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samedi 9 novembre 2013

L'inconnu du XIIe (1931)

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Appel aux plus érudits des Alamblogonautes : qui est donc l'auteur de cet Errata folliculaire et masqué ? Et où trouver des exemplaries ?


L'inconnu du XIIe
Du 9 mai 1869 au 27 novembre 1872, des placards anonymes, collés sur les affiches officielles, ou accrochés à la grille du moulin, ou voletant au bord des chemins, mirent en émoi, comme on dit, les paisibles habitants de Milon-la- Chapelle, près de Chevreuse. C'est une vieille et vilaine histoire que M. Étienne Le Gril, vient de conter et de résoudre, pour les amateurs de romans policiers. Pourquoi notre confrère n'utiliserait-il pas son ingéniosité native à éclaircir le mystère d'Errata ?
Errata est un opuscule de seize pages que beaucoup d'hommes de lettres reçoivent chaque mois, et pour rien. Le premier numéro était consacré au Robert d'André Gide, qu'oit y maltraitait fort. Sur quoi l'un de nos confrères conseilla à M. André Gide de prouver sa bonne humeur en s'abonnant à Errata. M. André Gide ne de mandait pas mieux, sans doute. Mais comment faire ? Errata ne donne point soit adresse ; ni les noms dit rédacteur, du gérant, du papetier.
L'enveloppe reçue par les Treize portait le timbre de la gare de Lyon ; la mienne, affranchie correctement à o fr. 15, celui du bureau 57, rue de Dijon. Ainsi, et c'est tout ce qu'on en sait, Errata part du Xlle arrondissement qui, soit dit sans vouloir humilier personne, n'est pas le plus littéraire de Paris. Outre le P.-L.-M. et l'Entrepôt de Bercy, on y voit les hôpitaux Trousseau, Saint-Antoine et des Quinze-Vingts, la manufacture des Tabacs, un asile de vieillards, et le cimetière de Picpus. Quelle indication tirer de là ?
L'aviateur de lettres, le chevalier masqué de la grammaire française qui s'offre ce coûteux divertissement, fonce, cette fois-ci, contre M. Pierre Benoit, et son Déjeuner de Sousceyrac, en quoi il montre que, gourmet en beau langage, il ne connaît rien aux foies de canards et aux civets de lièvre bien crémeux ; car la seule description du déjeuner à Sousceyrac, fondante et parfumée, l'eût rendu indulgent; non moins que la description des routes en lacets, au pays de Sépala. L'anonyme d'Errata doit être dyspeptique, et n'aimer point l'auto.
Après un romancier de gauche, il s'en prend à lm romancier de droite. Il épluche les articles de Monsieur des Grieux, où l'adverbe "désolamment" et le verbe "actualiser" soulèvent sa juste indignation, et surprennent bien de la part de M. Zamacoïs. Mais il corrige aussitôt après Pierre Dominique. Voilà un homme difficile à repérer.
Il a résolu le problème du droit de réponse ; et ses arguments sont sans répliques, du fait qu'ils sont sans adresse. La critique par T. S. F. est moins dangereuse, car les textes restent aux archives, et l'on connaît les postes émetteurs. Voilà donc un petit jeu assez divertissant, un mystère qui pique. Mais il ne faudrait pas le prolonger trop longtemps. Il n'y a que Voltaire à qui l'on a pardonné l'anonymat. Parce que le style de Voltaire le démasquait assez vite.

Robert Kemp.

Les Nouvelles littéraires, samedi 23 mai 1931.

NB "Errata" fut aussi le titre d'une rubrique rédigée par Roger Dévigne dans les Nouvelles littéraires au cours des années 1920.

jeudi 22 juillet 2010

Aventures du Colisée, et le dernier mot sur les affaires du temps

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AVENTURES
DU
COLISEE,
Et le dernier mot sur les affaires
du temps.




Je trouve enfin l'occasion de communiquer au Public les Réflexions que m'ont fait naître les Affaires du temps. J'espère que ce sera le dernier mot. Mon aventure du COLISEE m'inspire la manie d'écrire, & j'ennoblirai mon sujet par les idées sérieuses qui pourront m'échapper. S'il paraît étonnant que le fils d'un Procureur parle contre les intérêts, je répondrai que tel est mon sentiment; & je prierai d'observer que plus j'ai vu la chicane de près, plus je dois être cru dans le mal qu'il me plaît d'en dire.
L'ouverture du COLISEE fait trop de bruit dans Paris, pour que les histoires auxquelles il donne lieu n'intéressent pas le public. Je me hâte d'apprendre aux honnêtes gens ce qui m'y est arrivé, afin que tout le monde en fasse son profit, ainsi que des idées de Politique dont j'enrichirai ma narration ; car de nos jours, qui n'est pas Politique ou Philosophe ?
La honte, plutôt que la modestie, m'oblige à cacher le nom du Héros de l'aventure que je vais raconter. Je me contenterai de dire, encore par parenthèse, que j'ai l'honneur d'être Provincial, & que je ne suis dans la Capitale que depuis quelque temps.
Je demande la permission de m'appeller Gilles-l'eusses-tu-cru, & de débaptiser aussi tous les personnages que je vais introduire sur la scène; car il faut avoir la discrétion de ne point nommer les Masques. Je puis qualifier mes Héroïnes de Masques, puisqu'elles ne sont, ainsi qu'on va le voir, que des Nymphes obligeantes, autrement dit des Demoiselles commodes ; & qu'elles ont grand soin, selon que le bel usage l'exige, de se barbouiller toute la physionomie & de rouge & de blanc, ce qui vous les rend très-semblables à des Masques ; d'ailleurs, elles ne surent que trop me déguiser leur état ; les fines Mouches parvinrent à m'attrapper... Mais laissons au Lecteur le plaisir de la surprise. Ah ! qu'il est de Masques, dans Paris, non-seulement par le visage, mais encore par les sentimens ! Que d'allures hypocrites ! que de beautés trompeuses & peu naturelles : que de sots qui font les gens d'esprit !
Cela posé, je commence mon histoire, aussi véritable que le succès des Opéra-Comiques.
Je reçus le jour dans certaine Ville de Province, dont je juge à propos de taire le nom, afin que mes compatriotes n'aient point à rougir de la bêtise dont je vais donner des preuves.

(...)

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