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dimanche 28 janvier 2018

La bibliothèque et sa représentation

Semin_aireBIBAART.jpg



Organisé par Ada Ackerman et Félicie Faizand de Maupéou, le séminaire Imaginaires et Représentations des bibliothèques s'est donné pour objet de recherche les relations entre art et bibliothèque à travers la manière dont les artistes se sont emparés de ce matériau pour en faire un dispositif aussi bien plastique que théorique, un objet de représentation ou une source d’inspiration qui nourrit leur travail et leur imaginaire.
Dans une perspective interdisciplinaire, emplois et imageries des bibliothèques dans les arts seront explorés : peinture, installations, architecture, cinéma, théâtre, littérature... Il s’agit d'évaluer et d’interroger, d’un point de vue historiographique, la prise en compte récente par les historiens de l’art du corpus représenté par la bibliothèque.
Chaque mois, chercheurs et artistes viendront dialoguer autour de ces questions qui permettent d’explorer la manière dont l’imaginaire des bibliothèques se déploie aujourd’hui, mettant en scène notre relation, réelle ou fantasmée, au savoir et à l’objet livre.

Séances
10 janvier : Ségolène Le Men : Les bibliothèques d’artistes l’écriture de l’histoire de l’art : le cas de la bibliothèque de Claude Monet
7 février - Marc Décimo et Laurence Madeline : Les bibliothèques d’artistes et l’écriture de l’histoire l’art : Marcel Duchamp confronté à Pablo Picasso
7 mars - Marc Desgranchamps et François René Martin : La bibliothèque, un matériau artistique
4 avril - Olga MEdvedkova et Mildred Galland-Szymkowiak : Bibliothèques d’architectes/Architectures de bibliothèques
16 mai 16/05 - Julien Prévieu : La bibliothèque, un matériau artistique : le travail de Julien Prévieux autour de la bibliothèque Madoff
6 juin - Eric Dussert, Florent Chopin et Jean Le Gac (Ronan-Jim Sévellec sous réserve) : Exposer la bibliothèque ?



Imaginaires et Représentations des Bibliothèques
INHA - salle Fabri de Peiresc
2 rue Vivienne – 75002 Paris
16 h–18 h
adaackerman@gmail.com et feliciedemaupeou@gmail.com



lundi 19 octobre 2015

Bibliothèques, immuables

BiBBC.jpg


Bibliothèques


le poids des plafonds qui supportent la ville
sur l'enchevêtrement des murs géométriques
sans ombre lumière épaisse et sans clarté
les lampes dans le vide aux salles de travail

les heures mécaniques
suspendent toute vie
le livre la pensée a roulé sur les rails
et fui vers des néants
torpeur des jours perdus sous l'immobilité
de l'atmosphère
jamais un souffle dans l'usine où sue
l'idée
jamais le vent n'a trouvé la tiédeur

le sifflet des trains qui s'étouffe aux murailles
sanglots nocturnes prolongés


B. C.



B. C. Ecrit pour l'ombre, poèmes. — Paris, Emile-Paul, 1968.

mercredi 12 août 2015

La sérénité des jours censément heureux

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On vous avez prévenu : vous allez avoir Audiberti sur l'Alamblog.
Le matin, le soir, la nuit.
Par tous les temps.
Et pour commencer, cet extrait issu de La Forteresse et la marmaille, un recueil d'articles parfois époustouflants, réunis en 1996 par Josiane Fournier pour une très belle collection de poche qui a eu le grand tort de disparaître, L'Ecole des lettres (Le Seuil). Sur papier bible siouplaît.
Outre les figures de Jean Follain, Fargue, Jarry ou Artaud, Jacques Audiberti y donne quelques morceaux délectables sur le métier d'écrivain et ses rapports aux amateurs, les collègues qu'il admire et sa sage et confiante philosophie de l'Histoire... Mais laissons-le s'exprimer lui-même.

Les coups durs qui fabriquent l'Histoire et qui, parfois, jettent par terre des rangées d'hommes et de maisons, ne sont jamais si serrés et si répétés que des îlots de calme ne puissent persister. On était naguère, accoutumé de considérer le Moyen Âge comme un vaste remuement d'incendies et d'estrapades ; on se demandait comment les gens de ce temps pouvaient s'y prendre pour trouver le pacifique loisir de filer leurs vêtements. De même, la Chine, dans les premières années de guerre actuelles, il partit tout de suite qu'elle devenait, dans un grand tralala confus de mitraillades, une terre abîmée de sang et de pagaïe. En fait, de jeunes étudiants chinois n'ont jamais cessé de venir à Paris et d'y recevoir des mandats personnels. L'humanité, cette carcasse en gélatine, ne va pas jusqu'au bout des gestes de son suicide. Bien des privilèges lui furent accordés, sauf celui de se détruire. Les hommes meurent. Elle ne meurt pas.
La Bibliothèque nationale, rue de Richelieu, demeure hautement fidèle à ce qui peut être considéré comme la sérénité des jours censément heureux. Elle conserve les trésors de la pensée ancienne, toujours jeune. Elle offre toujours des livres à lire.

Ceux qui ont lu un peu Yves Martin ou tel autre de nos contemporains comprendront aisément pourquoi Jacques Audiberti est l'un des plus grands écrivains français du siècle dernier. Et pourquoi sa langue est singulière. Ça ne sera pas révéler un grand secret que de dire qu'il possédait sa propre forge à phrases. On n'a jamais vu un bon ouvrier avec des outils de seconde main. Et c'est pourquoi, peu à peu, l'ombre d'Audiberti grandit jusqu'à estomper les statues de quelques commandeurs — lesquelles s'effritent.


Jacques Audiberti La Forteresse et la marmaille. Postface de Josiane FOurnier. — Paris, Le Seuil, 1996, "L'Ecole des lettres".