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lundi 16 mai 2016

Fortunée la glorieuse

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Sans attendre que le sujet devienne un problème à traiter dans l'urgence, Fortunée Briquet (1782-1815) avait remarqué avant de passer la vingtaine que le sort des femmes n'était guère équitable. Cette jeune poétesse à succès aura devancé tout le monde sur un sujet qui s'avère majeur, à défaut d'être traité : le respect dû aux femmes, et en particulier aux femmes de lettres dont les élites ne se préoccupent finalement pas plus que la plèbe, académie Nobel en premier lieu qui ne s'en préoccupe guère, non plus que les diverses académies françouaises qui mégotent quant il s'agit d'accueillir des femmes ou se débrouillent pour les sélectionner à l'image de ses aréopages : bien blettes, bien kitsch ou bien vulgaires.
En traçant sous l'Empire dans un dictionnaire — ouvrage de référence s'il en est généralement porté par du savant chenu — le portrait intellectuel de cinq cents soixante-quatre femmes, Fortunée Briquet réparait un tort subi par la moitié de l'humanité et nous devons noter au passage que, avec Olympe de Gouges en particulier, 1789 était plus féministe que nous le sommes. L’exemple de sa contemporaine Fortunée pourrait nous mettre le rouge au front lorsqu’on songe à notre poussive parité. Et en 1797 déjà, Constance Pipelet (C. de Salm, 1787-1845) lançait son Épitre aux femmes chez le libraire Desenne où elle attaquait bille en tête : « Dans tous les temps ont cherché à nous éloigner de l’étude et de la culture de beaux arts ; mais aujourd’hui cette opinion est devenue une espèce de mode. » Avec son Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique des françaises et des étrangères naturalisées en France depuis la Monarchie jusqu'à nos jours (Treuttel et Würtz, 1804) publié alors qu'elle avait dix-huit ans (!), Fortunée Briquet s"attaquait au monde comme il ne va pas.
Native de Niort (17 juin 1782) et dotée par les dieux d’une destinée de comète, Marguerite Ursule Fortunée Bernier Briquet va tenter d’y remédier. Elle avait seize ans au moment de publier ses premiers bouts rimés, fables et épigrammes inspirés de Bernardin de Saint-Pierre dans l’annuel Almanach des muses du département des Deux-sèvres dont elle épouse le directeur, H. A. Briquet : mariée trop jeune à un homme trop vieux, elle cesse d’écrire à vingt-deux, divorce à vingt-six et meurt à trente-trois. Son époux était lui-même un drôle de personnage : prêtre défroqué devenu professeur de Belles-Lettres à l’Ecole centrale locale, il avait vingt ans de plus qu’elle et avait adopté « avec chaleur la cause de la Révolution. Son zèle ne l’empêcha pas d’être arrêté, condamné à la déportation et incarcéré sur les pontons de Rochefort avec les prêtres insermentés. il est libéré le 5 germinal an III, pour venir s’établir à Niort où il contracte une union qui fut peu heureuse. Fortunée Briquet connut des succès flatteurs qu’elle dut autant à sa beauté qu’à ses œuvres. » (André Levieil, 1925).
Montée à Paris à l’occasion de ses premiers succès poétiques, elle est devenue l’amie de Fanny de Beauharnais et de la poète Anne-Marie du Boccage (1710-1802) alors très âgée. Fortunée est rapidement la coqueluche des salonnards avec « son visage d’enfant un peu poupard, éclairé par les plus jolis yeux qu’on puisse rêver, encadré de la façon la plus mignarde du monde par deux longues boucles de cheveux tombant d’une coiffure à la grecque, par deux anneaux d’or plus grands à coup sûr que les mignonnes oreilles qui les supportent. » (H. Clouzot décrivant le portrait par Mlle de noireterre, an X). Son œuvre tient sur les doigts d’une main : l’Ode sur les vertus civiles (avec une traduction italienne par Domenico Forges-Davanzati, 1801), sa fameuse Ode à Lebrun (1803), puis une Ode sur la mort de Dolomieu, précédée d'une notice sur ce naturaliste, et suivie d'une lettre du secrétaire de la classe de littérature et beaux-arts de l'Institut national de France (Laporte Du Theil) (1802) et enfin une Ode qui a concouru pour le prix de poésie décerné par l'Institut national de France, le 6 nivôse an XII (1804). Mais dans l’article « Cabale littéraire » de l’Encyclopédie des connaissances utiles (T. 9, février-mars 1834), Hippolyte Dufey nous apporte des précisions sur la postérité de ces textes : « La cabale considérée est l’unique et honteuse ressource de l’ambitieuse médiocrité, l’intrigue est son élément, son unique moyen, ses succès ne sont qu’éphémères, le temps et la raison publique font bonne et prompte justice de cette petite coalition plus hargneuse que solide. on retrouve le même engouement, les mêmes prétentions, les mêmes manœuvres dans les coryphées de l'hôtel Thélusson. Les femmes y dominaient : que sont devenues ces célébrités si vantées ? on a oublié jusqu'aux noms des Muses de cette époque contemporaine : les noms de Constance Pipelet et de Fortunée Briquet ont disparu sous les décombres du théâtre de leur gloire. » Hippolyte est vachard, mais il est d’usage de dénigrer les femmes qui créent à l’instar de Balzac a moquant les épigones George Sand dans La Muse du département (1837) et de Barbey cinglant le « bas-bleu » (1878).
Seulement, en 1804, Fortunée Briquet avait frappé un grand coup que l’on aurait pas dû oublier : dédié « au Premier Consul et Président », son Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique des françaises et des étrangères naturalisées en France depuis la Monarchie jusqu'à nos jours (Treuttel et Würtz, 1804). « Les sciences et les lettres comptent, parmi les écrivains français ou naturalisés en France, un assez grand nombre de femmes, depuis l’établissement de la monarchie jusqu’à nos jours, pour qu’il paraisse utile et agréable de les trouver réunies dans un Dictionnaire qui leur soit exclusivement consacré. Il est juste d’associer à leur gloire les Françaises qui se sont honorées par la protection qu’elles ont accordée aux gens de lettres. Cet ouvrage national n’existe point. J’ai osé l’entreprendre ; et c’est après quatre années de travaux que je le présente au public. » Et Fortunée la juste de chanter les louages de 564 femmes de culture, créatrices, mécènes ou militantes depuis Agnès de Poitiers jusqu’à l’académicienne romaine Caroline Wuiet.
Apparemment, l’actualité du sexisme vient de promouvoir efficacement la récente et rédemptrice réédition qui mérite vos suffrages et vos achats.
Par ailleurs, une question émerge assez vivement : pourquoi cette femme n'entrerait-elle pas au Panthéon ?

