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jeudi 28 janvier 2016

Elle est fraîche l'épitaphe, elle est fraîche !

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Ne nous y trompons pas, dans le futur, les lecteurs constateront que nous avons aujourd'hui beaucoup de chance.
Ils se diront, in petto,

"Certes ils n'avaient plus Alphonse Allais ni Michel Audiard, André Frédérique ou Roland Topor, mais tout de même, hein, Michel Ohl venait juste de partir et Dominique Noguez publiait comme un gardon. Ils pouvaient croiser Noguez dans la rue, ces veinards !"

Alors, mes sœurs, mes frères, admettons-le : à nous complaire collectivement dans l'auto-affliction (savamment entretenue par tout un tas de cyniques), nous ressemblons à des andouilles.
Aussi pour passer nos temps avec dignité, nous vous suggérons, alamblogonautes nos soeurs nos frères, de vous plonger dans le projet d'épitaphe de Noguez, lequel vaut bien celui de Benjamin Franklin.
Poèmes, proses, fragments, l'ouverte de Dominique Noguez s'enrichit donc d'un nouvel opus plein d'esprit, d'amour et de mélancolie dont nous extrayons deux vers qui ne témoignent absolument pas de l'ensemble — pourquoi ne pas rompre avec les habitudes — mais rend au spirituel tout son lustre.

je ne crois pas assez à mon existence
pour ne pas porter de cravate




Dominique Noguez Projet d'épitaphe : précédé de cinq poèmes plus longs. - Paris, Éditions du Sandre, 20 p., 6 €




lundi 7 juillet 2014

Aphorismes un jour, aphorismes toujours

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En 1982 paraissaient discrètement sous la forme d'un album, et c'est bien paradoxal si l'on y songe, Les Aphorismes d’un publicitaire (s.n.) d'un certain Jean-Marc Requien, patron d'agences de com rhônalpin devenu artiste du papier collé, qui, du slogan s'étant lassé, peut-être, avait choisi de placer sa plume plus à l'ouest. Sans avancer quoi que ce soit de la qualité de sa production, il rejoignait une cohorte qui a toujours été sensible à la forme courte et, sinon du haïkaï ou de la nouvelle, produit de l'aphorisme. C'est très tentant il faut dire : peu coûteux en huile de coude et parfois pleinement réussi, l'aphorisme procure à son auteur une aura indéniable de sage en acier trempé.
Mais nous ne nous traînerons pas ce jour sur les terres de l'analyse, aussi orientales soient-elles. Non, nous nous contenterons de signaler quelques volumes qui ont paru récemment dans le domaine et offrant ici ou là une phrase choisie.
Et pour commencer par un double échauffement léger, les Aphorismes de Fagus (Paris, Sansot, 1908), révélé dans la seconde moitié de son opus très préoccupé des relations hommes/femmes. Il ne s'y limite certes pas :

Un sage mort ne vaut pas une chienne en vie.

Nul logis qui ne recèle son cadavre. Le bon politique sonde à propos les planchers.

Penseur, ou politique, ou poète, garde-toi de biffer les contradictions de ton oeuvre : elle leur doit la vie.

Un peu plus tard, le dessinateur Paul-Franz Namur, ancien des tranchées de 14-18 et futur membre de la Légion, emprisonné à ce titre en 1945 à Nice, commit quelques sentences qui eurent l'heur de plaire, et même d'être commentées (A mon ami Kokolando. Pour plaire aux uns, déplaire aux autres, satisfaire ma pensée. — Paris, édition (sic) de l'éléphant vert, 68, rue Spontini (XVIe), 1929) :

Certains amis sont comme les primeurs : ils surgissent vite si on a grand soin d'eux.

On cherche parfois le bonheur comme on cherche un chapeau en l'ayant sur la tête.

La gloire est un enfant que vous adoptez avec enthousiasme, bien qu'il soit toujours en danger de mort.

Beaucoup plus près de nous, ce sont des salves d'aphorismes qui jaillissent comme portées par l'air du temps, le besoin de condenser la parole — pour lui éviter une vacuité de la parole par ailleurs assumée ?
Paraissent donc sporadiquement des ouvrages très divers, parfaitement non-attendus, d'autant plus excitants, parfois bien agaçants pour les dents, et en provenance d'horizons très variés.
Le plus obscur peut-être, et pas seulement pas son funèbre désespéré, est sans doute Nihil Messtavic. Le pseudonyme n'échappe à personne. Quant à la première page de son premier recueil, elle est à elle seule digne d'entrer en anthologie (on recommande également ses "Sentences létales", de la même eau :

Rien ne va bien, jamais, tout est toujours en attente sur la grand-route du pire.

Lorsque je suis seul, il en reste un de trop !

Le sens de la vie, c'est de sonder la mort avant d'y plonger.

Rien n'est vrai, tout est faux. Sauf la mort.


