L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Mot-clé - Céline Minard

Fil des billets - Fil des commentaires

mardi 30 août 2011

La Jactance selon Minard

minardsolong.jpg




A ce qu'il semble, la critique qui s'imprime n'a guère fait de progrès ces derniers temps.
Étonnamment, et même très étonnamment... ne sommes-nous donc pas embarqués dans un monde qui progresse, qui avance, qui fait toujours mieux ? Étrange exception que ce champ d'activité rédactionnelle réputé d'intelligence et de savoir, voire d'instinct, qui donne l'impression de patauger dans la convenance et la logorrhée plutôt que de permettre l'illumination des esprits, ou, plus modestement, leur information.
C'est la parution de deux livres de la brillante Céline Minard, So long, Luise et Les Ales qui nous fait nous interroger de la sorte - et songer par devers nous que les lecteurs sont souvent beaucoup plus pertinents que les professionnels du donnage d'avis. Parce que ça ressemble beaucoup à ça : de la tentative de trafic d'influence par des cerveaux mous, et indifférents, au fond, à ce qu'est la littérature.
Pour les avoir lus attentivement, nous savons que ce qui a été signé Macaron et Coussin témoigne d'une incapacité à lire assez dramatique. Et on n'a pas osé faire le tour de la presse nétique... C'est embêtant tout de même quand on est "critique littéraire"'. Cette incapacité est d'autant plus troublante que les livres de Céline Minard sont aussi francs du collier que nets de talent et de problématiques. Comme d'habitude (voyez Bastard Battle, Olimpia ou Le Dernier Monde), on tombe dedans et on court. On est refait, on est eu, on galope, on est stupéfié : elle a osé !

Une fois encore, elle a osé !

Oui, il fallait s'y attendre : Céline Minard ose et c'est le moindre de ses charmes. Ajoutez à cette audace de fictionneuse l'humour, une morgue souriante, une culture étendue, un esprit joueur et le sens combinatoire très développé, vous obtenez des proses ambitieuses, fortes, originales. On ne voit d'ailleurs guère quel autre créateur serait aussi puissamment innovant chez les auteurs français d'aujourd'hui (mais nous sommes prêts à lire tout opus qui nous serait conseillé).

En substance, et techniquement parlant, So long, Luise est un roman sous forme de lettre testamentaire et Les Ales, une "chasse-galerie" (nous allons y revenir). Dans le premier, une vieille écrivain internationale écrit une dernière lettre à son amante où elle éclaire quelques pans obscurs de son existence ignorée, où elle fait le point sur certains épisodes de sa vie, où elle lui rappelle les plus extraordinaires moments qu'elles ont traversés. D'un braquage à un sabbat gastronomico-clastique en pleine nature, on avance de surprise en surprise, d'autant qu'il faut ramper en passant par les tunnels fréquentés par Alice. Y vivent des peuplades souterraines d'origine assurément utopiques dont la narratrice confie avoir pris le commandement par astuce...

Il faut dire qu'elle est rouée, la vieille escroque. Elle a vécu de vols et de combines autant que de droits d'auteur, par jeu et par nécessité de faire bouillir la marmite d'ailleurs - et elle est sacrément fine gueule ! Le récit de ses braquages est tout simplement épatant : elle a mis au point une méthode à elle, nommée "la jactance", un art oratoire (et dépouillatoire) qui consiste à interloquer ses victimes à coup de récit à tendance mythique, grandement fictionnel voire fantastique. C'est, du reste, le coup qu'elle nous a fait à nous aussi, lecteurs que nous sommes, en donnant à ses récits une profondeur "grand large", si l'on ose dire. Car son mode opératoire tout problématique interroge la réalité mais encore la littérature - et c'est cela qui, justement, rend les deux livres particulièrement intéressants. Avec Les Ales, Céline Minard donne à la parole un pouvoir étourdissant, pour ne pas dire chamanique, ravissant, au sens étymologique, subjuguant. Et par ici la monnaie !

Second livre signé Céline Minard de cette étonnante rentrée, Les Ales a été conçu à quatre mains avec l'artiste scomparo. Dans une imbrication subtile avec le roman, c'est une "chasse-galerie" comme vous n'en avez jamais lue, un long fleuve de créatures issues des marais de la Brenne, dans le Centre. On y retrouve cet usage magistral de la parole prenante qui, déjà, donnait le tempo de Bastard Battle et d'Olimpia.

De cet étourdissant spectacle, on a deviné les prémices dans So long, Luise, lorsque les deux amantes visitent les territoires souterrains de leur ermitage. Mais ici, c'est une "jactance" mise en pratique vraiment, et celle-ci nous plonge au cœur de la périlleuse République mystérieuse des elfes, faunes, fées... du pasteur écossais Robert Kirk.

