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mardi 26 juillet 2011

Fragments de lettres à Jean Duperray

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Aujourd'hui, rangement. Aussi replongée dans les papiers, les archives, les documents. Et là, copies de lettres adressées à Jean Duperray par André Breton et Albert Camus (Archives municipales de Saint-Etienne).

D'abord André Breton :


Cher Jean Duperray,
Je vous remercie de votre lettre si amicale. Je suis sensible à ce ton de rêverie et de confidence qu'elle prend presque d'emblée : c'est cela la confiance, on laisse même l'interrogation pour aller vers ce qui tient le plus à cœur, j'aime cet abandon avec lequel vous m'entretenez des êtes que vous avez aimés et je suis aussitôt très près de vous, Simone Weil n'est pas loin (...)
Depuis que vous m'avez écrit, je suis heureux de mettre un point lumineux sur St Etienne, que je n'ai jamais fait qu'apercevoir par la vitre d'un train (...)


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Jean Duperray Harengs frits au sang. Préface du Préfet maritime. - Talence, L'Arbre vengeur, "L'Alambic", 320 pages, 15,00 €



A propos des souvenirs de Jean Duperray sur Simone Weil, sa camarade en syndicalisme, citons ces mots d'Albert Camus sollicité pour faire paraître le texte de l'instituteur stéphanois à l'enseigne de la NRF :


Paris, le Juillet 52
Cher Monsieur,
Votre témoignage sur Simone Weil est extrêmement intéressant et je vous remercie d'avoir bien voulu me le communiquer.
En ce qui concerne les faits eux-mêmes, c'est la première fois, grâce à vous, que j'ai pu me faire une idée de l'attitude de S. Weil dans les milieux syndicalistes et ouvriers. Je crois donc votre témoignage difficilement remplaçable (...).

Suit une correspondance régulière, au cours de laquelle Camus prodigue des conseils et, en dernier ressort (la biographie de Simone Pétrement avait déjà été prévue chez Gallimard et incorporera des éléments du texte de Duperray), propose à son "cher Duperray" de placer le texte dans une revue, ce qui sera fait.

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Jean Duperray Quand Simone Weil passa chez nous. Témoignage d'un syndicaliste, suivi de textes inédits. Édition présentée par le Préfet maritime. - Paris, Mille et une nuits, 175 pages, 12,00 €

lundi 11 juillet 2011

Jean Ferry, son train, son tigre et ses mille sommeils

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Haute figure de la 'pataphysique, Jean Ferry (Jean Lévy, époux de Marcelle Ferry (Lila) dit, 13 juin 1906-5 septembre 1974) est fort connu pour ses travaux sur Raymond Roussel (le copain de Dieu) et ses contes à dormir debout. On sait beaucoup moins — et Pauvert se garde d'en parler — qu'il fut, avec Breton, un efficace apporteur d'idées à la maison dudit Jean-Jacques. C'est le genre de choses que l'on ne clame point trop.

Scénariste et écrivain d'imagination, Jean Ferry venait de Nancy. A son arrivée à Paris, il travailla pour son oncle, José Corti et fit à cette occasion la connaissance des surréalistes. Il fut ensuite officier-télégraphiste sur les navires de la Société navale de l'Ouest et se tourna vers le cinéma. En 1931, il entama une collaboration à la Revue du Cinéma, se vit engagé par la maison Pathé-Nathan comme scénariste et dialoguiste et participa en outre aux activités du groupe Octobre.

Le recueil de ses contes, d'abord publiés comme "Le Tigre mondain" dans la revue Les Quatre vents d'Henri Parisot puis dans sa collection l'Âge d'or — et même repris par Pierre Bettencourt en ce qui concerne Le Tigre mondain —, furent réunis une première fois par les Cinéastes bibliophiles en 1950 avec une préface de Breton, puis par Breton lui-même dans la collection Métamorphoses (Gallimard) en 1953 (Jean Ferry était le compagnon de Lila, ex de Hugnet, du Pape et d'Oscar Dominguez). L'édition procurée par les éditions Finitude comportent désormais quatre inédits pêchés dans les publications du Collège de 'pataphysique et les textes canoniques qui l'ont distingué.