Voilà qui est dit. Olivier Hervy est pour sa part un documentaliste au sourire léger. Il trace le plus souvent des aphorismes ironiques qui semblent parfois de poétiques instantanés, des haïkaï en prose. Ou quelques chose de ces petites touches de couleur qui imprègne le papier buvard.

La petite gomme au bout du crayon sous-estime le travail de correction.


Ce cheval qui avance à pas lents - curieux et blasé.


Carte pré-imprimée glissée dans le livre que j'ai commandé : "Passez un bon moment". Mais il s'agit de "Si c'est un homme".



Grand maître en la matière, Peter Altenberg, traduit et présenté par Alfred Eibel, réapparaît en d'inédits exercices de haute voltige depuis sa Mitteleuropa chérie. Nous y retrouvons l'amateur de brasseries, personnage complexe et riche, paradoxal souvent, cabré dans sa position de chroniqueur et d'admirable faiseur de phrases :

Nous portons en nous une source inépuisable, intarissable, d'alternatives.

Traîner la jambe. Façon commode de fuir ceux qui marchent à vive allure.


Bien entendu, Maxence Caron, qui arrive juste après Altenberg dans notre pile, souffre de la comparaison. Mais il faut admettre que son Bréviaire de l'agnostique un peu vieille droite s'autorise quelques réussites dans l'exercice du paradoxe ou de l'aphorisme. Discutant naturellement beaucoup de la question de la divinité, il parvient à surprendre son lecteur qui a craint de s'ennuyer :

Parler, c'est chiquer du silence.

L'homme en sait juste assez pour être malheureux.


Épatant d'un bout à l'autre, le recueil du juré Nobel Horace Engdahl mérite que l'on s'y arrête - et vous en particulier, Alamblogonautes — car on retrouve quelque chose de l'esprit de Renard ou d'Allais, quelque chose qui emporte l'adhésion sans coup férir. Au point que l'on se demande bien pourquoi les livres de ce monsieur ne sont pas encore traduits en français...

La perspective de la fin du monde serait parfaitement supportable, si seulement on pouvait s'en griller une après.

Sans un petit goût de main courante, pas de biographie convaincante.

Tout aphorisme trébuche fatalement sur cette faille incontournable : il trahit l'admiration de l'auteur pour son art de la formule.

Et sur cette dernière sentence sentie qui nous rapproche du travail en jeu dans les recueils rapidement évoqués ici, il reste à signaler l'essai de Dominique Noguez qui confine à l'exercice de salubrité publique : la recherche des sources véridiques des grands aphorismes et l'explication des intentions de leurs auteurs. Son livre est délicieux et assez surprenant. Songez que vous allez enfin savoir qui a écrit "A chaque jour suffit sa peine" et "Je veux tout, tout de suite". Ah !





Nihil Messtavic Le Crachoir du Solitaire. — Dôle, La Clef d'argent, 2008.

Nihil Messtavic Sentences létales, aphorismes. — Dôle, La Clef d'argent, 2010.

Olivier Hervy Agacement mécanique. — Talence, l'Arbre vengeur, 2012.

Peter Altenberg A mots cours, à demi-mot, au bas mot... Textes réunis, traduits et présentés par Alfred Eibel. — Paris, France Univers, 2013

Maxence Caron Bréviaire de l'agnostique. Paradoxes, aphorismes, poèmes. — Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2013.

Horace Engdahl La Cigarette et le néant. Traduit du suédois sous le direction d'Elena Balzamo. — Paris, Serge Safran, 2013.

Dominique Noguez La Véritable origine des plus beaux aphorismes. — Paris, Payot, 2014.

dimanche 29 avril 2012

Rideau !

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Fin de campagne pour 9 semaines avant, le journal qui ne parlait pas des candidats. Le dernier numéro, 1 semaine avant est en kiosque pour quelques jours encore.

On aura apprécié le journal métaphysique de Frédéric Pagès, les interventions de Dominique Noguez et de Philippe Garnier, ou la reprise des blogueries de Louis Watt-Owen. Et puis, comme partout, on a renâclé à relire des choses déjà lues, des idées bien peu bandantes, des portes ouvertes bancroches et des leçons bien ajourées. Mais il faut remplir les espaces que les superbes illustrations laissaient blancs.
On vit une époque de l'image (*), n'est-ce pas.

Bref, les journaux meurent aussi. C'est aussi bien, lorsqu'ils l'avaient annoncé.






  • Témoin encore la citation placée en une de la deuxième livraison de L'Impossible, L'Autre journal de Michel Butel, citation qui montre que les mots, hein, on les entend pas ben. Le "peuple inattendu"... Inattendu ? quelle blague...

vendredi 7 janvier 2011

Montaigne au bordel

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Jamais en panne d'inspiration facétieuse, Dominique Noguez donne le recueil de ses interventions en divers lieux de brassage des idées. On appelle ça des colloques, et il nomme "études sçavantes" ses propres interventions relatives, pour la plupart, à l'histoire littéraire.

