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vendredi 19 janvier 2018

Les Belges inquiets (André Baillon)

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Les Belges inquiets
Les Contes, ce sont les autres, de O.-D. Périer. Quand les enfants s'amusent, de Roger Avermaete. L'Addication des pauvres, de Louis Emié.


Rassurez-vous. Les Belges ne sont pas tous inquiets. Pour n'en citer qu'un, il y a Horace Van Offel qui fait fi de toute inquiétude, ou, s'il veut s'en occuper, c'est comme le médecin qui, ausculte son malade, en gardant sa bonne mine.
A lire le titre du livre, de G.-D. Perter on pourrait croire que. lui aussi est un spectateur qui raconte : "Les Contes, ce sont les autres" (Edition de la Renaissance d'Occident). Mais sans lire bien loiu, on voit, que ce titre donne plus qu'il- ne promet. Que Périer le veuille ou. non, ses contes sont, avant tout, lui, ou s'il le préfère, à travers lui, les autres.
Inquiet Périer l'est de plus d'une manière. En Belgique, tous les Belges ne se sentent pas complètement chez eux. Né en Wallonie, tel écrivain se trouve, par la force des choses, en contact, avec les Flamands. bien différents de lui. Né à Bruxelles la bilingue, tel autre aura reçu nue éducation ou flamande, ou française, et souffrira de cette éducation qui n'aura pas été entièrement adéquate et le différencie de ses parents les plus proches. Un troisième, né flamand. écrivant sur des sujets flamands - mais en français- s'arrachera les cheveux parce que tel ou tel mot ne rend pas avec sa saveur et sa couleur, la tournure spontanée qui l'aura enchanté chez ses modèles. Ce que je dis pour la langue, peut se répéter pour les façons de penser el de sentir.
C'est ce « mal du pays » en son propre pays qui fuit le sujet, des premiers contes de ce livre : « Il n'est qu'un Français, dit un des personnages, qu'un Anglais, qu'un Allemand, qu'un passant enfin d'une forte race, pour avouer : je me sens un homme de l'Europe. A nous, Belges, il nous manque une Bible où tressaille la gloire de notre sang... »
Et De Coster ? Et Verhaeren ? Quoi qu'il en soit, il y a dans ces contes des indications précieuses, sur ce que pensent, non tous les Belges, mais certains, il y eut d'ailleurs, autrefois. une revue créée en cet esprit. : Exil.
Au surplus, telles ne sont pas les seules inquiétudes de Périer. C'est un curieux, il regarde autour de lui ; plutôt il laisse la vie venir à lui, et là où d'autres verraient la banale aventure d'une vie quotidienne, Périer trouva une proie et part s'nfermer avec elle, dans cette arrière-boutique dont parle Montaigne « toute nostre, toute franche, en laquelle noua établissions notre vraye liberté et principale retraite et solitude".
La solitude et la méditation créent des phantasmes. Voici que de menus faits se remettent à vivre. Leur existence est toute spirituelle et le « Ah que la vie est quotidienne » devient terriblement tragique, ou bizarre, ou subtile telles certaines scènes interrogatives de Maeterlinck.
Et puis, à tant découvrir de soi-même, n'y met-on quelque pudeur ? Périer voit en symboles ; or, dans un de ses récits. Cléopâtre. piquée par l'aspic, dénude devant les médecins, le sein droit, alors que c'est du gauche qu'elle meurt.



Bien différentes sont les inquiétudes de Roger Avermaete, Il ne regarde pas en lui : il regarde autour de lui : hommes, peuples, races. Il voudrait que les choses aillent bien pour tout le monde ; or, elles vont mal. Alors il se fâche, mais bon garçon qu'il est, il ne se fâche pas tout rouge, il prend sa plume et voilà une satire. L'an dernier, on a remarqué sa Conjuration des Chats. La satire était à double tranchant : elle a blessé de tous côtés. Quand les enfants s'amusent (Edition Lumière, Anvers), transporte dans le monde des petits les événements de la guerre
Il faut juger une œuvre sur ce que l'auteur a voulu faire, non sur ce qu'il aurait pu. Dans sa preface, Barbusse prévoit une objection : « on vous dira peut-être que vous avez eu tort de comparer les grandes mêlées des hommes à des jeux d'enfants et le cerveau des princes et des ministres à des jugeotes de marmots mal élevés qui se lapident avec des joujoux". Posée par Barbusse, on devine qu'elle l'est dans un sens ironique. Pourtant, cette objection est possible, parce que, au lieu d'aller au delà, la satire prend les événements un par un et les transpose trop fidèlement. Mats à ceci, l'auteur est en droit de répondre : "C'est précisément cette fidélité qui fait la force de ma démonstration ». Et alors, il ne reste qu'à admirer avec quel talent il prend, de l'origine, à la fin, chacun des promoteurs de ta guerre, chacune de leurs paroles, chacune des catastrophes qui. en résultent, et nous les rend laminés aux proportions a'an jeu ilr méchants et dangereux garnements. Il y a d'ailleurs autre chose dans ceuc satire. Je pense au prologue, un chef-d'humour philosophique : je pense à la création de certains personnages imprévus : les phonographes, lea perroquets à trois couleurs. le singe savant surtout, symbole effarant de la Bêtise qui, elle, est non seulement de la guerre, mais de tous tes temps.
Je ne dis rien du style : on ne le sent pas ; c'est le meilleur compliment.