Étonnamment fasciné par la fatigue et le sommeil, Jean Ferry se montre dans ses fictions très préoccupé de voyages, de réalité quotidienne inscrite dans un non-ordre rationnel, dans les jeux de l'esprit et les incongruités cristallisant dans l'improbable, très bien servies par les illustrations de Claude Ballaré qui, dans le goût de Max Ernst, fait des merveilles.

La Société secrète de Kafka, Robinson Crusoair, pêcheur d'oiseau aventureux (dans le somptueux "Hommage à Baedeker" !), et le Ranoraraku de Rapa-Nui, ce volcan que l'on n'aborde jamais, forment une ronde folle et teintée d'un humour gris (Dominique Noguez).

Ce recueil est le parfait équipement pour farniente d'été. Rêveries assurées.



Jean Ferry Le mécanicien et autres contes. Illustrations de Claude Ballaré. Préface de Raphaël Sorin. — Finitude, 175 pages, 16,50 €

vendredi 24 septembre 2010

Les Quatre vents : sommaire de "L'Evidence surréaliste"

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Les Quatre Vents, cahiers de littérature
IVe livraison : L'Évidence surréaliste
Textes réunis par Henri Parisot

André Breton Fata Morgana (p. 9)
Hans Arp et Vincente Huidobro Sauvez vos yeux (p. 30)
Benjamin Péret Un point c'est tout (p. 39)
Hans Bellmer Les images du toi (p. 53)
Aimé Césaire Conquête de l'aube (p. 60)
Leonora Carrington Lapins blancs (trad. de l'anglais par Jeannine Lamuekt, p. 65)
Alain Gheerbrant Ils (p. 71)
Paul Colinet Une queue de cerf-volant (p. 79)
Julien Gracq L'appareillage ambigu (p. 85)
Gisèle Prassinos Le mainmortable (p. 94)
André Frédérique Clara (p. 97)
Maurice Henry Attention aux enfants (p. 103)
Louis Scutenaire Un peu d'histoire naturelle (p. 110)
Valentine Penrose Poèmes (p. 118)
André Pieyre de Mandiargues Le revers de la médaille (p. 122)
Mounir Hafez Eaux douces (p. 126)
Maurice Blanchard Poésie, propriété de la matière (p. 130)
Jacques B. Brunius Au théâtre du fond du lac (p. 138)
Michel Fardoulis-Lagrange Le texte inconnu (p. 140)
Feyyaz Fergar Phases (p. 141)
M. ET G. Piqueray La terreur merveilleuse (p. 149)
Simone Lamblin La croisade des enfants (p. 153)
André Masson Antille (p. 156)
Irène Hamoir L'homme disparu de Melville-Bay (p. 158)
Jehan Mayoux J'aime mais (p. 164)
Jean Pfeiffer Le voyage de ténèbres (p. 168)
E. L. T. Mesens Sing-Song (p. 170)
Jean Ferry Les escarboucles (p. 173)
Jean Maquet le chat du soir (p. 176)
Henri Pastoureau Clinamen (p. 179)
Jacques Charpier J'ai rejoint (p. 180)
André Souris Poème (p. 183)
Antonin Artaud Lettre de Rodez (p. 184)


Aux Éditions des Quatre Vents, 1, rue Gozlin, Paris (6e)

dimanche 12 septembre 2010

L'Aborigène se meurt (circa 1894)

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A l'instar de Remy de Gourmont étudiant les lapons, Elie Reclus, le frère du géographe anarchiste, se consacra aux peuples antichtones.
Ethnographe en chambre, il n'est sans doute pas le plus scientifique des anthropologues, pour autant son texte, publié aux alentours de 1894 par l'éditeur E. Dentu, présente beaucoup d'intérêt.
Sur la foi de son observation des sociétés occidentales, Elie Reclus y donne en effet sa version de la colonisation de l'Australie et l'oppression des aborigènes. L'accusation est sans appel, le style impeccable.

La Civilisation qui a mis nombre de siècles à venir, prononce l'arrêt de mort contre l'Antichtone, parce qu'il ne se civilise pas à première somation. L'aîné de l'espèce humaine n'a plus qu'à mourir, le cadet a hâte d'entrer dans l'héritage. Japhret, l'ambitieux Japhret, découvreur de continents et de pays nouveaux, est doué d'une terrible initiative. Depuis quatre siècles, les routes qu'il se fraie à travers le monde sont jalonnées de squelettes par millions entassés.

