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mardi 28 avril 2015

Une époque de saine barbarie

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A cette époque il avait été amené à développer la théorie paradoxale d'une inévitable destruction de la culture. La période de l'humanisme attardé était terminée. L'histoire n'était plus qu'un roc effrité. C'était le début d'une époque de signe barbarie qui montait du fond populaire, qui déferlait aussi des hautes couches de la société (la révolte de l'art contre les formes établies, l'amour des arts primitifs, l'exotisme) ainsi que de la bourgeoisie (les modes orientales pour dames, le cake-walk qui était une danse nègre, etc...). A cette époque, Doucine avait prêché qu'il fallait brûler les bibliothèques, les universités, les musées ; il avait salué la mission mongole (par la suite il avait eu peur des Mongols !). Il se rappela qu'il avait professé tout cela, dans un café d'Helsingfors, et que quelqu'un lui avait demandé ce qu'il pensait du satanisme.
A la table d'à côté de lui était assis Chichnarfné et il ne le quittait pas des yeux.
Sa propagande en faveur de la barbarie avait subitement pris fin, à Helsingfors même. (...)



Andréi Biély Pétersbourg. Roman traduit par Georges Nivat et Jacques Catteau. Préface de Pierre Pascal. Postface de Georges Nivat. — L'Âge d'homme, 1967, 372 p. Portrait d'A. Biély par N. Vychéslavski.