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Mot-clé - Charles Nodier

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vendredi 4 mars 2016

De la nouveauté

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Quant à la nouveauté (...), d'autres la recherchent autant que je l'évite, et je jouis de leurs succès, parce que tous les succès de mes contemporains me sont agréables, mais je suis loin de les désirer. Une idée nouvelle, grand Dieu ! Mais comprend-on ce que serait une idée saine, lumineuse, féconde, et complètement nouvelle dans la science des langues ? Ce serait le signal d'une nouvelle ère, le point de départ d'une nouvelle civilisation... Cela ne nous est plus donné, à nous enfants des ruines qui ne faisons que des ruines et qui les attirons sur nous de tous nos efforts pour périr avec elle".



Charles Nodier, Notions élémentaires de linguistique, 1834.

vendredi 6 février 2015

Jeux typographiques d'autrefois (III)

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Charles Nodier Moi-même. Paris, Librairie José Corti, 1985.


samedi 6 avril 2013

Les couvertures du siècle dernier (XXIX)

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Charles Nodier Infernalia. Edition d'Hubert Juin. — Paris, Pierre Belfond, 1966 (a. i. 28 avril), 189 p. coll. "Poche-club" série fantastique dirigée par H. Juin. Couverture : gravure de Thomas Bartholini.

jeudi 20 septembre 2012

Le fou nouveau est arrivé...

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L'intérêt du fou littéraire, de l'hétéroclite, du dingo papetier (1), c'est qu'il est intemporel, et donc toujours de mode, in, branché. Et plutôt sur le 220 v, comme on s'en doute.

Depuis que son cas à été repéré, disséqué, mis en bocaux, on n'en finit pas de redécouvrir son goût (ses goûts !) et ses aptitudes à la déconnade élaborée, voire savante. La bibliographie n'étant pas une science dure, quoique pure, elle se construit dans le temps grâce à l'obstination des bibliofilous et des collectionneurs. Et là, il faut avouer que, parfois, la disparition de ces derniers favorise nettement la circulation de biens trop longtemps claquemurés pour leur usage strictement personnel, individuel, solitaire. Dégoûtant quoi.

Depuis Charles Nodier, on a donc vu apparaître un iceberg sans cesse grandissant, grossissant, dont les constructeurs principaux se nomment Quérard, Queneau et Blavier. Le dernier tailleur de pierres en date se nomme Olivier Justafré. Il a commis sous le titre de "Graines de folie", un complément fort utile à la somme de Blavier.

Déjà la librairie Malombra et Marc Malfant avaient considérablement nourri la bibliographie des écrits hétéroclites. Preuve qu'il en restait à étiqueter : O. Justafré en propose 284 nouvelles pages qui, il faut le noter, contiennent des notices témoignant d'une lecture approfondie, ce qui n'est pas toujours le cas des produits de librairie contraints par le manque de place. Même si Marc Malfant a prouvé le contraire en élaborant des notices fort longues.

Nous voici donc avec des "nouveautés" dans le domaine, si l'on peut dire, et même certaines problématiques à discuter : peut-on, par exemple, être un fou littéraire par intermittence. La question méritait d'être posée pour distinguer les savants calés en leur partie et tout à fait ineptes dans un savoir étranger à leur domaine.

De même, doit-on s'intéresser à internet désormais ? Dans la mesure où l'un des critères qui servait jusqu'ici de discriminant ne tient plus avec la mise en ligne, je parle de l'auto-édition et du financement par l'auteur lui-même de l'impression de ses coups de génie, on peut se poser la question. Le net est si riche de travaux étonnants. Pour ainsi dire...

Bref, Olivier Justafré ne s'est pas contenté de faire des listes d'ouvrages curieux, il les a lus et il a réfléchi à son "Supplément aux Fous littéraires" au point de développer des problématiques. Pour le classement, il a suivi l'alphabet, se dégageant de la thématisation à la Blavier. Et pourquoi pas ? l'accès aux notices est plus rapide, et c'est tant mieux car l'on glisse de l'une à l'autre, d'un détail biographique à un autre avec un plaisir toujours aussi grand. D'Alain-Abraham Abehsera au vicomte de Z. en passant par Maurice Phusis ou l'empereur Boncors, c'est tout un monde d'évasion qui nous est présenté. Parfois, tel nouveau document éclaire un personnage déjà connu, parfois c'est l'inconnu qui s'illumine, et c'est peu dire, d'un nouveau personnage.