Ce sont des textes de haute graisse, hérissés de sourires et saucés à la malice qui constitueront, c'est à peu près sûr, pour les générations futurs des marqueurs de notre temps. Témoin la "campagne" des prix littéraires de 2017 où se déploient tous les us d'aujourd'hui en cette matière curieuse. Il faut simplement espérer que les historiens de l'avenir ne prendront pas à la lettre le journal d'un écrivain apprécié de son éditeur généreux, ce dernier personnage restant pure fiction. Pure utopie devrait-on ajouter.
Dans la grande tradition du canular et de l'esprit, voici deux mythologies inédites de Roland Barthes, le manuscrit inédit du IVe Livre des Essays où Montaigne relate sa vie parisienne, le fruit de nouvelles recherches sur Raoul Ouffard, les "Deux Eros" de Bergson, un chapitre apocryphe de Grabinoulor et, surtout, donc, une brillante analyse d'Honoré Deuxdoigts sur les prix littéraires où sont listés les arguments velus des jurés.
On comprend tout, désormais. (De plus on a rit, mais n'allez pas le répéter.)



Dominique Noguez Montaigne au bordel & autres surprises. - Paris, Maurice Nadeau, 147 pages, 20 euros.

jeudi 2 septembre 2010

Paperolle

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Transmis par Dominique Noguez, un bandeau peu courant...

jeudi 27 novembre 2008

Une victoire écrasante !

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Victoire ! Un gagnant au grand Jeu-Concours de l'Alamblog

A la question "Qui sont-ils ?" Christian Garcin a répondu en livrant huit des dix noms des membres du jury des trois Prix de l'Humour noir, réunis au Procope (c'est la faute à Voltaire).
Il recevra donc sous peu un exemplaire des Ruines de Paris en 4908, par Alfred Franklin publiées à l'enseigne de l'Arbre vengeur dont la parution en librairie est prévue pour demain.

Dans l'ordre, de gauche à droite, nous avions donc Dominique Noguez, Patrice Delbourg, Jacques Vallet, Bertrand Beyern, Bernard Haller, Franz Bartelt, Eric Dussert, Christian Zeimert, Yves Frémion et Patrick Rambaud.

Bravo.

lundi 4 février 2008

Noguez avait raison : Lénine était dada !

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Oui, cette photographie le prouve, Vladimir I. dit Lénine était dada.

Bourré, sourdingue et dada.

Toujours sceptiques ? Lisez donc Lénine dada de Dominique Noguez et La Révolution russe de Claude Anet.
Parions que la librairie Le Dilettante vous accordera 5 % de remise si vous vous réclamez de l’Alamblog.
Pour la remise sur le Claude Anet, vous pouvez toujours vous brosser.


Dominique NOGUEZ Lénine dada. — Paris, Le Dilettante, 2007, 191 p. sans prix ni code barres.

Claude ANET La Révolution russe. Chroniques (1917-1920). Edition établie avec préface, chronologie et notices biographiques, par le Préfet maritime. — Paris, Phébus, 854 p. 29 €

lundi 24 septembre 2007

Lénine : ami de dada ?

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Lénine fut-il dada ?
Lénine fut-il à l’origine de dada ?
Lénine eut-il assez d’influence sur Tzara lors de leur séjour suisse commun pour influer l’art du XXe siècle tout entier ?
Tzara laissa-t-il Lénine écrire certains de ses poèmes ?
Tzara fut-il cette éponge qui, du léninisme bruyant des soirées arrosées du Cabaret Voltaire fit un dada étourdi mais puissant ?
Tzara eut-il assez d’influence sur Lénine (etc.) pour influer sur la politique du XXe siècle tout entier ?

En somme, et pour résumer, Dominique Noguez a-t-il bien fait de découvrir que Lénine adorait ces soirées populaires dont les dérives le guidèrent sur la voie de ce nihilisme tragique, quoique bolchevique, et ubuesque ?
Comme disait l’autre, “si tu te débarasses de l’homme, tu te débarasses du problème”.
Très russe manière de régler le problème qui ne règle pas ce point : il vous faudra lire ce livre pour vous faire une idée sur ce qu’est une véritable recherche d’histoire (politique et artistique). Ou son contraire.
Cette thèse superbe (ment embarassante, et pour plus d’un) avait d’abord paru en 1989 chez Robert Laffont. Elle est réédité à l’occasion du 90e anniversaire de la Très Grande Bamboche du camarade Oulianov.
Alors, contre les dérives de la révolution et contre les dérives de la recherche, lisez Lénine dada.


Dominique NOGUEZ Lénine dada. — Paris, Le Dilettante, 2007, 191 p. sans prix ni code barres.