Pour bien faire, il faudrait user de citations pour vous éclairer encore. Nous y reviendrons dans les jours qui viennent. Après tout, nous ne sommes pas limités ici par les bords de la page... Mais vous pouvez aussi filer du côté de la première librairie venue...



(1) Robert Kirk (1641?-1692) République mystérieuse des elfes, faunes, fées et autres semblables. Traduit de l'anglais par Rémy Salvator, P., Bibliothèque de la Haute Science, 1896 ; Courbevoie, Durante, 1998, 22 €


Céline Minard So long, Luise. - Paris, Denoël, 250 pages, 17 €

Céline Minard et scomparo Les Ales. - Paris, Cambourakis, 96 pages, 16 € Parution le 7 septembre.


CM2011Al.jpg

mardi 19 juillet 2011

Céline Minard sera de la rentrée

CM2011Al.jpg



Si la météo est d'automne, la littérature que s'envoie ces jours benoits le Préfet maritime l'est aussi...

Il a en main les deux nouveaux opus de Céline Minard qui paraîtront à la fin du mois d'août et s'en trouve fort bien.

Le premier des deux s'intitule So long, Luise, le second Les Ales. Tous les deux manifestent la nette irruption du fantastique dans l'oeuvre de Céline Minard. Selon deux modalités bien distinctes d'ailleurs — Les Ales est une oeuvre de collaboration avec l'artiste scomparo — comme on pourra s'en rendre compte dans le dossier du Matricule des Anges de la rentrée. Oyez.

Deux surprises adoncque qu'il faudra attendre un gros mois. Vous tiendrez ?


Céline Minard So long, Luise. — Paris, Denoël, 222 pages, 17 €
Céline Minard et scomparo Les Ales. — Paris, Cambourakis, 96 pages, 16 €

mercredi 1 juin 2011

Quelques bonnes raisons de se réjouir

Gambini.jpg



Les livres de Pavupapri découverts au marché de la popoésie, c'est-à-dire la production joliment miniature de l'illustratrice Cécile Gambini qui tient blog et affiche son catalogue ici et de Stéphanie Ferrat.

Un article de Christian Laucou détaillant le cas d'Un autre exemplaire de ''Mes états d'âme ou les Sept Chrysalides de l'extase'', fameux sujet d'interrogations.

L'annonce de la parution chez Dupuis d'un collectif qui promet d'être passionnant, Comment je me suis fait plaquer..., et de l'exposition-vente des planches originales à la Galerie des Arts Graphiques (vernissage le vendredi 3 Juin à partir de 18h30, exposition jusqu'au 11 juin), 4 rue Dante, Paris Ve.

La correspondance Roger Gilbert-Lecomte/Léon Pierre-Quint aux éditions Ypsilon

La double publication annoncée d'oeuvres de Céline Minard en août chez Denoël et Cambourakis.

Le week-end prolongé qui s'annonce ensoleillé.

De belles rencontres lors du décrochage d'une exposition d'artistes japonais...


La vie est très belle, n'est-ce pas ?




CGambini1.jpg

lundi 8 février 2010

On en rêvait : Olimpia de vive voix !

CeMiOl.jpg




Les anathèmes de la Maidalchini vont déchirer vos tympans !


N'est-ce pas une excellente nouvelle ?

La comédienne Nathalie Richard lira le terrible nouveau livre de Céline Minard, Olimpia, le vendredi 19 février prochain, au MK2 Quai de Loire (Paris, Mo Jaurès), à 19 h 30.

Oyez ! Tous au gueuloir !


Céline Minard Olimpia. - Paris, Denoël, 91 pages, 10 euros

mardi 26 janvier 2010

Diatribe italienne (Céline Minard)

CeMiOl.jpg



Avec Olimpia, Céline Minard pousse une nouvelle fois son avantage. Elle est désormais loin devant la cohorte terne des faiseurs de livres d’aujourd’hui. Mettons de côté ceux dont l’objectif n’est pas de proposer du nouveau en littérature, mais de raconter le plus simplement possible des histoires, et examinons les alchimistes et les orpailleurs : qui, parmi eux, évolue aussi admirablement que Céline Minard ?