Dans le même ordre d'idées, et publié également par Lumière, voici, de Louis Emié, L'Addication des Pauvres et le Couronnement des cadavres. La peine de morte ; la guerre.
Les deux récits de ce livre sont un peu comme le titre : trop longs. Descriptions qui s'étirent. reflexions en redites, monologues qui qui se répètent sans en finir jamais. Malgré le souffle courageux qui l'aère, l'oeuvre est lourde et ne répond. certes pas à la peine que s'est donnée l'auteur, dont je devine la nature assez généreuse et belle pour que je lui parie avec franchise.

André Baillon,


Les nouvelles littéraires, 20 janvier 1923


Illustration du billet : carnet d'Odilon-Jean Périer.

lundi 8 décembre 2014

André Baillon (sortie d'asile)

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De nombreux livres, autographes, photos et documents relatifs à André Baillon le samedi 13 décembre 2014 à 13 h en vente aux enchères en Belgique, en provenance de la collection de son ami Paul Alleman.
Les amateurs apprécieront notamment ce cliché du père de Zonzon à l'époque de sa sortie de la Salpêtrière.


mardi 5 novembre 2013

Et le Prix de la couverture la plus rose est attribué à...

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Le Prix de la couverture la plus rose, naturellement, ce sont les éditions Finitude qui la remporte pour Le Chien-chien à sa mémère, nouvelle version du dramatique recueil La Vie est quotidienne (Rieder, 1929) d'André Baillon, nouvelles témoignant très bien chacune de diverses facettes de son talent et de ses styles et sujets, nouvelles noires en stock certes, plus ou moins douces ou tragiques, auxquelles ont été ajoutés deux "contes" écrits pour L'Humanité en 1921 - (mais "Attitude", si l'on ne se trompe, est un fragment d'En sabots... on n'a plus toute notre mémoire) ; il faudra un jour rassembler tous ces écrits éparpillés en un volume comme en avait le désir les animateurs des Cahiers André Baillon et antérieurement la collection "Archives du futur" des éditions Labor qui ont fourni l'essentiel de l'effort jusqu'ici.

Revêtu de la plus pimpante des couverture en mohair, ou presque, "Le Chien-chien à sa mémère" est un modèle du genre baillonnien : syncopé, en boucle, un regard tendre transmettant des images terribles. La seule description des deux victimes d'un accident de voiture en dit long sur son talent tragicomique et sur son imagination qui s'étale toujours à côté des normes. Pour un peu, et à propos de ce dernier point, on lui trouverait des faux airs d'Audiberti à notre Baillon international dans son décomplexé constructif. Par instant. Pour le reste, il a aussi des airs de Charlot, comme beaucoup de ces collègues du temps (son compatriote Franz Hellens pour commencer) : drôlerie, une certaine douceur, de la tendresse pour l'humanité. Et une pointe d'autoflagellation amusée lorsqu'il évoque son attitude "sosotte" avec ces chats, dans un dialogue avec sa femme, là-haut, dans leur appartement plein de bruits et de labeur.

