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mercredi 15 avril 2015

Streff sans tabou

strefftheo.jpg



Il y a longtemps qu'un livre aussi potentiellement scandaleux n'avait pas poussé avec fracas les portes vitrées de la librairie françouaise. Un livre potentiellement scandaleux, nous voulons dire par là une fiction dépeignée, râblée, cousue d'injonctions et de trouble, soufrée, jaillissante en giclées acides ou en sanies écœurantes, un livre qu'on n'offre pas, en général, à sa mère.
A moins d'être l'enfant de Gabrielle Wittkop, de Genka ou de Bienvenu Merino.
Il y eut une histoire d'épi, le récit d'une diarrhée au Mexique ou de torture appliquée au jeune âge et puis, finalement, on s'était remis à Sade pour faire semblant de toucher l'inatteignable.
Un récit court et dense comme un galet vient cependant briser la sereine platitude de l'étang en y formant quelques cercles, c'est Théorème de l'assassinat de Jean Streff. Récit d'une solitude cauchemardesque, du huis-clos d'un esprit obsédé par l'égorgement au rasoir. Et au moment où est diffusé Le Challat de Tunis, film édifiant de Kaouther Ben Hania, ce projet laisse d'autant moins indifférent.
Claude Louis-Combet, qui signe la préface, a trouvé les mots pour décrire simplement ce livre qui pourrait aux âmes mal cuites paraître posé au-delà des possibles : « Le récit de Jean Streff n’est en rien une apologie du crime. C’est une mise en scène de cauchemars sanglants pour un théâtre nu et solitaire : celui de l’existence — là où se répète obstinément la terreur d’être né et où la violence demeure l’ultime invocation. »
Spécialiste du sadomasochiste, Jean Streff est (assez naturellement) allé jusqu'au bout de son inspiration, et il nous propose un livre-limite, à n'en pas douter. Nous n'allons pas en offrir d'extrait comblé d'effroi et de fantasmes. Nous nous contenterons de livrer cette piste que le Moi nu fait ici ce qui lui passe par la tête, sous les étoles mêlées de la folie et d'une certaine poésie.

Vous l'aurez compris, il faut désormais ajouter le nom de Streff à la liste des auteurs... singuliers. Les lecteurs du Nécrophile, par exemple, s'y retrouveront aisément. A ce titre, un entretien paraîtra dans le prochain numéro du Matricule des anges où sera exposée l'histoire chaotique du manuscrit de ce Théorème terrible.


Jean Streff Théorème de l'assassinat. Préface de Claude Louis-Combet. - Arras, Les Âmes d'Atala, 2015, 124, 11 €

La couverture d'une édition avortée :
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jeudi 15 février 2007

Sous le signe de Botul


Tout à nos recherches damourézikiennes, nous faîllimes ne pas prêter attention au monde qui nous entoure.
C’eût été truffe : la bobine qui me sert de table basse a le sourire, les cormorans déménagent grave sous le soleil doux, le merle des îles est de retour et nous le fait savoir (une photo bientôt), la mer est à peu près étale et les pirogues se dispersent chaque matin aux trois azimuths que nous offrent l’horizon. C’est bath.
Plus bath encore cette vidéo de Joyce et Beckett en pleine “conversation” transmise par le nostromo dubeaumonde, les derniers billets du blog du Copain de Doisneau consacrés à Gaston Chaissac et Romi, avec de très belles images, et la campagne tabagique de La Boîte à images.
La vie est belle sous les tropiques.

P. S. Transmise par la malle-poste internautique, cette coupure du Canard enchaîné signée Frédéric Pagès, qui nous fait rudement plaisir. La belle occasion de vanter à nouveau les vertus des deux superbes livres de Bienvenu Merino, Diarrhée au Mexique dont nous eûmes, souvenez-vous, l’occasion de vous parler naguère, et du Mexicain Enrique Serna, Amours d’occasion : des nouvelles caustiques au poil. La Mauvaise fille, elle, est là : .

jeudi 7 décembre 2006

Michel Surya nous écrit (à propos de Bienvenu Merino, de Maurice Blanchard et des difficultés de respirer en Leoscheerie)

Le Préfet maritime a reçu avec beaucoup de surprise — touché pour parler droit — cette lettre que Michel Surya, biographe de Georges Bataille, essayiste, directeur depuis 1987 de la revue Lignes et des éditions subséquentes, a jugé bon de lui mettre à la poste :

