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samedi 2 janvier 2010

Musidora et la neige

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Stéphane Mahieu, le meneur de la revue De rien, vient de publier un fictionnant numéro intitulé Musidora et la neige, enrichi de très belles illustrations en couleurs du Capitaine Lonchamps.



Musidora se glisse dans les pages de l’Epatant, les fanzines, les affiches publicitaires ou les revues pornographiques. Elle remplace au pied levé n’importe quel personnage : voleur de silhouettes comme le docteur Cornelius était voleur de visages…
(…) Seules traces de ses passages : les empreintes de neige qui fondent dans la main de l’enquêteur. La policie scientifique est sur les dents.



Un régal de livraison poético-admirative

Le Préfet maritime en profite pour annoncer la prochaine mise en ligne d’un billet consacré au nouveau livre de Didier Blonde et, peut-être, à quelques poèmes de ladite Musidora… Mais chut !



De rien (n° 55, novembre 2009)

mardi 1 mai 2007

"Du mußt Caligari werden" (d'Ivan Mosjoukine à Caligari et retour)


Nous en avions parlé naguère, et il nous faut y revenir car il nous semble que le Préfet maritime, ce sacripan, n’a pas donné l’exacte mesure des Fantômes du muet de Didier Blonde.
A replonger dans les notes que nous avions prises dans cette merveilleuse prose — car nous prenons des notes lorsqu’un livre nous titille — nous constatons que nous avons passé sous silence la fine enquête menée sur les traces du comédien Ivan Mosjoukine, Russe exilé propre à susciter l’intérêt de notre confrère le Bibliophile russe qui déploie tant de trésors sur la toile.
Tête en l’air que nous sommes, nous n’avons pas parlé de l’utopie d’un langage total et universel chère à Murnau, non plus que de cette enquête consacrée aux “Oubliés du Muet” publiée par le magazine Pour Vous en 1932.

C’est à se demander où nous avions les neurones.

Cependant, les fantômes du muet sont si entêtants, c’est bien le mot, que nous ne sommes pas parvenus à les ranger où, après lecture, se rangent les livres lus. Là, à l’étage en dessous, dans la bibliothèque “A à D”.
Ils avaient encore des choses à vous dire, ces fantômes, c’est pourquoi ils manifestaient silencieusement leur mécontentement. Passivement, ils menaient une révolte sourde, une grève du zèle rangeatoire.
Nous en avons pris acte et, pour le clin à une paire de Lyonnais profitons de l’occasion pour citer sans coquille cette fameuse phrase tirée de l’expressioniste Cabinet du docteur Caligari :

“Du mußt Caligari werden”

Et puis il nous reste une question : Nitchevo, ce film de 1936 dont un figurant se nommait Ivan Mosjoukine, star déchue du muet, n’aurait-il pas un rapport direct avec Nitchevo ! L’amour en Russie Soviétique, roman d’Hélène Gosset (Editions de la Revue mondiale, 1929) ?
C’est curieux comme la Révolution de 1917 inspira les littérateurs français… — nous reviendrons sur le sujet d’ici l’automne car un projet nous occupe à ce propos. Bref, Hélène Gosset la romancière, future Secrétaire générale de la Ligue des Droits de l’enfant (1), qui dédicaçait son premier et unique roman à Maurice Rostand en le présentant comme un “film documentaire de la nouvelle Russie”. Elle ajoutait une lettre à son envoi :

Paris — 15 décembre
97 rue de Prony

Monsieur

Les poètes ont toujours des admiratrices inconnues, en voici une — et de vieille date — qui se révèle en vous envoyant son premier livre. Il me semble qu’il doit vous intéresser, tout du moins la partie documentaire. Et puis le choix de mon titre, si caractéristique de la Russie, et que j’avais décidé à Moscou même, qui se trouve être le nom d’un des personnages de votre dernière pièce, ce mot qui nous plut à tous les deux, par sa consonance et sa signification, m’a encouragée à vous faire parvenir ces impressions. Puissent-elles vous être agréables !

Hélène Gosset

En ce premier mai étal, il nous rassérène de savoir que sous le soleil doux, le monde enveloppé dans une brise douce recèle encore mille mystères.



(1) En témoigne la brochure de janvier 1938, Sauvez Liselotte Hermann, destinée à sauver de la hache nazie une mère de famille antifasciste emprisonnée à Stuttgart et condamnée à mort le 12 juin 1937.


Didier BLONDE Les Fantômes du muet. — Paris, Gallimard, 2007, 162, 17,90 €

Robert WIENE (réal.) Le Cabinet du docteur Caligari (Das Kabinett des Doktor Caligari, Allemagne, 1919, 73 mn). Avec Werner Krauss, Conrad Veidt, Lil Dagover, scénario de Carl Mayer et Hansi Janowitz, musique de Giuseppe Becce . — Galeshka Moravioff, 1999, EDV 1284, collection “Ciné-Club”.

mardi 27 mars 2007

Didier Blonde et les ombres de la nuit


Et Musidora montra les dents. Elle disait donc vrai : durant la nuit on lui avait limé les canines… (1)

De Didier Blonde, on avait lu il y a quelques années Faire le mort (2001), un roman noir et astucieux voué à la Très Grande Gloire de Fantômas et des aventuriers sombres de son genre. Aujourd’hui, le même Didier Blonde publie Les Fantômes du muet où il poursuit de ses ardeurs ces films d’autrefois dont le charme court le risque d’être occulté tout à fait par la couleur, la vitesse, la couleur en vitesse, la vitesse de la couleur, le son permanent partout, la musique omniprésente.
D’Irma Vep par Musidora aux salles de la Cinémathèque, c’est un fana qui signale d’un genre apparemment désuet tout le lustre, toute la magie, toute la mélancolie.
On en sort avec la rude envie de se jeter quelques films oubliés dans la rétine — bien complets de leurs intertitres qu’un certain Henri Langlois avait décidé d’ôter sous prétexte qu’ils brisaient “le rythme” cinématographique… — et de rendre leur silencieuse parole aux vampires d’autrefois, — et leur silencieux effroi à leurs victimes —, fugaces et dansantes créatures, légères comme un voile, évanescentes, en péril.


Didier BLONDE Les Fantômes du muet. — Paris, Gallimard, 2007, 162 p., 17,90 € coll. “L’Un et l’Autre”.


Ah, qu’est-ce que j’ai bien dormi ! Ta tisane est une merveille.

(1) Les sous-titres sont de la rédaction.