Tombée dans le domaine public il y a une dizaine d'années, mais jamais en déshérence (ses éditeurs depuis cinquante ans sont pléthore, Labor, J. Antoine, W., Éperonniers, le Cri, Sillage, etc.), l’œuvre du Belge poursuit son chemin sans esbroufe ni ostentation, même si les éditions Cambourakis tentent le grand schelem d’œuvres complètes dont les volumes paraissent à un rythme sénatorial qui convient très bien à l'éleveur de poules que fut Baillon. Les éditions Cent Pages ont participé elles aussi à la diffusion des meilleurs pages avec ce que l'on peut considérer comme le chef-d'oeuvre de Baillon, Zonzon Pépette, fille de Londres. D'autres encore, attirés par le fumet d'un style unique, rebondissant, de ce formidable représentant des lettres francophones des années 1920. Ils pousseront peut-être jusqu'à Par fil spécial. Là, règne l'odeur d'une période bénie où ronflaient les rotatives et où le brouhaha des journalistes se répandait dans les odeurs d'encre ou autour du zinc, double secret de fabrique de la prose du Belge.

Allez, lisons Baillon, il en restera toujours quelque chose.




André Baillon Le Chien-chien à sa mémère. — Bordeaux, Finitude, 134 pages, 14,50 €

mardi 26 juin 2012

Capharnaüm (opus 3)

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Livraison macabre pour un Capharnaüm de fin de printemps qui assume le fait de publier uniquement des auteurs en suaire et en dents, parfois en cheveux.

Au sommaire, des "joyeusetés" dont, bien sûr, l'illustration est servie funèbrement par un Jossot dans l'exercice de ses célèbres osseries que nous envient tous les pays d'Amérique du Sud (issues de ses "Refroidis", thème de L'Assiette au beurre de mars 1904). Et puis les auteurs de la maison, Jean Forton, Jean-Pierre Enard, André Vers, Jean-Pierre Martinet et de petits nouveaux comme Romain Coolus ou l'éternel André Baillon qui, c'est à parier, viendront peut-être grossir le catalogue de la maison ou faire l'actualité : ainsi Nadar, fameuse arsouille, qui devient dès septembre à la dernière mode avec l'exposition sur la Bohème qui ouvrira ses portes à la rentrée par le musée d'Orsay, doublée de la parution d'une énorme anthologie et archéologie de la chose chez Champ Vallon.
Et puis aussi l'étonnant Roger Rudigoz dont nous ne cesserons de recommander les deux volumes de son Journal d'un écrivain, Saute-le-temps 1960-1961 (Julliard, 1962) et A tout prix 1961-1962 (idem, 1963). Il apparaît ici dans la mise en branle de Zogidur, truculent personnage d'un livre éponyme, d'abord pour enfant (Ecole des loisirs, 1985), assurément pour les amateurs d'humeur et de belle langue.



Capharnaüm (n° 3, été 2012)
96 pages, 13 euros
editionsfinitudeATfree.fr
Envoi franco de port.

jeudi 30 septembre 2010

Petite Bibliographie lacunaire des éditions L'Ecran du Monde

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C'est de Bruxelles qu'Hermann Van Den Driessche dirigeait la destinée des éditions L'Écran du monde. Le secrétaire d'édition de la maison était Gérard Prévot (1921-1975) à partir de 1948. Voici leur catalogue, nettement lacunaire, à commencer par la revue Empreintes, consacrée à la littérature et à la l'art, qui fit logiquement en son temps, une certaine place à l'existentialisme.
Plus d'informations dès que nous les aurons amassées...


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Revue Empreintes (revue littéraire trimestrielle, In-8 de 100 p., tirée à 2000 exemplaires).
n°1 (automne 1946) Robert Ganzo...
n° 4 Angleterre et continent
n° 5 (novembre-décembre 1948) Stéphane Mallarmé (Inédits, études, documents), par Robert Goffin et Herman Van den Driessche, 100 p., fig., portr. fac-sim., couv. ill.
n° 6 Plutôt qu'un autre, par Robert Ganzo
n° 7/8 (mai-juillet 1950) Jean Cocteau. 168 pages. Numéro consacré à Jean Cocteau avec textes et lettres inédites de Roger Lannes, Picasso, Franz Hellens, Claude Roy, Raymond Radiguet, Colette, Blaise Cendrars, etc.... et des fac-similés de lettres, des dessins de Christian Bérard, Cocteau et des photographies de Randall, Dora Maar... suivi d'un essai de bibliographie.
n° 9 (juin-août 1951) Rachel Baes. 80 pages, broché. Il existe des exemplaires numéroté sur vélin. Contributions de P. Eluard, M. de Ghelderode, Géo Norge, P. Léautaud, J. Cocteau, F. Hellens, etc.
n° 10/11 (1952) Inédits de Mallarmé. Lettres et autographes présentés par B. Dujardin. Préface par Henri Mondor... 136 p., planche, portr., fac-sim., errata. n°12 (1954) Art de Londres, par Hugo van de Perre


Catalogue


M. E. Belpaire Beethoven. — Bruxelles, L'Écran du monde (impr. de H. Wellens et W. Godenne), 1946, 447 p., portraits sur la couv. et sur la jaquette. "Collection musicale des Éditions l'Écran du monde" (n° 1).

