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samedi 26 août 2006

Tombeau d'Armand Olivennes †

Il s’agit d’en être, ou de ne pas en être.
Certains en sont, d’autres n’en sont pas.
Mais il faudra que l’on m’explique un jour pourquoi d’aucuns en sont, lorsque d’aucuns n’en sont pas.
Voyez plutôt, c’est un exemple parlant :
Tandis que Le Monde (encore lui, forcément, puisque Libération ne fait plus la maille, que Le Figaro figarotte et qu’on s’abstient généralement d’évoquer les autres pour ne pas les peiner), oui, disais-je, alors que Le Monde signale, ému, les disparitions de Pierre Rey (best-sellers à la palette) ou André Parinaud (Citizen Cas au petit peton), la rédaction n’a pas pondu une ligne au sujet de la disparition d’Armand Olivennes, alors qu’elle avait été alertée.
Pour quelle raison ce silence, me demanderez-vous ?
Parce que nul, en cette épatante rédaction, n’avait eu vent de son existence !
Pourtant, pourtant, cet homme, frère de Claude Olivenstein (le psy des camés), père de Denis Olivennes (le directeur général de la FNAC), mais oui, laisse une oeuvre variée qui n’est pas sans intérêt.
Ah, c’est vrai, aucun livre chez MM. les éditeurs parisiens.
Il est vrai qu’Armand Olivennes a surveillé ses distances aux instances académiques. Alors, tout à coup, on comprend mieux, n’est-ce pas ?
Que n’a-t-il pondu chez Gall, chez Flam, chez Min, chez Pol, chez Pot et chez Consort…
Que n’a-t-il fréquenté les salons où l’on se montre, que n’a-t-il fait poteau avec les Incontournotables dont l’avis, pardon, l’Avis, si haut, si haut, masque (un temps) les sommets.
Surnommé “l’honnête homme de la poésie” par l’éditeur Jean Le Mauve (pseud. de Jean Pigot, 1939-2001), honnête homme lui-même, Armand Olivennes, poète et essayiste, spécialiste du trouvère Conon de Béthune, s’est enquis de la littérature et des hommes passés, présents et peut-être à venir, de leur folie et du temps qui passe. Franchement, cela ne suffit-il donc pas ?

Voic les informations que l’on trouve à son sujet sur le site du CiPM (Marseille) :

Né en 1931, à Berlin. Réfugié en France, en 1937. Parallèlement à des études médicales, il publie ses recueils de poèmes chez Seghers et Pierre-Jean Oswald. Après avoir été nommé Médecin-Chef des Hôpitaux Psychiatriques, il a des démêlés avec l’Administration de la Santé, mais aussi des conflits avec sa famille, le Comité de rédaction d’Action Poétique auquel il appartient, et avec de nombreux autres corps constitués. Après un internement forcé, il gagne finalement un procès et est réintégré dans l’administration qu’il quittera vers 1987, pour s’établir à Marseille. Sur le plan de la poétique, il défend la thèse que la folie est l’inspiratrice fondamentale, sinon la plus féconde du poète, à la condition qu’elle soit vécue dans toute l’épreuve à laquelle elle oblige, et de son contraire qu’elle laisse entrevoir.

Ajoutons pour plus de clarté qu’Armand Olivennes est né Juif à Berlin, qu’il devint docteur en médecine en 1965, qu’il fut médecin à l’Hôpital psychiatrique de Saint-Venant (1991) et, qu’inspiré par le surréalisme, le dadaïsme et le cubisme berlinois, il fut parfois un poète grinçant. Il estimait que l’engagement poétique est la seule alternative vivable au désespoir ; encore faut-il que les mots coïncident avec une densité humaine qui ne soit ni texte, ni prétexte.
Et signalons qu’il fut un zélateur farouche de l’édition petite, voire microscopique.