Merci, cher Eric Dussert, pour Diarrhée au Mexique (1), que j’ai lu, qui est impossible, qui me touche, et qu’il faut féliciter l’éditeur d’avoir publié.
Merci aussi pour l’article sur Maurice Blanchard, qu’on ne peut pas écrire en effet, et que vous avez pourtant très bien écrit (2). Je suis, comme vous, l’un de ses lecteurs et admirateurs (il vient dans ma bibliothèque juste avant le prévisible et presque homonyme Maurice Blanchot).
Puis-je vous prier de saluer Bienvenu Merino pour moi. Je vous en saurais gré.
Lignes s’arrête, comme vous devez le savoir. Peut-être définitivement. Ainsi sont les choses.
Amicalement
Michel Surya
Le 13 XI 06

Et là, allongé sur la plage, le crâne protégé des horions du grand blond par un palmier au tango souple, nous nous prenons à songer…
N’est-il pas curieux, pour ne pas dire très curieux, voire interloquant, que ceux-là mêmes qui se sont répandus tout azimut à l’annonce de la disparition des éditions Al Dante, ne signalent pas sur le même ton éploré le péril de Lignes ?
Que penser de ce traitement deux poids deux mesures ?
En nos îles, nous nous perdons en supputations.
D’autant que Lignes manquerait vraiment au paysage éditorial.
Sans nous faire trop dillusions sur le pourquoi du comment de cette négligence de nos patentés signeurs de pétitions à répétition tout à coup bien taiseux.
Aussi l’Alamblog souhaite-t-il à Michel Surya et à son équipe de retrouver rapidement un hâvre accueillant et paisible.
Pour l’heure, et afin de ne pas vouer ces livres au placard de la diffusion du livre — qui s’y connaît bougrement en matière d’enfouissements anthumes —, signalons les récentes et remarquables publications des éditions Lignes :

Paule THEVENIN Antonin Artaud, fin de l’ère chrétienne. Préface de Michel Surya. — Paris, Lignes-Léo Scheer, 302 p., 19 €
“Georges Bataille a parlé un jour, après la guerre, tard en somme dans cette histoire, de la possibilité d’un “grand surréalisme”. Comme s’il regrettait que Breton n’eût pas pu incarner plus qu’un “petit” surréalisme” (extrait de la préface). Réunion des écrits de Paule Thévenin, l’éditrice d’Artaud, sur Antonin, le grand hérétique.

Georges BATAILLE Charlotte d’Ingerville, suivi de Sainte. Postface de Michel Surya. — Paris, Lignes-Léo Scheer, 80 p., 14 €
Deux érotiques qui dormaient jusqu’ici dans l’un des douze volumes des oeuvres complètes de Bataille.

“— Veux-tu faire ça ? me demandait Charlotte.
— Bien sûr”, répondais-je.

Donnons aussi cet extrait vidéo d’un fragment de lecture par Michel Surya d’Exit car il ne sera pas inutile de rappeler que Michel Surya est l’auteur de deux textes charnels, si ce n’est érotiques, de haute lignée qui méritent mieux qu’un succès d’estime. Ils nous ont enthousiasmé lorsqu’ils ont paru, enthousiasmants qu’ils sont, et ils nous ont troublé, troublants qu’ils sont.
Exit. — Paris, Séguier, 1988.
Les Noyés. — Paris, Séguier, 1988.
Tous deux repris en un volume (pour la faible somme de 10 €) chez Farrago/Léo Scheer en 2001 avec une préface de Bernard Noël.

Et maintenant, tous chez vos libraires, et que ça saute.

Nota bene Farrago donne de son côté Le Gros orteil de Bataille associé à Les Sorties du texte de Roland Barthes, propos sur le doigt de pied cité plus haut, le tout présenté par Jean-Pierre Cometti (69 p., 8 €).

Notes du Préfet maritime
(1) Bienvenu MERINO Diarrhée au Mexique, précédé de “Scandale du beatnik”, par votre serviteur — Villelongue d’Aude, L’Atelier du Gué, 2006, 64 p., 7 €, comme chacun sait.
(2) Votre serviteur rougissant, “Le Mur de la honte”, Le Matricule des Anges (n° 78, novembre-décembre 2006, p. 48), à propos de la réédition de “La Hauteur des murs” de Maurice Blanchard (Le Dilettante, 2006).

jeudi 9 novembre 2006

Bienvenu Merino non plus (les prix littéraires)

Et savez-vous quelle est la réponse de Bienvenu Merino à Jonathan Littell ?

