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Mot-clé - Charles Monselet

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vendredi 2 septembre 2011

Cinq heures sur le boulevard (Hector de Callias)

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Jolie heure et jolie comédie, Ponson décoré de frais disserte avec Monselet sur le style absolu ; Baudelaire, cheveux gris sur menton d'enfant de choeur, met en sonnet quelque crime biblique ; Gaïffe dit : — la femme est comme l'éléphant, car on l'aime et ça trompe ; un provincial explique sa passion éperdue à Trimm qui se défent ; Villemessant au bras du Second Albérique portant le Grand Journal comme l'Atlas d'Afrique, jette au premier kiosque un regard triomphant ; Nadar veut dans les airs chercher la république et Scholl dit à Langeac qu'il est un bon enfant.


Hector de Callias




samedi 7 août 2010

Dragon ivre (Charles Monselet)

MonseletDragonIvre.jpg



Dragon ivre


Un dimanche d'été, sur le quai Malaquais,
Derrière lui j'allais, et je le remarquais.
Vacillant, ce dragon se frayait des passages
A travers tout le monde, et gênait les gens sages
. Il suivait lourdement le long du parapet,
Et, de l'autre côté rebondissant, frappait
Les bancs verts du trottoir ou salissait aux ormes
Le cuir qui tapissait ses pantalons énormes.
Les litres avaient mis dans son regard l'azur
Qui fait que l'on réclame avec instance un mur.
Professeur de feston, artiste en astragale,
L'opinion d'autrui lui semblait fort égale,
Et ses gestes n'avaient rien qui leur commandât.
On devinait en lui, sous l'habit du soldat.
Un villageois sentant encore la luzerne.
Il murmurait ces mots : « Permission... caserne... »

Là-bas, de l'horizon descendant les degrés
Dans un entassement de nuages dorés,
Le soleil se couchait du côté de Grenelle ;
Mais cet astre indiscret offusquait la prunelle
De ce dragon. Son casque, essayant un essor,
Sur son front en sueur flamboyait, globe d'or.
Les passants s'en allaient dîner, et les familles
Évitaient le guerrier, surtout les jeunes filles,
Non pas que son allure eût rien d'inquiétant
Pour la pudeur... Jamais ! Lui, vertueux. Pourtant,
Il souriait aux voix qu'il paraissait entendre ;
A sa lèvre entr'ouverte un refrain semblait pendre.
Tel passait ce dragon, buttant à chaque pas,
Menaçant de crouler, et n'ayant même pas
Cet instinct révolté qui fait que l'on se cabre,
S'emberlificotant les jambes dans son sabre.


Charles Monselet

dimanche 25 juillet 2010

On rigole au Père Lachaise !

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Excellente matinée au Père Lachaise, sur les pas de Bertrand Beyern, conférencier expert en cimetières et en... humour noir.
Il est, on s'en souvient, le président du jury du Prix de l'Humour noir.
Sourire aux lèvres — on rit discrètement dans les nécropoles — nous avons pu constater lors de son "safari nécropolitain" du jour à quel point le public était pendu à ses mots, ses savoirs et ses anecdotes.
Comme le montre le document ci-dessous, les statues elles-mêmes l'écoutent avant attention...

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Un vrai bon moment.
Hélas, hélas, la visite a un terme — ce qui vaut mieux, peut-être...
Pour connaître l'agenda des prochaines visites, piquez des dix doigts vers son site. Une prochaine visite sera "nécropolissonne"...


Illustrations © Draco Semlich 2010.

vendredi 9 janvier 2009

Le Mariage de Charles Monselet (Georges Bodereau)

Le Mariage de Charles Monselet


Je viens de relire une page savoureuse de « Les Femmes qui font des scènes », une oeuvre amusante, facile et vraie du bon Charles Monselet. Je l'ai relue avec un vif plaisir, et, la folle du logis se mettant aussitôt à battre la campagne, les souvenirs accourent.
La génération présente ne connaît guère Charles Monselet que par un de ces sonnets impromptus qu'il semait un peu partout, dans lequel le spirituel épicurien qu'il fut chanta le cochon :
... animal-Roi, cher ange !...
Mais j'ai, moi, connu sur la fin de ses jours le brillant, encore que superficiel auteur de tant d'ouvrages, au demeurant délicieux, dont plusieurs eussent pu être des chefs-d'oeuvre, si celui qui les écrivit de verve ne se fut laissé dévorer au jour le jour par ce que l'on appelait alors « le petit journalisme » : La Franc-Maçonnerie des Femmes, la Bibliothèque Galante, Rétif de la Bretonne, Oubliés et Dédaignés, sa meilleure oeuvre... Peut-être même, si j'eusse été majeur, eussé-je partagé avec Paul Arène le délicieux auteur de Jean-des-Figues et du Parnassiculet contemporain, et Auguste Marteroy, l'honneur d'être témoin à son mariage. Mais je suis né en 1861, tandis que Charles Monselet naquit à Nantes en 1825, et dûs me contenter d'être spectateur ému.
Ah ! ce mariage ! C'est une des fleurs encore parfumées de l'herbier de ma prime jeunesse.
Le bon Monselet, vieilli, plutôt besogneux, pressentait sa mort. Il vivait, depuis nombre de lustres, avec une vieille compagne dévouée un peu plus jeune que lui, encore qu'elle apparut fort vétuste à mon avant printemps. Cette excellente personne répondait au prénom abrégé de Phémie. Sans doute avait-elle un autre patronyme. Mais si je l'ai jamais su, je l'ai totalement oublié, ne l'ayant entendu prononcer qu'une fois par l'officier de l'état civil. Il n'ajouterait, d'ailleurs, rien à l'intérêt de ce récit.
Monselet et sa compagne vivaient plutôt chichement là-haut sur les pentes de Montmartre. Recherché pour son esprit, Monselet n'avait point accoutumé de produire Phémie dans le monde. Toutefois nous la connaissions et l'estimions, car c'était une humible créature, affectueuse, modeste et charmante en sa simplicité.
Un matin, son ami lui dit :
— Phémie, aujourd'hui il faut te faire belle...
— Vrai, Charles ?
— Très belle. Nous allons à un mariage...
— Qui donc se marie ?
— Tu le sauras à la Mairie. C'est une surprise.
Phémie, obéissante, se fit donc belle. Elle portait ce jour-là un châle français, une robe simple presque neuve et avait, sous une capote à la mode de nos mères et de nos aïeules, soigneusemieint lissé ses bandeaux gris. Bras dessus, bras dessous, le couple se 1 rendit à la Mairie. Monselet avait arboré, lui, son haut-de-forme, sa redingote des fins repas et un gilet blanc repassé par sa compagne.
— Mais qui donc se marie, Charles, tu peux bien me le dire ?
— Chut ! C'est un secret !
Le secret fut révélé seulement devant Monsieur le Maire. Celui et celle qui se mariaient : c'étaient Phémie et son Charles. Son Charles qui, sentant ses forces décliner, s'était dit que ses amis, lui disparu, n'oublieraient pas Phémie, veuve de Monselet.
Cet épicurien était un digne coeur.
Et je ne sais rien de si touchant que le mot qu'eut, après les « oui » sacramentels, la vieille compagne, disant à son ami :
— Tu es bien gentil, mon Charles ! d'avoir pensé à çà ; mais, après si longtemps, était-ce bien la peine ?
Paul Arène, Marteroy, les deux autres témoins et moi, qui savions, avions des larmes aux yeux, et le nouvel époux un bon sourire à peine attristé.
Nous déjeunâmes aux « Vendanges de Bourgogne ».
Charles Monselet mourut quelques mois après et Phémie ne lui survécut guère.