Quand à savoir quand il est mort, macache. C’est pourtant tout récent.
Une bibliographie ne sera pas inutile (une bibliographie n’est jamais inutile), je parie que chacun y trouverait de quoi apprécier :

• (sous le pseud. de Oliven Sten) Les Pitres bleus, France-Poésie, 1950.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Chronique des temps blindés, Seghers, 1953.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Le Passant démesuré, poèmes. Couverture de I. Nomikossoff, P. J. Oswald, 1954.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Les Andabates. A propos, par Pierre Morhange, P. J. Oswald, coll. “L’Aube dissout les monstres” (n° 3), 1958.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Circulaire à mon amoureuse, Armand Henneuse, 1961.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Le Sentiment latéral, précédé de Les andabates, Tunis, SNED, coll. “L’Aube dissout les monstres”, 1962.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) L’Enterreur et autres poèmes, P. J. Oswald, 1966.
La Rupture avec le réel : essai sur les délires, Éditions de la Tête de feuilles, 1972.
Du cœur sans gant aux gants sans cœur : itinéraire d’une damnation, Caractères, 1979.
L’Enterreur, ill. Ch. Boltanski, P.J. Oswald, 1966 ; réédition Atelier Alpha Bleue, ill. Olivier Agid, 1992.
Du cœur sans gant aux gants sans cœur, Caractères, 1981.
La Métaphore et les parfumeurs, Caractères, 1982.
Hautes œuvres devant maman et le multiple, Caractères, 1983.
Saint-Cloud et Gomorrhe, Traces, 1983.
Entre guillemets, Atelier Alpha Bleu, 1984.
Chanson de toile, Maison rhodanienne de poésie, 1985.
La Métempsycose du docteur Smidi, Atelier Alpha Bleu, 1986.
L’e prince sans rire : pochade en quatre actes, A. Olivennes, 1986.
L’hémisphère Ouest, Quinze-dix, 1987.
Haut-le-corps, haut-le-cœur, Le Dépli amoureux, 1987.
Histoire de l’écrevisse qui apprend à reculer, La Dondaine, 1987.
Clérouque, choix de poèmes, ill. Christian Boltanski, Atelier Alpha Bleu, 1989.
Le Mille-pattes et l’araignée : pièce en 3 actes, Soleil natal, 1989.
Le Revolver s’est suicidé, ill. Obéline Flamand, Ecbolade, 1989.
Conon de Béthune, premier trouvère de France, Éditions la Dondaine, 1990.
Petits cubes poétiques pour Hannah, ill. de Nil Maillard, Caractères, 1990.
Puma, ill. Françoise Duvivier, Décharges, 1991.
L’Enterreur, Atelier Alpha Bleu, 1992.
Politique de l’autruche, Rewidiage, 1992.
Masque sans masque, ill. Philippe Brahy, Ecbolade, 1992.
Œillet de Poète, Jean Le Mauve, 1993.
Petits cubes pour Benjamin : poèmes, ill. de Gunther Roeder, Soleil natal, 1993.
Le langage symbolique des maisons, dessins à la plume de Jean Lemesle, Foyer culturel de l’Houtland, 1994.
Un rayon de loup dans l’ornière, ill. Françoise Duvivier, Jalons/Les Presses littéraires, 1995.
La Mort infructueuse, ill. Chris Mestas, John Donne éd., 1995.
Le Chandelier des mots, ill. Ph. Brahy, Ecbolade, 1995.
Saint Glinglin, ill. Ph. Brahy, Chantepleure, 1995.
La Critique est aisée, tome un, La Dondaine, 1996.
Poèmes pour disparaître, ill. Ch. Moulin-Vigan, Clappas, 1996.
Des ailes dans le plomb, ill. Pascal Ulrich, typographie Pierre Mréjen, 1996.
Frère Octave se remarie, ill. M.F. Lavaur, Traces, 1996.
Obros, ill. Ph. Brahy, Rewidiage/Polder, 1996.
Les transitions d’Olivier Agid, EC, 1996.
Le Vent, éditions de la Lucarne ovale, 1996.
Chroniques comtadines, Soleil natal, 1997.
Le Bonnet d’âne, ill. J.-M. Scanreigh, Editions du Rouleau Libre, 1999.
Nous les schizo-cherokees et La Marchoire, Le Nœud des Miroirs, 1999.
Poésie des champs : 1983-1999, Librairie bleue, 2000.
Les Poissons nous cachent quelque chose, La Porte, 2000.
Le Poème de l’Homme-machine, Editions du Contentieux, 2000.
Itinéraire revuistique (1950-2000), Rochefort-sur-Nenon, 2001.
Feuille de pique, 2001, Paris-Méditerranée.