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mercredi 5 novembre 2014

Les Fatigues de Peuchmaurd nous requinquent

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Alerté par Joël Cornuault, le Préfet maritime s'enquit enfin des Fatigues de Pierre Peuchmaurd. L'information de leur parution lui avait échappé, d'autant que le soleil qui plombait alors son île ne le rendait pas particulièrement combattif, non plus que véloce.
Commande passée néanmoins, et le temps pour un paquebot de transbahuter son container de livres frais sur les côtes de l'île, les Fatigues trouvaient le Préfet tout à fait éveillé, frappé sans cesse par l'écume des mers du Sud ensauvagées. Rien de tel que l'embrun pour vous mettre en forme un Préfet. D'autant qu'un recueil d'aphorismes est sans doute la forme la plus pointue d'excitant ces jours - avec Know your product des Saints peut-être...
"Fatigues", c'est ainsi que le poète Peuchamaurd (Paris, 1948- Brive, 2009) il nommait ses aphorismes qu'il aura publié dans les trois volumes intitulés À l'usage de Delphine (L'Oie de Cravan, 1999), L'Immaculée déception (Atelier de l'Agneau, 2002) et Le Moineau par les cornes (Pierre Mainard, 2007) qui reparaissent ici agrémentés d'un recueil inédit et posthume, La position du pissenlit. C'est donc bien un "Aphorismes complets" que ces Fatigues du patron des éditions Myrddin (Corrèze) qui excellait en la matière.
Pris au hasard et les yeux fermés :

Rien n'est plus rassurant qu'un phénomène sans cause.

Combien de fatalistes qui se croient stoïciens !

Soldes : "Moins 20 % sur les dragons et les bouddhas".

Elle a plus d'un retour dans son sac.

Une pensée en boucle, il faut la défriser.




Pierre Peuchmaud Fatigues. Aphorismes. Avec quatre dessins de Jean Terrossian. Photo d'Antoine Peuchmaurd en couverture. - L'Oie de Cravan, 2014. 24 € port compris



dimanche 20 juillet 2014

Deux Grim et des aphorismes...

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Dans un récent billet consacrés à quelques recueils d'aphorismes, nous avons évoqué ceux d'Olivier Hervy qui a fait paraître Formulaire au début de l'année, un recueil dont nous ignorions l'existence... Lacune enfin comblée. Quelques échantillons pour vous.



"Deux Grim !" lance le serveur au barman pour honorer une commande de Grimbergen. On se croirait dans une librairie.

La barque tire tout son charme de ne pas être adaptée à la vie moderne. Et moi ?

Il suffit de suivre les flèches peintes sur les tombes pour trouver celle de Morrison. Même morts, les chanteurs de rock dérangent leurs voisins.

Le malade est mort mais on a pu sauver le virus.

Aujourd'hui les gens courent quand ils ont le temps.



Olivier Hervy Formulaire. — Nérac, Pierre Mainard, 2014, 72 pages, 11 €

lundi 14 juillet 2014

Fais pas l'amateur, Horace !

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On ne s'attendait guère à ce qu'Horace Engdahl surgisse et monopolise toute la quatrième du Monde des Livres le lendemain de notre billet sur ses aphorismes. Les grandes intentions, peut-être, commandent aux médias... Quoi qu'il en soit des voies de l'art, cela nous pousse à en remettre une couche à propos de cet Horace, qui n'a pas les deux hémisphères dans le même sabot, ni la langue dans sa poche.
Né en 1948 en Suède, ce spécialiste des littératures suédoise et française est capable de dire ce qu'il pense sans prendre les moufles d'une diplomatie inutile. Il déclare des choses que chacun soupçonne — ou sait, à plus forte raison si ce chacun est un lecteur —, sans l'avoir jamais entendu dans la bouche d'un critique. Un exemple ? Tiré de l'entretien qu'il a donné à Florence Noiville en 2007, ce fragment :

Nous sommes tellement américanisés que les critiques lisent Philip Roth et Jyce Carol Oates comme si c'était l'incarnation de la grande littérature. Et c'est tout ce qu'ils connaissent. Pour moi, c'est de l'ignorance. Je ne trouve pas que les États-Unis soient le centre du monde littéraire. L'anglais est une langue importante mais ça n'est pas la langue universelle. La seule langue universelle de la littérature, c'est la traduction.