La même que celle de Gutenberg.

A l'occasion de son prix Goncourt, le Préfet maritime lève son verre en l'honneur de Bienvenu Merino
Santé ! sağlığına ! şerefine ! Skol ! Skâl ! Santoeter ! A vetre bae ! Santat ! Chindâ ! Longo-mai pèr vautre ! Pròsit ! Salud! À sua saúde !Salute ! Noroc ! În sănătatea voastră ! Cheers ! Proost ! Gesondheet ! Prosit ! Gsuniit ! Drink hael ! Yec'hed mat ! Iechyd da ! Sláinte ! υγειά σου ! Ձեր կենացը !Gëzuar ! Hа здоровье (na zdarovyé) ! Живели ! Sveikatą ! yaba outkouge ! tchiyarse ! Sijás ! לחיים ! صِحّة ! كاساك ! Egészségére ! Sağlığınıza ! Эрvvл мэндийн тøлø ! 乾杯 / かんぱい ! Quviasugitsi ! Kyé rang ki dé tang la ! Hoan hô ! Siyajabula ! Osasuna !

(Finalement, c'est peut-être le Nobel qu'il aurait fallu lui donner...)


Toujours disponible sur le site lekti.com pour la courte somme de 7 € :

(Les exemplaires arborant le bandeau rouge "Prix Goncourt 2006" ont été achetés en bloc par un collectionneur d'outre-atlantique, il n'est pas prévu d'en imprimer d'autres pour l'instant).

jeudi 2 novembre 2006

Bienvenu Merino (encore une photo)

Légende de l’auteur : “Mon ami Compay Segundo et moi, au Café de la Danse, après son premier concert à Paris en 1993”.


Diarrhée au Mexique, de Bienvenu Merino est disponible au prix de 7 € franco de port.

  • On peut l’acquérir en ligne, sur le site Lekti-ecriture.com, en cliquant ici : ICI
  • ou par correspondance papelarde, téléphonique ou électronique auprès des éditions l’Atelier du Gué

Editions L’Atelier du Gué 11300 Villelongue d’Aude — Tél. 04 68 69 50 30 — Fax 04 68 69 51 13 — Mèl : editions@atelierdugue.com

mercredi 25 octobre 2006

Bienvenu Merino (la suite)


Légende de Bienvenu Merino :

Là, je suis sur le fleuve Napo, affluent de l’Amazone, en Equateur, avec deux jeunes chercheurs d’or.
Nous atteindrons le village de Tiputini en fin de soirée, ce village est à la limite de l’Equateur et du Pérou.
Dix jours plus tard, 2 hommes posaient le pied sur la lune, le 22 juillet 1969. Il était 21h. heure locale.

mardi 24 octobre 2006

Les mots sales




En contrepoint de l’entretien que nous a donné Bienvenu Merino il y a quelques jours — il y a exactement une semaine, le 17 dernier —, cette réminiscence du grand André Hardellet (Lourdes, lentes) :


“Je vais employer des mots sales. Il le faut. Il faut que je vous tire de votre sommeil et de votre hypocrisie, que je vous explique comment ça se passe. Gueulez au charron, ameutez les pouvoirs publics tant que vous voudrez, mais accordez-moi ceci ; je reste encore bien en deçà de vos divertissements cachés, de vos ballets oniriques.”




jeudi 19 octobre 2006

Bienvenu Merino et Eric Dussert (des documents d'archives)

Tandis que la polémique enfle, et afin qu'il ne subsiste aucun doute sur l'identité de Bienvenu Merino, non plus que sur celle d'Eric Dussert — et l'on ne parle même pas d'Apostolos Mangematin, notre Préfet maritime, seul personnage un peu problématique du trio —, l'Alamblog vous offre aujourd'hui deux documents de prime importance.


Le premier cliché montre le seul vrai Bienvenu Merino, fin des années 1960, en Amérique du Sud, avec deux amis. Ce sont clairement des barbudos. Et ils lisent des livres. A l'évidence. Et la chair n'est pas triste (comme le prouvera un jour prochain un document complémentaire digne de figurer dans l'iconographie de B. Merino). Bienvenu Merino est à gauche. Voici ce qu'il nous révèle à propos de ce cliché :

"Je suis avec deux compagnons de voyage, que j'ai rencontrés au Mexique, d'abord, et que j'ai retouvé à l'île des Femmes (région du Yucatan), une île se trouvant face à Cuba. De là, après que Roberta soit repartit à N. York , car elle dansait et devait reprendre son ballet, nous avons voyagé, les 3 amis : Bélice Britanique, Honduras, Guatemala, El salvador. (Avec quelques ennuis, lorsque le journal de voyage sera édité, je révèlerai les faits)."