Fortunée Briquet Dictionnaire historique des Françaises connues par leurs écrits. Edition de Nicole Pellegrin. — Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 404 pages, 29 €

Pour l'anecdote et les amateurs d'histoire locale, le fils de Fortunée qui l'a donc eu à l'âge de dix-huit ans, Appolin Briquet (1800-1881) fut historien. ll rédigea un inventaire en quatre volumes des archives de Niort. Quand on aime les dictionnaires, cela semble de famille.

jeudi 5 novembre 2015

Un reprint pour le filou

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On nous signale la réédition en fac-similé du Dictionnaire Bibliophilosophique, typologique, iconophilesque, bibliopégique et bibliotechnique à l’usage des Bibliognostes, des Bibliomanes et des Bibliophilistins, par Octave Uzanne, polybibliographe et philologue.
Réimpression à deux cents exemplaires de cet ouvrage de luxe de 1896 devenu introuvable (176 ex. initiaux) qui avait été imprimé pour les sociétaires de l’Académie des Beaux Livres (Bibliophiles contemporains). Un volume in-8° (environ 200/140 mm), broché avec jaquette couleur, 450 pages, plus de trente hors-texte reproduits en couleurs, et deux textes d’Octave Uzanne sur la bibliophilie et sur la reliure d’art joints, avec une présentation de Bertrand Hugonnard-Roche en prime. Chaque volume sera accompagné de la reproduction en fac-similé de deux documents originaux relatifs à cet ouvrage. Tous les volumes seront imprimés sur le même papier (papier bouffant ivoire luxe), nominatifs, numérotés et paraphés à la plume par l’éditeur. 50 € port compris.

Jean-Paul Fontaine
4, avenue de l'Europe
51100 Reims
03.26.47.89.21
jpfontaine51@orange.fr

mardi 16 mars 2010

Fêter la Camarde

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C’est ce soir que ce fête, au Motif (Paris XXe), la parution du Dictionnaire de la Mort des éditions Larousse.

On nous promet une fête vivante.

Nous allons vérifier, foi d’ectoplasme.

lundi 9 novembre 2009

L'eau à la bouche

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Claude Duneton est un malin, il ne s’y est pas trompé en chroniquant tout récemment la nouvelle édition de Mots de table, mots de bouche, le dictionnaire de Claudine Brécourt-Villars consacré au lexique du manger et du boire.

Très largement documenté (chez Emile Zola, Henri Duvernois ou François Caradec, dans les grands ouvrages de la gastronomie, tel le Nouveau traité de cuisine de Menon de 1739, ou dans les chroniques d’autrefois), ce livre de référence (à prix imbattable) qui manquait gravement à notre bibliothèque nous a déjà suggéré quelques tentatives culinaires. Ce qui, sur notre île, n’est pas la moindre des choses, même si l’échec est parfois au rendez-vous.

De la crêpe suzette, du blanc-manger, du marengo, des gaudes, ce Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie nous apprend tout en y joignant le plaisir des vocables précis — et parfois rares — tout en excitant l’imagination des papilles.
Saviez-vous qu’un biscuit est la version moderne de “bescuit” rencontré dès le XIIIe siècle signifie “cuit deux fois” ? Qu’un “financier” est un hommage aux “héros de la gastronomie” ?
Pour le gratin et la gribiche, je vous laisse découvrir seuls.

Désormais, grâce à Claudine Brécourt-Villards, nous ne consulterons plus la carte en ignare, et nous n’en serons que plus audacieux. Ainsi, nous n’hésiterons plus à commander une escalope de veau à la Foyot. Même si Tailhade y perdit un oeil. Mais c’est une autre histoire…



Claudine Brécourt-Villars Mots de table, mots de bouche. Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie. — Paris, La Table ronde, 440 pages, 10 euros


Dans la même collection, la reparution du livre de Raymond Dumay, De la gastronomie française, devrait séduire les vivants. Du reste, les deux font la paire.
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jeudi 9 juillet 2009

Parlez-vous franco ?

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Le Dictionnaire francophone de poche a paru il y a deux ans. C’est un livre savoureux que les amateurs de vocables et de fantaisies langagières se devraient de consulter pour épicer leur conversation ou leur prose.
Etabli par le Mauricien Khaleel Torabully, on y découvre ce qu’est un insistant ti-bo à la martinicaise, un ou une Tête-la-hache à la réunionnaise, ou bien encore ce qu’est planer à Ouagadougou. Et à Ouaga, sachez-le tout de même, on plane en mobylette.
Longue-bouche, lopéma, graisseuses, déniquer, dinarite, double-narine, momie, ventre administratif, le francophone est une langue délicieuse.



Khal Torabully Dictionnaire francophone de poche. — Vénissieux, La Passe du vent, 2007, 153-o pages, 10 euros