On en déduira que la critique défaille (ce que l'on sait pertinemment) face au déversement industriel, et que la grande "chaîne du livre" est souvent conçue comme un fil à pêcher le nigaud. Naturellement, en cette matière, ce spécialiste de Blanchot et de Derrida a du grain à moudre ainsi que des munitions. Et lorsqu'il se consacre à la critique, et en particulier à la définition donnée par Meusnier de Querlon en supplément à l'Encyclopédie, il énonce des vérités qui sont bonnes à dire, meilleures encore à entendre. Fût-il lui même l'objet de ses remarques — "Fais pas l'amateur, Horace !" lui jeta une étudiante alors qu'il prenait la posture.
Aussi varié que l'air du temps, son propos est nettement architecturé par la critique et le discours, depuis l'ironie jusqu'à l'humour, les pratiques et les attentes de l'écrivain — auteur de dix ouvrages, il les connaît bien. La littérature est évidemment ce qui l'intéresse au plus haut point, c'est le sujet pérenne de toutes ses rêveries solitaires. Lorsqu'il parvient à s'extraire du monde, lorsque aucun service ne lui est réclamé par téléphone... ô lien social ! — mais alors la solitude "rêvée" telle qu'exposée par un William Hazlitt (La Solitude est sainte, Quai voltaire, 2014), par exemple, nous vaut sous sa plume amusée un exercice de démythification désopilant.
Au-delà de ces épisodes de contrariété bien justifiée, c'est le calme avec lequel Horace Engdahl établit sa ligne de front contre les idées toutes faites de notre époque qui le rend si agréable à lire. Il en est même élégant là où certains paraîtraient grognons. Comme on le voit rarement en ces matières, Horace Engdahl se montre à la fois doux, subtil et décapant, et ce sans jamais rompre le lien social. Il révèle ce qu'il voit de plus hérissant dans la vie moderne en nous parlant de Diderot, de Chamfort ou de Cioran dans formes plus ou moins courtes, depuis l'incise jusqu'à l'article, et en maniant avec ironie chacune d'entre elles, avec cette assurance imparable de celui qui a assez lu pour être assuré de ce dont il parle. Voilà aussi quelque chose.
Pour vous prouver une nouvelle fois que c'est un parfait compagnon pour les heures de farniente qui s'annoncent, ces nouveaux extraits :

La naissance du réalisme ? Balzac prend le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier, d'une exactitude clinique, et y pose les couleurs du rêve. "Comme c'est vrai ! " disons-nous.


La décadence de la culture européenne est déjà perceptible chez William Beckford : l'opulence sans devoirs. Chose impensable dans la société féodale. Conséquence de l'enrichissement grâce aux revenus tirés des plantations sucrières dans les colonies.


Le point de départ de l'écrivain doit être celui du tenancier de bar : ne pas chercher à améliorer le genre humain.


Le Roumain qui attend sur le terre-plein que le feu passe au rouge pour foncer sur les voitures et nettoyer les pare-brise dans l'espoirt d'obtenir un euro. Services non sollicités, à la limite entre agression et mendicité : l'écrivain s'y reconnaît.


Et ce ne sont là que de maigres fragments...



Horace Engdahl La Cigarette et le néant. Traduit du suédois sous le direction d'Elena Balzamo. — Paris, Serge Safran, 2013, 159 pages, 17 €

lundi 7 juillet 2014

Aphorismes un jour, aphorismes toujours

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En 1982 paraissaient discrètement sous la forme d'un album, et c'est bien paradoxal si l'on y songe, Les Aphorismes d’un publicitaire (s.n.) d'un certain Jean-Marc Requien, patron d'agences de com rhônalpin devenu artiste du papier collé, qui, du slogan s'étant lassé, peut-être, avait choisi de placer sa plume plus à l'ouest. Sans avancer quoi que ce soit de la qualité de sa production, il rejoignait une cohorte qui a toujours été sensible à la forme courte et, sinon du haïkaï ou de la nouvelle, produit de l'aphorisme. C'est très tentant il faut dire : peu coûteux en huile de coude et parfois pleinement réussi, l'aphorisme procure à son auteur une aura indéniable de sage en acier trempé.
Mais nous ne nous traînerons pas ce jour sur les terres de l'analyse, aussi orientales soient-elles. Non, nous nous contenterons de signaler quelques volumes qui ont paru récemment dans le domaine et offrant ici ou là une phrase choisie.
Et pour commencer par un double échauffement léger, les Aphorismes de Fagus (Paris, Sansot, 1908), révélé dans la seconde moitié de son opus très préoccupé des relations hommes/femmes. Il ne s'y limite certes pas :

Un sage mort ne vaut pas une chienne en vie.

