et une fois encore, nous nous sommes régalés d’un essai des plus agréable dont le sujet pourtant rebattu - d’après le sentiment même de l’auteur - nous a paru traité de manière nouvelle. La faute à notre inculture, direz-vous. Peut-être, et peut-être pas.
Peut-être parce que nous n’avons évidemment pas passé notre vie à étudier la question des jardins.
Peut-être pas, parce que, faute d’être tout à fait ignare sur cette question, nous avons (re)découvert sous la plume d’Edith de la Héronnière un double sujet toujours passionnant : et le labyrinthe, et le jardin.
Et peut-être pas non plus car la position de notre auteur trouve sa singularité dans un ton toujours égal, doux, pour ne pas dire gracieux, aimable en un mot, et d’une immense simplicité malgré la pertinence et le savant de son discours. Voilà qui repose… On se cultive aisément dans ses conditions, et l’on prend le goût de réfléchir. Peu d’essayistes nous en offrent ainsi la possibilité.
Aussi, pour faire le point (on a tous besoin de faire le point sur les labyrinthes et sur les jardins un jour ou l’autre), au moment d’errer et de se perdre, il convient de procéder en connaissance de cause. Là, Edith de la Héronnière apporte tous les éléments de réflexion diffusés depuis la haute Antiquité par les historiens et les philosophes. Elle s’arrête notablement sur le Songe de Poliphile, ce livre majeur dont on devrait tous avoir une édition à la maison, où philosopher en jardin n’est pas la moindre des activités.
En conclusion, et pour n’en pas trop dévoiler de cette promenade dans les idées et les métamorphoses de la forêt primitive, retenons cette phrase qui donne envie de se perdre dans ses cent soixante pages :

C’est précisément dans le labyrinthe que l’homme occidental peut identifier un reflet exact de sa situation dans le monde. Promeneur ou flâneur, voyageur ou pélerin, engagé dans une aventure peuplée d’embûches et d’impasses, amoureux de ces difficultés et de toutes ces petites morts grâce auxquelles il grandit jusqu’à atteindre sa dimension réelle, au jour de sa rencontre avec la grande mort. L’égarement est la clé de cette inévitable rencontre. Felix Perditio !

A quoi nous ajouterions, si nous étions latiniste et brave : Felix Lectio !


Edith de la Héronnière Le labyrinthe de jardin, ou l’art de l’égarement. - Paris, Klincksieck, coll. “L’esprit et les formes”, 160 pages, 17 euros

samedi 3 novembre 2007

Edith de la Héronnière

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C’est en délicatesse qu’intervient Edith de la Héronnière. On la dit descendante de Remy de Gourmont, et cette assertion, très probablement tamponnée au coin de la véracité, a quelque chose qui nous surprend (1). Oui, car nous avions songé à son propos, bien avant de connaître cette filiation prestigieuse, à Gourmont.
Rien de stylistique ne pouvait justifier le parallèle, alors quoi ? Une hauteur de vue peut-être, une élégance, un je-ne-sais-quoi de la grâce qui ne touche que ceux qu’elle souhaite toucher, lorsqu’elle veut bien les toucher. Et il est certain qu’Edith de la Héronnière a été touchée. Si on ne l’a jamais lue, on le découvrira bien vite en contraignant le libraire récalcitrant à bien vouloir remplir son office qui consiste à commander à l’éditeur, fût-il méconnu de son répertoire mental, le livre dont ne peuvent se prévaloir ses rayons. Et, cette semaine, ce sera Promenade dans les tons voisins.
Très élégant, ce livre au titre prometteur recueille seize textes, chroniques, préfaces ou articles, ainsi qu’un “impromptu narratif”, qu’avaient publiés naguère la NRf, la Revue des deux mondes, Légendes ou bien encore Critique. Si l’on n’a pas lu Guerres, du Volcan au chaos ou les biographies de Joë Bousquet et de Teilhard de Chardin, c’est l’occasion rêvée de faire connaissance avec l’écrivain Edith de la Héronnière que sa grande discrétion, suprême élégance, a jusqu’ici voilé aux yeux du plus grand nombre. Le droit souci du spirituel et de l’authenticité n’autorise pas les détours scabreux de la publicité, fût-elle rebaptisée promotion. Et, de fait, lorsqu’on lit Edith de La Héronnière, il est rassurant de sentir qu’une personne authentiquement vouée à sa tâche d’écrire ce qu’elle souhaite écrire a mis à notre disposition le fruit de ses pensées.
Voilà qui nous change, direz-vous, et, en effet, la fraîcheur de cette lecture, et son grand intérêt, qui nous change aussi, vaut bien qu’on s’arrête à ce volume indépendant de la vie éditoriale, autonome sans doute, aussi intemporel que sobre, franc, beau, où, pour ne rien gâcher, on s’instruit et où l’on pense. Basile Sainte-Croix, qui fut son ami, Jankélévitch, Hadju, Nicolas de Staël, etc. apparaissent ainsi dans ses pages, et, à nos yeux d’insulaire lointain, le plus passionnant est sans nul doute ce texte consacré aux voyages d’esthètes, “De certains transports en matière de goût”, qui débute ainsi :