Nous laissons à d’autres le soin de répondre puisque nous n’avons pas tout lu (et de 1), et que nous ne voyons raisonnablement pas qui pourrait prétendre occulter Céline Minard (et de 2). Rien ne vous empêche de nous proposer quelque nom…

Avec Olimpia, Céline Minard a mis à profit son séjour à Rome (Villa Médicis, où elle a dû faire l’effet d’un dragon dans un magasin de soieries) pour dire toute sa détestation de… Rome. Ou tout au moins son goût pour le verbe fort, poivré, pimenté, contondant, coupant, estourbissant et certaine répulsion du topoï de la belle ville. Il devrait d’ailleurs avoir fait long feu depuis le passage de M. Beyle : pschiitt…

Pour aller au plus court, déclarons que ce nouveau livre est tuant, dans toutes les acceptions du terme, et que l’on se trouve (comme d’habitude) emporté par sa seule volonté. Car il est clair que Céline Minard décide de tout et qu’il ne viendra pas aux lecteurs l’idée de chipoter ci ou çà. Avec Olimpia, comme avec Bastard Battle, on ne discute pas, on admet et on se coule dans le flot, ou on crache le morceau pour aller lire les bouquins conseillés avec émotion par la presse magazine littéraire de littérature. Question de tempérament et de résistance à l’originalité.

Nous n’allons pas nous étaler encore sur la puissance littéraire de Céline Minard. Sur ce point, les aveugles finiront par voir et les sourds par entendre. Nous sommes ici, à l’Alamblog, très confiant sur ce point. Ajoutons tout de même que cette Olimpia n’est autre que la Maidalchini (1592-1657), la fameuse papesse du sacripant Innocent X. Le monologue offert ici est celui de cette femme conduite par l’échec à une folle diatribe, incendiaire, brutale, somptueuse comme une défenestration, une éventration, un écartèlement. La haine y brûle tout, c’est très beau.

Ceux qui ont déjà lu les proses de Céline Minard savent à quoi ils peuvent s’attendre.

On comprend leur impatience *.



Céline Minard Olimpia. - Paris, Denoël, 91 pages, 10 euros


  • Mis en vente le 5 janvier, le livre est… en cours de réimpression.

Post-scriptum pour les rieurs
On a lu quelque part que Céline Minard n’avait pas raté son “travail de dynamitage de la langue” cette fois-ci. Oui, amis nautes, il est consternant de lire une chose pareille. Outre que l’expression est doublement désagréable à l’oreille et à l’esprit, on s’esclaffe en effet (lolement, forcément) à l’idée que quelqu’un a pu croire que Céline Minard aurait foiré Bastard Battle ! Et du point de vue du “travail de la langue” encore ! Là, on se roule par terre… Oui, mes frères, aux étourneaux rien d’impossible, aux kangourous non plus. Notre petit doigt ne serait pas étonné que l’auteur d’une pareille bêtise soit un adepte des portes ouvertes du “pour moi l’écriture tu woua” , le débat nombriliste gluant dans lequel se contorsionnent depuis des décennies les langues-de-bois de la littérature, les petites-gouttes de la plume, les tracassins de l’imagination.
Si l’on avait du temps, nous en réserverions un peu pour pondre l’anthologie des conneries gratinées énoncées et rédigées sur ces deux gimmicks fondamentaux du Temps Stérile : “Pour moi l’écriture tu woua” et “Le travail de la langue”.

Nous songeons aux mânes de Gide et à Ehni qui pourraient s’en donner à coeur joie de nouveau !

- Qu’est-ce que tu fais en ce moment ?
- j’ai décidé de me consacrer au travail de ma langue.
- trompette ?
- Non, littérature.
- Non ?
- Si !
- Merde…

Passons, nous n’allons pas dévoiler illico notre projet “P”. Précisons donc une bonne fois pour toutes que Céline Minard ne “travaille” pas au “dynamitage de la langue” sans parvenir à ses fins.
D’ailleurs, qu’on nous signale ici et maintenant l’équivalent qu’elle aurait aujourd’hui en France en terme d’audace, d’originalité et de plaisir donné à ses lecteurs ?

A mon avis, vous pouvez ramer pour répondre à cette question.
Et n’essayez pas de nous fourguer le nom d’Haenel, s’il vous plaît.

lundi 19 octobre 2009

Ce biographe imaginaire de Schwob (inédit)

SchwobVies.jpg



Cet automne les inédits de Marcel schwob pleuvent.
Après le conte érotique Maua, dont nous parlions naguère, c’est une version alternative de la préface aux Vies imaginaires qui voit le jour grâce à l’association des marcelschwobiens.
Servi en prime aux membres de l’association - dont l’assemblée générale se réunira samedi 24 octobre 2009 au 15 h 30 au domicile de sa responsable à Poissy -, le fac-similé du texte (fourni par un “coll. part” initialisé E. W.), imprimé par Du Lérot, en Charente, accompagne le deuxième numéro des Cahiers Marcel Schwob consacré aux Vies imaginaires.
Schwob sera bientôt à la Une chaque année.