Nul logis qui ne recèle son cadavre. Le bon politique sonde à propos les planchers.

Penseur, ou politique, ou poète, garde-toi de biffer les contradictions de ton oeuvre : elle leur doit la vie.

Un peu plus tard, le dessinateur Paul-Franz Namur, ancien des tranchées de 14-18 et futur membre de la Légion, emprisonné à ce titre en 1945 à Nice, commit quelques sentences qui eurent l'heur de plaire, et même d'être commentées (A mon ami Kokolando. Pour plaire aux uns, déplaire aux autres, satisfaire ma pensée. — Paris, édition (sic) de l'éléphant vert, 68, rue Spontini (XVIe), 1929) :

Certains amis sont comme les primeurs : ils surgissent vite si on a grand soin d'eux.

On cherche parfois le bonheur comme on cherche un chapeau en l'ayant sur la tête.

La gloire est un enfant que vous adoptez avec enthousiasme, bien qu'il soit toujours en danger de mort.

Beaucoup plus près de nous, ce sont des salves d'aphorismes qui jaillissent comme portées par l'air du temps, le besoin de condenser la parole — pour lui éviter une vacuité de la parole par ailleurs assumée ?
Paraissent donc sporadiquement des ouvrages très divers, parfaitement non-attendus, d'autant plus excitants, parfois bien agaçants pour les dents, et en provenance d'horizons très variés.
Le plus obscur peut-être, et pas seulement pas son funèbre désespéré, est sans doute Nihil Messtavic. Le pseudonyme n'échappe à personne. Quant à la première page de son premier recueil, elle est à elle seule digne d'entrer en anthologie (on recommande également ses "Sentences létales", de la même eau :

Rien ne va bien, jamais, tout est toujours en attente sur la grand-route du pire.

Lorsque je suis seul, il en reste un de trop !

Le sens de la vie, c'est de sonder la mort avant d'y plonger.

Rien n'est vrai, tout est faux. Sauf la mort.


Voilà qui est dit. Olivier Hervy est pour sa part un documentaliste au sourire léger. Il trace le plus souvent des aphorismes ironiques qui semblent parfois de poétiques instantanés, des haïkaï en prose. Ou quelques chose de ces petites touches de couleur qui imprègne le papier buvard.

La petite gomme au bout du crayon sous-estime le travail de correction.


Ce cheval qui avance à pas lents - curieux et blasé.


Carte pré-imprimée glissée dans le livre que j'ai commandé : "Passez un bon moment". Mais il s'agit de "Si c'est un homme".



Grand maître en la matière, Peter Altenberg, traduit et présenté par Alfred Eibel, réapparaît en d'inédits exercices de haute voltige depuis sa Mitteleuropa chérie. Nous y retrouvons l'amateur de brasseries, personnage complexe et riche, paradoxal souvent, cabré dans sa position de chroniqueur et d'admirable faiseur de phrases :

Nous portons en nous une source inépuisable, intarissable, d'alternatives.

Traîner la jambe. Façon commode de fuir ceux qui marchent à vive allure.


Bien entendu, Maxence Caron, qui arrive juste après Altenberg dans notre pile, souffre de la comparaison. Mais il faut admettre que son Bréviaire de l'agnostique un peu vieille droite s'autorise quelques réussites dans l'exercice du paradoxe ou de l'aphorisme. Discutant naturellement beaucoup de la question de la divinité, il parvient à surprendre son lecteur qui a craint de s'ennuyer :

Parler, c'est chiquer du silence.

L'homme en sait juste assez pour être malheureux.


Épatant d'un bout à l'autre, le recueil du juré Nobel Horace Engdahl mérite que l'on s'y arrête - et vous en particulier, Alamblogonautes — car on retrouve quelque chose de l'esprit de Renard ou d'Allais, quelque chose qui emporte l'adhésion sans coup férir. Au point que l'on se demande bien pourquoi les livres de ce monsieur ne sont pas encore traduits en français...