Le second cliché (© Francesco Patriarca) présente le véritable Eric Dussert derrière un revolver et un pistolet d'ordonnance ayant appartenu à André Pieyre de Mandiargues.
Certes, le portrait est un peu cubiste et n'est donc pas des plus propice au travail de la médecine légale mais, pour l'heure, c'est très bien comme ça.

vendredi 13 octobre 2006

Révélation de Bienvenu Merino


Il a paru ! Cela est bel et bien, cela est bien et bon, cela est bel et bon.

Diarrhée au Mexique, le juste, le vrai, l’outrecuidant, l’innocent, le scandaleux, le superbe écrit de l’autodidacte beatnik Bienvenu Merino est enfin accessible.

Trente ans après sa publication originale, tout un chacun peut désormais se procurer ce petit livre singulier qui vient ajouter une étoile au firmament des écrivains trimardeurs, des rares beatniks, des constellés majeurs.

Un premier commentaire enjoué a paru chez Fornax, vous pouvez le lire ici

On peut se procurer ce surprenant bijou auprès des

Editions L’Atelier du Gué
11300 Villelongue d’Aude

Pour la somme infime de 7 euros. Vous avez bien lu : sept euros. Et Franco de port encore !

Il n’y en aura pas pour tout le monde.
(Nous nous ferons un devoir de transmettre les commandes, si nécessaire).

Vive le Mexique ! Vive Merino ! Vive Roberta !

mardi 11 juillet 2006

Ah, les p'tits piafs...

C’est comme ça : aujourd’hui je me voue à la contemplation des petits piafs dont je causais hier. Faut dire qu’ils sont fascinants, blottis tous les cinq dans leur nid, dans le passage d’entrée, sous l’immeuble, et au-dessus du placard électrique. Peignés au pétard (je vais tenter le portrait photographique, promis), ils récriminent dès qu’un quidam se manifeste pour qu’enfin le miam soit distribué. Et avec une énergie qui n’autorise aucun manquement. Lorsque le parent nourrissier (père ou mère, difficile à déterminer, volent trop vite et puis c’est pas très clair tout ça) déboule avec la pitance, c’est un concert délicat. Ils émettent au fond le même bruit qu’une horde de grillons. On se croirait en Provence. Vous saviez ça, vous, qu’une cour du XXe arrondissement de Paris peut sonner comme le Sud ? Il faudra que j’en parle à Réda.


La Gardienne
(gravure du merveilleux Erik Staal à découvrir, parmi mille autres trésors, sur son site.)

Quant aux lectures, ce sera Sheridan Le Fanu, dans Le Coq et l’Ancre, à paraître en octobre, dans une chouette traduction de Patrick Reumaux et, pour me reposer les yeux, avec toute l’apparence d’un farouche paradoxe, un peu de cette Histoire de la merde de Dominique Laporte, dont on sent - c’est le moins que l’on puisse dire - qu’elle a été conçue par un disciple de Michel Foucault. Se trompe-t-on ?
Il m’en fallait passer par là (ne soyons pas hypocrite, le sujet est passionnant), et par la Bibliotheca scatologica de Jannet et consorts, pour pondre une préface urgente à ce livre culte de Bienvenu Merino qui reparaîtra bientôt : Diarrhée au Mexique, l’oeuvre d’un authentique beatnik assurément, de ces trimardeurs à tripes qui ne s’arrêtent pas sous les projecteurs comme des lapins fascinés par les phares d’automobile. Généreux ce matin, nous ne nommerons personne. Soit un chemineau qui a gratté la matière de l’existence jusqu’à la trame, plutôt que de revêtir des lunettes noires ou le long cache-poussière, ustensiles destinés à la pose, sinon à quoi ?
Deux jours plus tôt, c’est une préface à La Grande Vie de Jean-Pierre Martinet qui a été rédigée dans une poussée d’adrénaline. Il fallait ça pour lutter contre la guigne de ce talentueux barbu dont les livres finiront bien par se lire, noms des dieux.

Mais faut-il en dire plus si tôt ? Hum… Le premier volume paraîtra bientôt aux éditions L’Atelier du Gué, le second à L’Arbre vengeur (les couvertures seront en ligne dès que possible). Vous m’en direz des nouvelles, quoi qu’il en soit.

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