La prime de l’Alamblog
On s’est laissé dire que l’incipit du prochain roman de Céline Minard, Olimpia, à paraître en janvier chez Denoël, est issu des Vies imaginaires.

samedi 8 août 2009

Lectures d'été : Céline Minard

Celine_Minard.jpg



Pour ceux qui auraient raté son édition originale, voici la version poche de l’avant-dernier livre de Céline Minard.
De l’aventure à deux pieds. Avec des pattes, des roues, des rotors et des palmes.
Des palmes ?

Céline Minard Le Dernier Monde. - Paris, Gallimard, coll. “Folio” (n° 4926), 451 pages, 7, 60 euros

Et aussi

Céline Minard Bastard Battle. - Paris ou Paris, Dissonnances ou Léo Scheer, 112 pages en couleurs ou 103 pages, 20 euros ou 12 euros

vendredi 12 juin 2009

C'est ce soir !

FabIce3.jpg



Rendez-vous à la galerie Objet Trouvé, de 18 à 21 heures, où nous serons accueillis par le maître de maison, Christian Berst, pour fêter la parution de la troisième livraison de La Fabrique des Icebergs.
Tous ne viendront peut-être pas, mais sachez toujours qu'ils sont au sommaire du numéro : Benjamin Franklin (lui a déjà déclaré forfait), Dominique Poncet, Céline Minard, André Derval, Anne Serre, Jean-Baptiste Para, Sylvaine Viel-Notte, Pierre Vella, Philippe Garnier, Séverine Weiss, Karine Lanini, Christophe David, Christian Laucou, Florent Chopin, Malek Abbou, Guy Girard, Gilles Desrozier et le Préfet maritime.


Galerie Objet Trouvé-Christian Berst
24 rue de Charenton
75011 Paris (métro Bastille)

La Fabrique des Icebergs (n° 3)
16 pages, 3 euros

samedi 29 novembre 2008

Jules Mougin (derniers jours)

mougin.jpg



La bibliothèque municipale de Pouancé clôt son exposition Jules Mougin, artisan des lettres, le 30 novembre prochain… c’est-à-dire demain. Personnellement, on s’en souviendra de ne pas avoir pu aller à Pouancé…

On se consolera en allant peut-être jeter un oeil au salon LightFanette Mellier, graphiste à qui l’on doit l’impulsion première de Bastard Battle de Céline Minard, récemment primée par la mention spéciale du Prix Wepler

Le Salon Light se tient au Point éphémère (200 quai de Valmy 75010 Paris) les 28, 29 et 30 novembre après-midi, avec, samedi 29 à 15h30 : concert du label Rolax
Ca nous consolera peut-être un peu d’avoir raté l’expo Mougin…

lundi 9 juin 2008

Rectificatif : Fanette Mellier publie Bastard Battle (un projet en marche)

BBmmeelliieerr.jpg


Contrairement à ce que nous annonçions, Bastard Battle de Céline Minard paraîtra bien le 25 août chez Laure Limongi... après avoir paru chez Dissonances.
Pour tout dire, Bastard Battle vient de paraître.
Tout cela est beaucoup moins compliqué qu'il n'y paraît, vous allez voir :
Ce court roman de Céline Minard est le fruit d'une commande de Fanette Mellier, graphiste en résidence au Pôle graphisme de la ville de Chaumont, dont le projet s'intutile "Fictions (des livres bizarres)".
Avec Céline Minard (après Eric Chevillard), Fanette n'aura pas été déçu car ce livre est non seulement, mais aussi étonnant, puissant, énergique et curieux.

En somme, vous n'êtes pas du tout obligés d'attendre le 25 août pour lire ce texte fou puisqu'en existe déjà l'édition originale, qui pourrait être dite "de chapelle" s'il était moins tiré. L'édition de LL (Laure Limongi) sera une édition courante sans reprise des inventions graphiques de Fanette Mellier. On se demande maintenant si ça n'est pas un peu dommage.
Mais il ne faut effaroucher mesdames et messieurs les libraires, c'est entendu.
Et nous répétons, toulitoulitouli, la véritable édition originale de Bastard Battle , tirée à 1000 exemplaires, est donc bien celle dont les références suivent :


Céline MINARD Bastard Battle. - Chaumont, Dissonances-Pôle graphisme de Chaumont, juin 2008, 120/180 mm, couverture noire, vernis mat recto et brillant verso, estampage noir du titrage, 112 pages intérieures imprimées en 3 tons directs, tranche colorée noire. Prix de vente: 20 euros

Éditions Dissonances
7, rue de la Santé, 75013 Paris
01 43 25 89 05

Pour en apprendre davantage sur ce partenariat inhabitule, vous trouverez ci-dessous les déclarations d'intention de la graphiste et de l'auteur.

Lire la suite...

- page 2 de 3 -