L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Mot-clé - Charlement Ischir Defontenay

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi 24 novembre 2010

Les moustaches de Jean José Marchand

JJMarchand.jpg



En 1955, Jean José Marchand publiait son premier livre, illustré d'un dessin de Hans Hartung, La Vie aux frontières du poème, essais de prospection poétique (Paris, Editions de Minuit). Cinquante-cinq ans plus tard, instruit par l'expérience et ses innombrables lectures, il nous donne La Leçon du chat, une rapsodie, selon son propre dire, soit un recueil de pensées où tout lecteur - et sans doute tout homme - trouvera de quoi... se retrouver.
Entre son goût pour les femmes et son gout pour les livres, le matois Marchand livre là des "moralités" certes pas légendaires, mais foncièrement humaines : rapport au pouvoir, au doute, au savoir, à l'amour, au groupe et à l'autre... Tout à la fois "dans" et "hors", il se révèle l'homme d'une sagesse paradoxale, pas toujours synonyme de bienséance et encore moins de mondanité. Et ce livre est bien le fruit de sa pensée introspective et libre, celle d'un être autonome qu'il a su être, d'un être "moderne" (si ce mot a encore un sens) et passionné par la littérature. A commencer par Baudelaire.
Il semble bien difficile d'opposer quelque argument issu de la morale commune à ses constats... Dans son précédent opus, un roman de formation intitulé Le rêveur (Monaco, éditions du Rocher, 2001), Jean José Marchand prenait contact avec son lecteur sous les auspices d'Onan, ce qui n'est pas peu... frontal, si l'on ose dire. Mais Jean José Marchand ne cherche pas à séduire. Il n'en est sans doute que plus séduisant, et captivant, si l'on en croit la psychologie féminine. Il dit sans s'embarrasser de filtres ce qu'il a en tête et l'on imagine aisément qu'il se réjouit à l'avance des réactions que ses honnêtetés (plutôt que provocations) pourraient lui valoir. De fait, mû par une irrépressible curiosité, il n'en a jamais fini d'observer son monde, et lui-même. Ceux qui l'ont croisé savent qu'il a toujours un peu l'air du chat qui se pourlèche.

Pour échantillon, ces fragments :

La facilité avec laquelle il se console de la perte de ses amis l'effraie

Impossible de trouver un "centre" à ce qu'il est en train d'écrire.
Le personnage est en miettes.

Ecrire ces pages sur lui-même est vraiment ridicule ; celui lui semblerait indécent chez un autre. Pourtant il est modeste, il l'a constaté cent fois. Peut-être le choix de son sujet (lui-même) est-il simplement lié à son incapacité à peindre les autres ?

La métaphysique a bon dos. Peut-être les récits de Kafka (pour admirables qu'ils soient) ne le sont-ils que parce que l'auteur était incapable d'observer et de peindre de vrais Pragrois et de vrais Juifs, dans leur vie quotidienne, avec leurs grandeurs et leurs petitesses.

Pourquoi avec certaines femmes est-il allé jusqu'au mariage, alors que d'autres, tout aussi attrayantes, et même, pour certaines, remarquables, lui apparaissaient comme de simples aventures ?

Culturel est le contraire de "cultivé".
La frénésie de "culture" lui a semblé et lui semble le contraire de la culture qui est méditation solitaire et acquisition patiente. Le mot même, pris dans le sens de civilisation, le fait fuir.



Il faut rappeler que Jean José Marchand a été journaliste et a procédé, dans le cadre de ses activités de chef de service à l'Office de radiodiffusion-télévision française, à un grand nombre d'entretiens avec des personnalités culturelles, les "Archives du XXe siècle". Cet impressionnant ensemble documentaire est absolument passionnant. C'est d'ailleurs une source capitale qu'il faudra bien pouvoir mettre à disposition du public un jour ou l'autre (1).
Faute de se lancer dans ces lectures ou auditions extraordinaires (une poignée de ces entretiens a tout de même paru sous forme de livre ou de dvd), les internautes ont tout loisir de consulter sur le site de l'INA quelques-uns de ces documents précieux.


(1) Un projet d'édition de ces entretiens sous forme de livres a été envisagé mais n'a pas vu le jour. Les tapuscrits sont néanmoins accessibles à l'IMEC.

(2) Il faut ajouter à la bibliographie de J.-J. Marchand les opus suivants :
Marcel Astruc Trois mois payés. Postface de Jean José Marchand (Le Dilettante, 2009)
Pascal Pia Poèmes et textes retrouvés (Les Lettres nouvelles, 1982)
Charlement Ischir Defontenay (1819-1856) Star ou Psi de Cassiopée, histoire merveilleuse de l'un des mondes de l'espace. Préface par Jean José Marchand (Denoël, 1972)
Et aussi Elisabeth de Vautibault, André Du Bief, Georges Hyvernaud, etc.



Jean José Marchand La Leçon du chat, rapsodie. - Paris, La Différence, 79 p., 12 €