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samedi 13 janvier 2018

Dites Haha !

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Christian Garcin, qui publie avec régularité sa prose (il a un roman sur table ces jours : Les Oiseaux morts de l'Amérique, Actes Sud) vient de donner la traduction de poèmes de l'américain David Kirby, un beau petit troupeau de vers réuni sous le titre agreste de Haha (en français "saut-de-loup"). On est loin du dodo et ça n'est pas non plus le moment ahah qui clôt le haïku, mais on a droit à une belle couverture verte à vache digne de Gilbert et Georges.
Kirby est le type du professeur d'université américain accompli, doublé du type de poète décontracté mais cultivé qui fait des poèmes détendus. On devine à quelle source le jeune homme qu'il était s'est abreuvé. Richard Brautigan, les beats et leurs amis de l'école de New York nous ont habitués à ces déambulations teintés d'ironie et tractées par le coq à l'âne. Kirby nous raconte ainsi l'histoire du copain qui a éclusé un verre avec Percy Sledge (When a man loves a woman), se dorlote à l'exotisme français, taquine la muse lorsqu'il n'y a "plus de mots pour dire ça". C'est relâché et plein de pépites référentielles, parfois délicieux. Un brin complaisant aussi, il faut le reconnaître, même s'il est parfois aussi auto-ironique aussi.

Quelqu'un d'adorable et nu

Quand je vois le panneau indiquant "Plage naturiste", je me précipite, mais quand j'arrive,
il n'y a que trois types qui me ressemblent,
deux en caleçons de bain discount trop larges et un en mankini du genre qu'affectionnent
les spinters et les membres de la petite noblesse européenne,


et en attendant que les nudistes arrivent,
tous les trois fixent d'un air maussade l'eau, le sable, le ciel lui-même, les nuages
aussi grossiers que le marbre dans lequel le Bernin

a sculpté Apollon et Dhapné dont les corps ont vibré comme des cloches lorsque les restaurateurs les ont touché (...)

Faute d'y trouver toujours la vibration de l'essentiel, on se laisse pousser sur la route par sa racontade d'une vie détendue. C'est cool la coolitude. Je crois que Kung Fu panda le dit lui aussi. A moins que ce ne soit Bo Diddley (Hey hey Bo Diddley)...


David Kirby Le Haha. Traduit de l'anglais par Christian Garcin. — Arles, Actes Sud, 101 pages, 15 €