Fou ce que la France compte d'ahuris géniaux, de dieux non reconnus et de voyants spécialisés dans l'avenir de l'humanité. Sans parler des linguistes instinctifs, des soldats de la division Charlemagne spécialisés dans l'histoire des Vikings ou d'hirsutes dépenaillés merveilleusement scientifiques. Le Gaulois ne manque guère d'imagination, non plus que de grandes idées. Négligées, par bonheur. Nous devons faire une réserve néanmoins car cet ensemble formidable, argumenté et fort bien documenté compte à notre avis un intrus : si le Belge Théophile de Giraud a en effet toutes les caractéristiques de l'original, il est manifestement trop malin pour appartenir à la confrérie des hétéroclites. Il est frappant que ses ouvrages tiennent de l'exercice de style, certes forcené, mais de l'exercice de style tout de même, bien plus que du corpus delirium dont nous cause généralement Olivier Justafré. Cette toute petite réserve émise, un seul conseil :

Lisez-moi ça avant d'énoncer la moindre théorie de votre crue. Il est bien possible que l'on vous aie devancé !

Pour lire Graines de folie, il vous faudra vous procurer un exemplaire. Logique. Dans la mesure où le tirage est épuisé, il vous reste l'espoir de trouver chez l'auteur lui-même un fournisseur bienveillant. C'est la rançon du succès, et du travail bien fait.

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Olivier Justafré Graines de folie. Supplément aux fous littéraires. — Anagrammes. 284 pages, 34 € L'ouvrage est épuisé mais il reste quelques exemplaires accessibles chez l'auteur, frais de port compris (Profitez-en pour demander une dédicace) (lesfouslitterairesATorange.fr)


(1) Définition et circonscription de l'acception selon les spécialistes

samedi 14 avril 2012

Delphi-Fabrice dessine aussi

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Le nouveau catalogue de la librairie Anne Lamort contient plusieurs documents surprenants, et notamment un rare exemplaire de tête du recueil Outre-fortifs, poëmes modernes (1904) de Delphi-Fabrice (Gaston-Henri-Adhémar Risselin, 1877-1937) largement colorié par l'auteur (chaque bout de page blanche est enrichi d'un dessin) et doté sur la page de titre d'une superbe aquarelle reproduite en tête de ce billet. Les lecteurs du "Livre des Égarés" de la revue Plein Chant se souviennent sans doute des fragments qui y avaient paru.

Il est aussi beaucoup question de préfets dans ce catalogue, ce qui n'est pas pour déplaire au préfet maritime...
D'abord Joseph Bru d'Esquille, futur sous-préfet de la Drôme apparaît avec les satires politique de ses Apostrophes (Lachaud et Burdin, 1874), lequel est suivi du Parfait préfet de Joseph Delaroa, l'hilarante satire du système administratif de 1856 où prévalait "l'onctionnement de la notice" (en 1886 Charles Cousin en donna une réédition). Et entre les deux, Louis-Abel Beffroy-Reigny, dit Le Cousin Jacques, condisciple de Robespierre et de Camille Desmoulins, tour à tour auteur dramatique, poète, journaliste et homme politique donne dans son Testament d'un électeur de Paris les raisons de son retrait de la vie politique. Auteur de la fameuse utopie intitulée Constitution de la Lune (1793) et de Turlututu empereur de l'île verte, il est mort oublié à Charenton en 1811.

On ne rate pas non plus La Grande Névrose (Marpon et Flammarion, 1889) du docteur Joseph Gérard et ses vignettes et gravures à sujets macabres (la couverture de l'opus montre une femme nue jouant au bilboquet avec un cerveau) et deux rabelaisiana des plus utiles : "Des matériaux dont Rabelais s'est servi pour la composition de son ouvrage" (Techener, janvier 1835) de Charles Nodier, et l’Étude bibliographique sur le Ve Livre de Rabelais (Damascène Morgand et Charles Fatout, 1881) du Bibliophile Jacob (Paul Lacroix)...



Bref, de quoi lire longtemps...


Librairie Anne Lamort
Bulletin XXXVIII : Nouvelles acquisitions
3, rue Benjamin Franklin
75116 Paris
01 42 24 11 41

jeudi 23 avril 2009

M. Chevillard invité à mourir chez Nodier (s. d.)





Lot 322 de la vente Alde-Paris du 20 avril dernier :


Charles NODIER (1780-1844). L.A.S., samedi soir, à M. Chevillard ; 1 page in-4, adresse.

vous devez dîner demain chez moi, autre agonisant, avec de bonnes gens que j’ai besoin de vous montrer. (…) Si toutefois vous souffrez encore, c’est une raison de plus pour venir, dût-on vous apporter. Il n’est pas permis à Chevillard de mourir à Paris ailleurs que chez Nodier. Je ne vous donnerai pas un bien bon lit, mais nous avons couché quelquefois plus mal, et vos gardes-malade ne vous laisseront à regretter que ce dont rien ne peut tenir lieu au monde, ce qu’on aime par dessus toutes choses …







mardi 23 septembre 2008

Charles Nodier (publireportage)

