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Mot-clé - Claude Duneton

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lundi 9 novembre 2009

L'eau à la bouche

Brecourt.jpg



Claude Duneton est un malin, il ne s’y est pas trompé en chroniquant tout récemment la nouvelle édition de Mots de table, mots de bouche, le dictionnaire de Claudine Brécourt-Villars consacré au lexique du manger et du boire.

Très largement documenté (chez Emile Zola, Henri Duvernois ou François Caradec, dans les grands ouvrages de la gastronomie, tel le Nouveau traité de cuisine de Menon de 1739, ou dans les chroniques d’autrefois), ce livre de référence (à prix imbattable) qui manquait gravement à notre bibliothèque nous a déjà suggéré quelques tentatives culinaires. Ce qui, sur notre île, n’est pas la moindre des choses, même si l’échec est parfois au rendez-vous.

De la crêpe suzette, du blanc-manger, du marengo, des gaudes, ce Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie nous apprend tout en y joignant le plaisir des vocables précis — et parfois rares — tout en excitant l’imagination des papilles.
Saviez-vous qu’un biscuit est la version moderne de “bescuit” rencontré dès le XIIIe siècle signifie “cuit deux fois” ? Qu’un “financier” est un hommage aux “héros de la gastronomie” ?
Pour le gratin et la gribiche, je vous laisse découvrir seuls.

Désormais, grâce à Claudine Brécourt-Villards, nous ne consulterons plus la carte en ignare, et nous n’en serons que plus audacieux. Ainsi, nous n’hésiterons plus à commander une escalope de veau à la Foyot. Même si Tailhade y perdit un oeil. Mais c’est une autre histoire…



Claudine Brécourt-Villars Mots de table, mots de bouche. Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie. — Paris, La Table ronde, 440 pages, 10 euros


Dans la même collection, la reparution du livre de Raymond Dumay, De la gastronomie française, devrait séduire les vivants. Du reste, les deux font la paire.
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vendredi 3 novembre 2006

Les mots sont des farceurs

Dans le Figaro littéraire d’hier (2 novembre 2006), la titraille s’entrechoque. Cela donne  :

Régine Deforges : “Pourquoi je démissionne du Femina”, où la dame nous dit sans rougir qu’elle ne s’est aperçue de rien — et que non, il n’y a pas de bizarreries à sa connaissance lors des délibérations du prix Femina… No comment. Elle a tout de même de la chance d’appartenir à des sphères toutes pures, toutes vertueuses…

En dessous, plus roborative, la chronique de Claude Duneton: “Paroles de bandits” (sur l’argot des Coquillards de toutes époques : on y lit “riflette”, “lansquiner”, “rififi”, pour en arriver au “jonc”, cet éternel sujet de nos préoccupations).

En page 2, un courrier de Jean-Marc Roberts au sujet de la publication d’un volume de mémoires du grand Jacques Brenner où ce dernier évoque les “astuces” du prix Renaudot : “Je confirme les pressions, les influences”, écrit Roberts. Et il se plaint que le titre de ce volume, La Cuisine des prix (1980-1993), semble avoir été choisi pour des raisons bassement commerciales. Bah, Jacques Brenner, qui avait bien trop vu le genre humain à l’oeuvre pour n’en être pas revenu, y trouvera depuis ses limbes confirmation de ses observations.

Autre sujet, autre plage : Je découvre avec un peu de retard dans un Monde 2 bientôt désuet que Pierre Assouline, encore lui, vient de découvrir que Moby Dick n’est pas une baleine. Ben oui, c’est un cachalot. Tout le monde le savait. Du moins, tous ceux qui avaient lu ce livre (ce doit être ça, l’explication : Assouline n’avait donc pas lu le gros livre de Melville — pas le temps, forcément —, car il nous paraît tout de même un peu étourdissant qu’il accepte de faire la bête à seule fin d’assurer la promotion d’un volume de “la pléiade”, fût-ce en l’occurence une nouvelle traduction de la grosse bêbête blanche, version superfétatoire s’il en est).

A toutes fins utiles, empressons-nous d’ajouter que Sancho P. est bien le copain de Don Q., et que Watson n’est pas le domestique d’Holmes.

Après tout, il faut se faire une raison, la pédagogie est liée à la répétition.

Mais nous aurions tort de moquer Pierre Assouline — comment oserions-nous ! Eh eh : certains prennent Bartleby pour un écrivain empêché, sans doute parce qu’ils n’ont lu que la traduction de Pïerre Leyris. Pourtant, qu’on lise de près : Bartleby n’a jamais été que le pendant de Bouvard et Pécuchet, le rond-de-cuir qui ne s’y met pas, le velléitaire… Enrique Vila-Matas en a fait son parangon de l’écrivain empêché, c’est consternant. Et ses séides en rajoutent dans le contresens.
Faut-il encore accorder crédit à leurs commentaires nimbés de ce “post-modernisme” qui ignore que Marcel Duchamp a lancé son bidet à la face du monde parce qu’il avait compris — pas fou — qu’il ne pourrait jamais s’opposer au talent de Picasso




Illustration : Détail de la couverture d’un tract de 8 pages contre Jacques Lacomblez distribué au Palais des Beaux-Arts, à Bruxelles, le 14 mars 1964. Il est signé, entre autres, par Louis Scutenaire, Tom Gutt, André Souris, Leo Dohmen, Carlens, André Lorent, etc.