Georges Bodereau

La Gerbe, n° 27, décembre 1920, pp. 72-74

vendredi 4 avril 2008

Le marketing ne date pas d'hier (de Monselet à Valorbe)

monselet.jpg La gastronomie de Charles Monselet, ou l'art d'accommoder une gibelotte.


Les lecteurs de La Littérature est mauvaise fille ou des mémoires d'Eric Losfeld, Endetté comme une mule, ou la passion d’éditer (Belfond, 1979), se souviennent peut-être de l'anecdote suivante :

François Valorbe (1914-1977), poète vivant de petits rôles au cinéma, se lança dans la rédaction de contes mi-fantastiques, mi-humoristiques teintés d’un surréalisme dont il côtoyait les troupes (2e génération). Losfeld laissa de lui le portrait suivant :

« Son honnêteté personnelle était innée, étonnante, car elle coïncidait avec une crédulité qui confinait à la jobardise. »

Or, en proposant à Losfeld onze nouvelles, Valorbe qui n’avait pas pris le soin de leur trouver un titre d’ensemble, fit feu de ses deux hémisphères pour les vêtir d’un intitulé ronflant. Ayant constaté que les livres concernant Paris ou Napoléon se vendaient très bien, l'imaginatif amateur opta pour un tonitruant Napoléon et Paris (Losfeld, 1959), titre qui, retenu, parut orné de filets Premier Empire.
Si la trouvaille lui valut une présence soutenue dans la vitrine de la librairie la plus proche de l’Ecole militaire, elle ne lui arracha aucun succès littéraire.
Cependant, l'idée n'était pas neuve.
On s'en est aperçu tout récemment en lisant le préambule des Ruines de Paris de Charles Monselet (L. de Potter, T. I, 1858).

Un libraire nous disait, il y a quelques semaines : — « En fait de romans, je ne veux plus éditer que ceux dans le titre desquels il entrera un de ces trois mots :
Le mot Femmes ;
Le mot Argent ;
Ou le mot Paris.
Avec un de ces trois substantifs, le succès d'un ouvrage est à peu près certain. »
Voilà pourquoi ce roman s'appelle les Ruines de Paris.
Est-ce à dire qu'il n'y soit question ni de Paris ni de ruines ?
Nous laissons à d'autres ce système de mystification. Notre titre est au contraire rigoureusement justifié, sinon dans le sens philosophique et allégorique auquel plusieurs personnes s'attendent peut-être, vient soudainement mettre à découvert la ruine morale à côté de la ruine physique, nos lecteurs n'en seront pas étonnés. Il est des tâches littéraires qui équivalent à des travaux d'assainissement.

Paris, 16 juin 1857.



Malicieux Monselet...

dimanche 24 décembre 2006

La littérature est mauvaise fille (Joyeux Noël aussi !)


(Michel NEDJAR, crayons noirs divers sur enveloppe, 16 septembre 2001, coll. part.)

Soyez chics avec votre Vous, votre Moi, votre Ça et votre Sur-Ça (sans parler de votre Monte-là-dessus)

Offrez-vous LA LITTERATURE EST MAUVAISE FILLE !

14 nouvelles increvables

Des présentations poilantes

Des bibliographies béton

Une couverture doublée d’un frontispice de Michel NEDJAR ! (ça c’est pas rien !!!)

Bref, pour ne rien vous cacher :

UN LIVRE DE PRESTIGE

équipé d’un sommaire de prestige

(que même l’ambassadeur qui frime avec ses Ferrero en aluminium doré y peut pas se le payer !)


Eric DUSSERT La Littérature est mauvaise fille. Illustration de Michel Nedjar. — Villelongue d’Aude, L’Atelier du Gué, 198 p., 19 €

Pour se le procurer :
Lekti-ecriture.com
Les éditions L’Atelier du Gué

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