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On assiste, depuis une trentaine d'années, à une progressive renaissance du grand oublié que fut Charles Nodier : rééditions, biographies et travaux se multiplient. Les quatorze articles rassemblés par Jacques-Remi Dahan, rédigés entre 1981 et 2003 et revus pour cette publication, marquent les stations d'un cheminement aux côtés de l'écrivain et accompagnent ce renouveau des recherches nodiériennes : consacrés à l'histoire du livre et à la bibliographie, à l'aventure illyrienne, aux cercles et cénacles où la pensée de Nodier s'élabora ou fit autorité, aux prises de position philosophiques et littéraires, souvent inattendues, qui furent les siennes, ils visent à dégager des voiles dont l'avait emmailloté une histoire littéraire routinière la haute figure du maître de Hugo, Nerval et Dumas ; s'ils osent manifester une ambition, c'est bien, à force d'exigence et de précision, celle de rendre possible, sur un plan non confusionnel, la lecture et l'étude de l'oeuvre d'un des inventeurs du romantisme français.

I - Histoire du livre et bibliographie Charles Nodier et la mort du livre. Charles Nodier et son double, ou le cas Nicolas Delangle. Charles Nodier rédacteur de la Décade philosophique ? Charles Nodier et le Manuscrit trouvé à Saragosse. Charles Nodier mécontent. (Une petite feuille monarchiste en 1814 : le Journal des Mécontens.)
II - L'Aventure illyrienne Charles Nodier dans les Provinces illyriennes. Aux sources de Jean Sbogar : l’affaire Chiargo-Sbogar ? Autour d’un projet avorté : l’Histoire de la littérature slave.
III - Cercles & Cénacles Charles Nodier et les Méditateurs. Besançon – Crotone. Un itinéraire ? Les correspondants parisiens du Provincial de Dijon (1828) : collaboration ou instrumentalisation ?
IV – Prises de position philosophiques & littéraires Charles Nodier et la question éducative. Une campagne contre la peine de mort en 1820 : Charles Nodier et l’affaire Monique Sacquet. Charles Nodier et les origines du phénomène Jasmin.



Jacques-Remi Dahan Visages de Charles Nodier. — Paris, Presses universitaires de Paris Sorbonne, coll. "Mémoire de la critique", 2008, 306 p. 24 Euros.

samedi 17 juin 2006

Un galopin dans le métropolitain

Dans le métro, lire par-dessus l’épaule de son voisin instruit. Hier, désoeuvré, j’ai plongé de l’oeil dans un “roman” de Max Gallo. J’ignore de quel brillant opus du grand vendeur de livres il s’agissait - et j’en sais gré au destin, qui m’a épargné là une information tout à fait superfétatoire. Outre que le dit Gallo s’est arrogé le droit de nommer l’un de ses personnages Dussert (seul le Belge Xavier Hanotte y est autorisé), j’ai été frappé par la manière de ce fournisseur de livres en gros & demi-gros en découvrant (le folio de la page du bouquin, qui pour moi restera éternellement sans titre, m’était caché par le bras du lecteur légitime) qu’il faisait dire à l’un de ses protagonistes que Nodier (Charles !) n’était jamais qu’un pâle imitateur de Chateaubriand. Ouiche, il faut le lire pour croire qu’on peut l’avoir lu. Ou quelque chose comme ça. Bref, Gallo est un galopin et sa culture un gruyère. De Nodier, conseillons lui tout spécialement, pour commencer, le Dictionnaire des onomatopées françaises (1808). C’est pas trop compliqué. Si le coeur lui en dit, il pourra s’attaquer ensuite à l‘Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux (1830), aux Mélanges tirés d’une petite bibliothèque (1829 ; rééd. Bassac, Plein Chant, 2000), et aux Études sur le seizième siècle et sur quelques auteurs rares ou singuliers du dix-septième (Bassac, Plein Chant, 2005). C’est un peu plus trapu que les onomatopées, mais avec un peu d’effort, Gallo constatera de quelle idiotie il a été capable et, le rouge au front, se taira. Enfin.

De notre côté, profitant de ce silence inespéré, nous dirons tout haut les grandes qualités d’une nouvelle et roborative édition de La Fée aux miettes, établie par Jean-Luc Moreau pour la maison Michel de Maule.
Notre Gallo national y trouvera de quoi se cultiver.

Charles Nodier, La Fée aux miettes, édition présentée et annotée par Jean-Luc Moreau. Paris, Michel de Maule, 2006, 302 p., 22 €