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mercredi 21 août 2013

Manquer gésir

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Il n'y a pas de fumée sans feu, de même qu'il n'y a pas de Far-West sans poussière : le genre Western n'en finit pas d'être à la mode. Depuis sa version spaghetti qui releva le goût du genre au moment où les cowboys proprets et héroïques d'Hollywood finissaient par lasser, on en a vu et revu, toujours avec plaisir, mais on n'en avait point lu. Tout juste si un détective indien concocté par Tony Hillerman nous avait un peu délassé. Mais soyons honnête, il y avait eu aussi le "Nouveau Western" du rappeur MC Solaar, et puis tout récemment The Lone Ranger et ce film mêlant Cowboys et extraterrestres, une fantasmagorie phénoménale qui nous permet de retomber allègrement sur nos pattes : Céline Minard a elle aussi procédé à un tel mélange d'orbes culturelles avec Bastard Battle (2008, Dissonances ; idem, L. Scheer ; 2013, Tristram), sorte de western, déjà, unissant chevaliers médiévaux et mangas japonais.
Ainsi donc, le nouveau roman de Céline Minard paraît en librairie ce jour, et c'est à coup sûr l'un des très bons livres de la rentrée.
Ceux qui ont eu le plaisir de dévorer les épreuves cet été, sur une plage écrasée de soleil, dans un bungalow envahi de moustiques, sous une tente minuscule ou dans la cohue d'un aéroport auront connu les conditions idéales (support/surface/atmosphère/température) pour vivre ce livre d'aventures comme on n'en avait pas lu depuis longtemps.
On y renoue avec délectation avec la grande tradition du récit de cowboy et d'Indien, avec ce vaste territoire où fleurissaient comme chez Homère et Shakespeare le drame perpétuel de l'humanité, en l'occurrence la mythologie des années 1860 largement illustrée par les "dime novels", et une foultitude de fictions toutes plus délectables les unes que les autres : La Vallée fumante de Léo Claretie, par exemple, et les œuvres tant appréciées d'Emilio Salgari (1862-1911), Albert Bonneau (1898-1967), Bénédict-Henry Révoil (1816-1882) ou de Karl May, le fameux papa de Winnetou et même Theodore Roosevelt. Bref, Faillir être flinguer, dont le titre fiffle fur fos fêfes, est un récit plein de fumées étranges, de chariots, de chevaux, de rapts, d'oreilles coupées et de scalps, de tente de sudation et même de commerce (ah, le trade...) et d'amour. Ce qui ne manquera pas d'étonner, peut-être, les lecteurs, menés à pas vifs à travers les plaines et la ville sous les auspices d'un récit dramatique épicé de fluides drôleries dans une langue qui sait se servir des mots, aussi techniques soient-ils (et le bétail souvent en réclame).
Récit de la "frontiera", où se jouent toutes les ruptures, tous les craquements - et pas seulement d'essieux — et tous les échanges, où se rejoignent tous les destins, avec un lien magique, celui que tresse Eau-qui-court-sur-la-plaine, la jeune guérisseuse dont le village a péri à cause d'un medecine-man blanc pourvu de vaccins frelatés. Cinématographique en diable, Faillir être flingué n'est pas le "roman comanche" qu'imaginait autrefois Céline Minard, c'est une fresque rude et rudement bien ficelée, un livre qui procure un intense plaisir, et même de la jubilation. Une fois encore, Céline Minard tire un très beau coup.
Pan !



NB Plus amples développements dans le Matricule des anges à venir...


Céline Minard Faillir être flingué. - Paris, Rivages, 21 août 2013, 336 p., 20