L’amour de l’art n’a rien de bénin. C’est au contraire une affaire à haut risque, donnant lieu à des manifestations et à des comportements extrêmes, si l’on en croit des auteurs éminents tels que Goethe, Stendhal, Proust ou Freud. Il sera ici question de quelques-uns des transports, psychologiques et autres, déclenchés par le goût du beau et ses méfaits…

Des méfaits et ravages de l’amour de l’art… Le “syndrome de Stendhal”, qui n’est certes pas fils d’une dromomanie courante, conduisait déjà à la défaillance, au délire, à la perte d’équilibre, “autant de réactions psychosomatiques” signalées par Stendhal et étudiées par Graziella Magherini, de l’hôpital Santa Maria Nuoa à Florence… Avec Edith de la Héronnière, nous abordons donc les rives de l‘elginisme vorace, du nom de Lord Elgin, fameux découpeur d’antiquités grecques du XIXe siècle dont Malraux se fit le petit copieur dans sa prime hominitude en sabotant à la scie quelques superbes sculptures d’Asie aujourd’hui encore entreprosées au Louvre (chez Elgin tout au moins l’amour de l’art prévalait. Chez Malraux c’était bien autre chose). Mais, rappelle Edith de La Héronnière l’elginisme aurait pu se nommer verressisme, du nom de ce préteur romain qui mit la Sicile au pillage (2).
Et puis il y a encore l’art du minus dicere de Cristina Campo, la nostalghia, les vertus du haïkaï, Gustaw Herling, Czapski, les frères Powys et mille autres choses dont l’accumulation donne une belle idée des savoirs d’un auteur qui sait offrir sans que l’on remarque son geste. D’une élégance suprême, nous le disions plus haut, et, aussi, d’une finesse d’esprit que beaucoup de nos élites esthétiques devraient jalouser si elles étaient accessibles à la honte et au sentiment d’elles-mêmes.
Pour tenter de vous convaincre encore de lire Edith de la Héronnière, nous ajouterons seulement que nous connaîtrons une autre intense satisfaction dans un instant, lorsque, de notre île, après avoir dégusté l’ouvrage, nous mettrons ce billet en ligne. L’artisan que nous sommes aura la satisfaction d’avoir utilement labouré son clavier.

Bonnes lectures.


(1) Nous étions surpris, et Edith de la Héronnière nous apprend pourquoi dans un récent courrier : “A propos de Remy de Gourmont, je ne descends pas directement de lui puisqu’il n’avait pas d’enfants, mais je descends de sa cousine germaine, qui était mon arrière-grand-mère et qui s’appelait comme moi Edith Chable de la Héronnière — une vraie Normande.” (Note du 17/11/2007)
(2) Nous découvrons, ignare que nous sommes, L’Obélisque de Louqsor, le texte de Petrus Borel publié naguère à l’enseigne des Livres de Nulle Part (il est repris du Livre des Cent-et-Un (1833). Il y est question du même sujet elginiste. Les grands esprits se rencontrent. (Idem).



Edith de la Héronnière Promenade dans les tons voisins. - Paris, Isolato, 2007, 132 p., 17 euros.

Bibliographie indicative d’Edith de la Héronnière

Histoires lapidaires : Vézelay. Avec des photographies de Geneviève Ameilhau et Pierre Pitrou (Fanlac, 2007, 89 p.).
Joë Bousquet, une vie à corps perdu (Albin Michel, 2006, 261 p.)
Guerres (Arfuyen, 2003, 67 p., coll. “Cahiers d’Arfuyen” n° 144).
Vézelay, poème illustré par Jean-Marie Queneau (Editions de la Goulotte, 2003).
Du volcan au chaos, journal sicilien (Pygmalion, 2002, 248 p.).
Vézelay, l’esprit du lieu (Pygmalion, 2000, 180 p. et Payot, 2006, 154 p., coll. “Petite bibliothèque Payot. Voyageurs” n° 572).
Teilhard de Chardin : une mystique de la traversée (Pygmalion, 1999, 275 p. et Albin Michel, 2003, 276 p., coll. ” Spiritualités vivantes poche” n° 199).
Gustaw HERLING Variations sur les ténèbres, suivi d’un Entretien avec Edith de la Héronnière, traduit du polonais par Thérèse Douchy (Le Seuil, 1999, 170 p., coll. “Solo”).
Le Bourgogne des châteaux et manoirs. Photographies de Dominique Repérant (Le Chêne, 1993, 232 p.).
La Ballade des pèlerins (Le Mercure de France, 1993, 286 p., “Collection Bleue”).
Oliver SACKS L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau et autres récits cliniques. Traduit de l’anglais par Édith de la Héronnière (Le Seuil, 1988, 312 p. et coll. “Points” n° 245, 1992).


Information complémentaire : Isolato c/o Frédéric Jaffrennou, 42 bis rue des Maraîchers, 75020 Paris, isolatoediteuratyahoo.fr