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mercredi 6 juin 2007

Loulou Hebdo (Maurice Roche sans filtre)


C’est un peu pour Michel Pierssens, outre-atlante exégète de Maurice Roche, que nous nous empressons (?) de mettre ce billet en ligne. Celui-ci était en cours de rédaction depuis longtemps déjà, mais il nous y fallait faire preuve d’intelligence. Or, chacun sait que par les temps qui courent, nous disposons bien peu de cette matière rare. Mais nous ne sommes pas les seuls : à l’exception d’un article, la publication du Loulou Hebdo de Maurice ROCHE (1924-1997) n’a pas électrisé la confrérie des rédactions…
Qu’y faire ?
Réagir, oui, bien sûr… mais tout de même, hein, les bras nous en tombent. On trouve le temps de célébrer tel foire au blabla installée sur les tréteaux du thème “roman et réalité” (roman et réalité !!!??) à pleines pages, et on ne prend pas la peine de lire un inédit peu épais de celui qui, plus que beaucoup, a révolutionné chez nous l’esprit du livre. Passons.
Comme nous tentions de l’indiquer en avant-première, c’est un authentique document de l’histoire littéraire du XXe siècle que nous apportent les éditions Passage d’Encres avec Loulou Hebdo. Ce journal, composé tendrement au seul usage de la mère de l’auteur restée à Clermont-Ferrand, à la main, et bricolé parfois en couleur, est bien de prime importance. La preuve, Maurice Roche l’écrit lui-même :

« C’est un journal à lire au lit, le soir, bien peinarde. »

Alors, bien peinard à la terrasse d’un café, on lit Loulou Hebdo. Et on y apprend mille chose primordiales de Maurice Roche, ce très grand écrivain français du siècle dernier, à commencer par ses sensations, ses impressions, sa vie quotidienne durant quelque treize semaines, ses difficultés, ses écritures et ses travaux nourrissiers (collection de disques, rédaction d’argumentaires de pochette, traduction avec sa compagne Violante d’un roman de Jorge Amado, chroniques musicales pour le portugais Diario Lisboa, et sa fiction en cours, publiée en feuilleton, « La Nuit de sable », etc.). C’est

« Chaque semaine les détails de l’aigresistence de Mauriçou. »

Et ces détails, parfois, montrent le plaisir que prenait Roche à amuser sa lectrice.

« Vendredi 24 avril (1959)
« Lévi-Alvarez nous a invités à un cocktail d’un de ses poulains : un certain Romano qui a enregistré chez lui des disques de musique italienne du folklore. Ce Romano fait de la peinture fort moche d’ailleurs. Enfin ! on a bu un peu de champagne - ça fait toujours plaisir. Note que le champagne n’était pas très bon non plus ! Il était tiède ! »

Au-delà des avanies de la vie mondaine d’un jeune couple désargenté, on nous met le nez, immense de curiosité, sur ce que pensait Maurice Roche d’Henri Pichette, de leur collaboration, de son attente du fruit des lents travaux d’écriture de son ami Roger Giroux, de ses dîners avec Jean Paris, Edouard Glissant, Jean Laude, un “jeune crétin” nommé J. F., Clarisse Francillon, Nadine Berthier, Marina Scriabine, Matarasso, Maurice Petitpas, François-Régis Bastide (qui paume le manuscrit du Monteverdi de Roche), Romain Weingarten, Camille Bourniquel, alors meneur d‘Esprit qui commande à notre auto-reporter un numéro sur la musique contemporaine.
Bref, c’est une jolie scène de groupe, un sympathique autoportrait à rebours, un travellingue momentané sur le galop préparatoire de Maurice Roche, homme de coeur et écrivain de talent en devenir, un document exceptionnel d’avant Compact (Le Seuil, 1966). Un livre incontournable, à coup sûr, qui nous a plus passionné que les déblablas sur le roman et la réalité.
Quelle réalité d’abord ?



Maurice ROCHE Loulou Hebdo. Présentation de Bruno Cany, suivie d’un texte de Jean-Pierre Faye. Passage d’encres, 2007, coll. “Trace(s)”, 96 p. 25 €. Treize numéros en fac-similé quadri.



N. B. Empruntées à Poezibao, ces informations sur Roger Giroux, né dans l’Ain en 1925. Il a été l’un des grands traducteurs de la littérature anglo-saxonne, donnant l’édition française du Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, une partie importante de l’œuvre d’Henri Miller, mais aussi Edna O’Brien, etc. Il publie L’arbre le temps en 1964, le reste de son œuvre étant pour l’essentiel posthume. Il est mort en 1974.
Bibliographie
L’arbre le temps (Mercure de France, 1964).
Voici (Le Collet de Buffle, 1974).
S (Orange Export Ltd, 1974).
L’arbre le temps, suivi de Lieu-Je et de Lettre (Mercure de France, 1979).
Et je m’épuise d’être là (Unes, 1982).
L’Autre temps (Unes, 1984).
Ptères (Unes, 1985).
Journal du poème (Unes, 1986).
Soit donc cela (Unes, 1987).
Blank (Unes, 1990).