L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Mot-clé - Argot des typographes

Fil des billets - Fil des commentaires

mardi 23 mai 2017

Obsèques d'un typo

Parmelin_NB.jpg


Un typo de la Une se précipita pour leur arracher le titre des mains, se rua vers les machines. Il pêchait déjà les lettres dans leurs tiroirs : les petits caractères dans le "bas de casse", les majuscules dans le "haut de casse". Les typos avaient une faon véritablement magique d manier les caractères légers et de les ranger dans leur composteur jusqu'à leur faire former des mots. Les "casses" occupaient une place de choix dans le "jargon" des imprimeurs. L'enterrement d'un vieux typo, le père Joseph en faisait foi.
Tous l'avaient aimé. Tous le regrettèrent. Et leur suprême hommage transporta la magie de leur langage jusqu'à à la dernière demeure du père Joseph : en l'occurrence le columbarium du Père-Lachaise, où il voulu être incinéré.
Quand on rangea ses cendres dans la boîte numérotée qui leur était assignée, au ras du sol, un typo murmura tristement :
-Pauvre vieux Joseph ! On l'a mis dans le bas de casse...
- Et avec le numéro 120, dit un autre d'un ton de voix lugubre.
- Sans vin !
- Il prendrait un drôle de bœuf s'il voyait ça ! dit le prote.



Hélène Parmelin Noir sur blanc. — Paris, Julliard, 1954; p. 502.