La perspective de la fin du monde serait parfaitement supportable, si seulement on pouvait s'en griller une après.

Sans un petit goût de main courante, pas de biographie convaincante.

Tout aphorisme trébuche fatalement sur cette faille incontournable : il trahit l'admiration de l'auteur pour son art de la formule.

Et sur cette dernière sentence sentie qui nous rapproche du travail en jeu dans les recueils rapidement évoqués ici, il reste à signaler l'essai de Dominique Noguez qui confine à l'exercice de salubrité publique : la recherche des sources véridiques des grands aphorismes et l'explication des intentions de leurs auteurs. Son livre est délicieux et assez surprenant. Songez que vous allez enfin savoir qui a écrit "A chaque jour suffit sa peine" et "Je veux tout, tout de suite". Ah !





Nihil Messtavic Le Crachoir du Solitaire. — Dôle, La Clef d'argent, 2008.

Nihil Messtavic Sentences létales, aphorismes. — Dôle, La Clef d'argent, 2010.

Olivier Hervy Agacement mécanique. — Talence, l'Arbre vengeur, 2012.

Peter Altenberg A mots cours, à demi-mot, au bas mot... Textes réunis, traduits et présentés par Alfred Eibel. — Paris, France Univers, 2013

Maxence Caron Bréviaire de l'agnostique. Paradoxes, aphorismes, poèmes. — Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2013.

Horace Engdahl La Cigarette et le néant. Traduit du suédois sous le direction d'Elena Balzamo. — Paris, Serge Safran, 2013.

Dominique Noguez La Véritable origine des plus beaux aphorismes. — Paris, Payot, 2014.

jeudi 21 avril 2011

OuTypoPoterie chez Des Barbares...

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Des Barbares... reprennent de la hure et du sabot !

Trois nouvelles publications sont annoncées avec le Pohol de Marc Michel et deux opus du typopote Christian Soulignac, dont le site vous dira quelques chose — et vous montrera en outre le Préfet maritime déguisé en tournesol enquêtant sur une rare usine de nuages (à l'arrêt)... Christian Laucou dit Soulignac est, à notre connaissance, le seul outypopote de l'Oulipo. Il est bel et bien le créateur et seul membre de l'OutyPoPo, l'ouvroir de typographie potentielle et promet quelque travail d'importance sur la question. Pour l'heure, ce sont ces loisirs d'artiste qu'il affiche dans deux petits livres diablement bien illustrés (et couverts). Rappel des faits :

L'OuTypoPo a été créé en 2000 par Christian Laucou et authentifié dans sa création par Noël Arnaud, qui était alors le plus ancien membre des Ou-quelque-chose-po et de ce fait chargé de cette mission initialement dévolue à François Le Lionnais. Deux directions sont prévues dans les travaux de l'OuTypoPo. La création de fontes potentielles (et à contraintes) de caractères et la création potentielles (et à contraintes) de maquettes de livres. Cette potentialité pouvant in fine se matérialiser dans la réalité. Il en est ainsi pour Alphabêtises qui est une création de la deuxième catégorie.

Alphabêtises est donc un court ouvrage constitué d'un recueil de 26 courts textes illustrés d'un photographie, ayant chacun pour sujet une lettre de l'alphabet considérée comme un personnage. La contrainte consiste à mettre en page de la façon la plus variée et la plus lisible possible à raison d'un duo texte-image par page en utilisant pour chaque texte un caractère dont l'initiale du nom correspond à la lettre qu'il décrit. Les couleurs des textes et des titres sont prélevées sur les photographies associées.

Presqu'îles, 32 pages également, est nullement un ouvrage à contrainte comme son compère ci-dessus, si ce n'est qu'il n'utilise qu'un seul caractère dans divers corps, ce qui représenterait plutôt une simplification dans le travail d'élaboration de la mise en page. C'est un recueil d'aphorismes entre sourire et aigre-douceur.

Les deux titres sont proposés en souscription jusqu'à la fin mai 2011 à 16 euros les deux. A l'issue de cette souscription, ils passeront au prix de 12 euros pour Alphabêtises et 8 euros pour Presqu'îles soit (ne nous trompons pas) 20 euros les deux. On peut souscrire par mail en écrivant au Préfet maritime qui transmettra ou au webmestre du sites fornax.fr
Qu'on se le dise.





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