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vendredi 30 septembre 2016

Tous les Beats s'appellent Daniel

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Dans la foulée de SchrummSchrumm ou l'excursion dominicale aux sables mouvants de Fernand Combet, mais dans une tonalité bien différente, Daniel Odier - tous les beatniks français se prénomment Daniel (Mauroc, Giraud, Biga, etc.), ou presque -, romancier de la lignée avec Mario Mercier et autres fantaisistes jetés.



Respiration de la matière

Isolés, quelques esthètes en extase contemplent l'extrémité de leurs chaussures, le détail d'une moulure baroque ou le feuillage d'un arbre vibrant sous la lumière. Chacun découvre un univers palpitant et à l'excitation des liesses innombrables. Ravi, le sourire béat, un homme regarde le flux et le reflux du sang à l'intérieur de sa main. Une femme fixe la trame d'un morceau d'étoffe : une autre se perd dans les nuages qui forment à l'infini, dans le bleu du ciel, des structures aux géométries savantes. La constante multiplication des formes, la respiration de la matière, le cycle de la vie et de la mort, tout apparaître à la population dont les deux tiers sont couchés en travers des rues ou à l'abri dans des coins d'ombre. Peu à peu les discours s'éteignent, les mots se bloquent dans la gorge. Certaines personnes sont agitées de tics nerveux, d'autres flottent dans l'espace de leur propre corps. La matière bouge ; elle respire sous le regardé tonné de l'homme qui vivait dans un monde figé.



Daniel Odier Splendor solis. - Stock/2, coll. "Lire", 1976.


Illustration du billet : Cicipati, maître des cimetières (Tibet).