Comme le relève Joël Cornuault, l'éditeur-préfacier, on peut rester surpris que les savants ne se sont pas préoccupés avant les années 1970 de cette question relevée dès le XIXe siècle. Et on peut noter, en outre, qu'Elie Reclus donne à son propos des accents qui paraissent bien contemporains.

(...) Paris ne chôme ni d'Apaches, ni d'Aléoutes. Il y a des Papous et des Zoulous dans notre quartier. Aidons à vivre les Khonds et les Andamènes de notre rue.


Ainsi, nous sommes tous des Andamènes !



NB Joël Cornuault consacre par ailleurs ses nouvelles Notes de Phénix à André Hardellet et aux lettres de Breton à sa fille.


Elie Reclus L'Aborigène se meurt. Préface de Joël Cornuault. - Vichy, Librairie La Brèche, 36 pages, 6,90 €

Librairie La Brèche
A la page
5, rue Sornin
03200 Vichy

mercredi 30 décembre 2009

Des origines de certains événements et des bases de la langue

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Chez Dilecta, on peut se fournir en Art des putains ou en Arabe du coin, en Animal Sketching d’Alexandre Calder, en Fondements du judo d’Yves Klein, ou en Manifeste des Nouveaux Réalistes de Pierre Restany.
Mais c’est la collection Dada qui nous importe aujourd’hui car y est proposé depuis plus d’un an - excusez le retard - un fac-similé plus qu’intégral de la revue Proverbe, “feuille mensuelle pour la justification des mots” lancée par Paul Eluard depuis son home du 3 rue Ordener (Paris XVIIIe) avec le concours de Jean Paulhan, qui signe l’éditorial “Syntaxe” où s’exprime le souci de vivifier la langue, et la participation de Philippe Soupault, Tristan Tzara, André Breton, Francis Picabia et Maurice Raynal. Le premier numéro paraît le 1er février 1920, soit un an précisément après la proposition émise par Paulhan de présenter André Breton à Paul Eluard : il était donc bien partout, Paulhan, avec son air de ne pas y toucher, et son appétence pour les finesses langagière et comportementale :

l’auto, la pratique des jalons et ces mots anglais qui sont peut-être des gros mots, j’ai toujours vu que tout se passait comme si (n° 3, 1er avril 1923, p. 1)

Il se présente sous la forme de quatre pages et dans le goût typographique de Dada qui fait toujours les délices des amateurs de tracts. On y découvre tout d’abord que “391 ne contient pas d’arsenic” et que les mots “s’usent à force de servir”, et notamment chez les écrivains qui en connaissent trop, dont “les oeuvres sont les plus ternes qui soient” (Paulhan toujours).
Plus tard, en s’adjoignant les ébullitions de Georges Ribemont-Dessaignes, Paul Dermée ou Céline Arnauld au fil des 6 livraisons (la dernière est titrée L’Invention n° 1 et Proverbe n° 6 (1er juillet 1921), cette feuille aura bravement soutenu les efforts conjoints de quelques jeunes gens décidés à ne pas laisser la langue dans l’état où ils l’avaient trouvée.
Et d’ailleurs,

Après nous la blennoragie (Docteur V. Serner)

Rarissime ou uniques, la collection originale et les documents annexes fournis par Paul Destribats et présentés par Dominique Rabourdin sont reproduits dans leur “jus”, couleur du papier comprise, au format, comme autant de pièces que l’on dirait authentiques. Ces pages sont tout simplement captivantes - et pas seulement le manuscrit de la première page “à trou” de l’échantillon gratuit au fameux ajour intitulé “Bracelet de la vie”. On s’y perd, l’esprit y fait son chemin, sourit, rebrousse, tergiverse, cahote, s’interroge et se prend à rêver d’une ère où, dans la grisaille d’une crise bientôt séculaire, quelques êtres reprendraient le dessus, le nerf, le knout, l’envie…

Avec DADA, tous les jours, rendez-vous n’importe où




Proverbe feuille mensuelle pour la justification des mots. Fac-similé édité et présenté par Dominique Rabourdin. - Paris, Dilecta, 2008. Sous chemise, 1 livret de 16 pages et 6 numéros indépendants, 25 euros



NB Dilecta a publié en autre choses passionnantes les Sept manifestes Dada de Tzara et les manifestes futuristes (Debout sur la cime du monde)

Dilecta
4, rue de Capri, 75012 Paris
contact@editions-dilecta.com