J. Camby Victor Hugo en Belgique.

M. Deauville Ménagerie, contes.
La Soledad.

A. Doppagne André Baillon, héros littéraire. — Bruxelles, L'Écran du monde, 1950, 208 p. portrait, fac-similé, couv. ill. La couverture porte en plus à l'adresse : "Paris, S.F.E.L.T.". Prix Baillon

P. Dresse Charles Maurras, poète. — Bruxelles, L'Écran du monde, 1948, 97 p.-(2).
— avec R. Goffin et M. Thiry Autour de Crimen amoris de Verlaine

L. Dubrau Double Jeu.

J. Duchesne-Guillemin Essai sur La Jeune Parque de Paul Valéry. — Bruxelles-Paris, l'Écran du monde-Itinéraires (Impr. Leempoel), (1947), 85-(3) p. dont 1 pl. de fac-sim. Contient le fac-similé d'un fragment d'une lettre inédite de Paul Valéry à Albert Mockel de 1917. Tiré à 400 ex. numérotés dont 20 sur ingres d'Arches et 380 sur vélin blanc.
Étude de "Charmes" de Paul Valéry. — Paris-Bruxelles, Les Deux Sirénes-L'Écran du monde, 1947, 179 p. Édition numérotée tirée à 600 ex.

Eugène Fromentin Les Maîtres d'autrefois. Belgique, Hollande. Introduction d'André Lhote. — Bruxelles-Paris, l'Écran du monde-Les Deux Sirènes (Bruxelles, impr. de H. Wellens et W. Godenne), (1948), 355 p., pl., couv. ill.

Jean Gengenbach Adieu Satan. — Paris, L'Écran du Monde (Dison, Belgique, J. J. Jespers-Grégoire), 1952, 189 p. Ill. de collages et découpages par l'auteur ainsi que d'une planche en frontispice, montée sur un fond dessiné par Alexis Keunen. Édition numérotée tirée à 200 exemplaires sur alfa mousse.

Robert Goffin Nouvelle histoire du jazz, du Congo au Bebop. Avec introduction par Carlos de Radzitzky. — Bruxelles-Paris, L'Écran du monde-Les Deux Sirènes (Bruxelles, impr. de H. Wellens et W. Godenne), 1948, 339 p., pl., portraits, couv. ill., figure sur la jaquette vec notice et portrait. "Collection musicale des Éditions l'Écran du monde" (n° 3).
Le Voleur de feu, poèmes (1940-1950). Couverture dessinée par Jean Cocteau, portrait de l'auteur par Valentine Hugo. Introduction par Herman Van den Driessche. — Bruxelles, L'Écran du monde, (1950), 255 p., portrait, couv. ill.
— avec P. Dresse et Marcel Thiry Autour de Crimen amoris de Verlaine.
Rimbaud et Verlaine vivants. Documents et témoignages inédits. Avant-propos de Jean Cassou. — Paris-Bruxelles, L'Écran du monde, (1948), 344 p., pl., portr.

Estelle Goldstein Contre le vent. — Bruxelles, L'Écran du monde, (1950). In-8°, 179 p., erratum. Coll. "Femmes seules" (n° 1)

dieteren.jpgGabrielle D'Ieteren et Charlotte van Marcke de Lummen Deux femmes au volant. Le premier Rallye Méditerranée-Le Cap - Paris-Bruxelles, L’Écran du Monde, Paris, Bruxelles, 1951 (Imprimerie Leempoel, 5 rue du Danemark, Bruxelles).

Pierre Polus A la recherche du temps de Marcel Proust. Analyse et situation de la peinture dans l'univers proustien, à propos des gouaches de Philippe Garlinck... — Bruxelles, L'Écran du monde, 1949, 27 p., pl., couv. ill.

Gérard Prévot Récital. Postface d'Herman Van den Driessche. — Bruxelles, L'Écran du monde, 1951, 192 p. Prix Polak.

A. Ransan En déjeunant avec... Illustrations de Bib. — Bruxelles-Paris, L'Ecran du monde-Lles Deux Sirènes (Bruxelles : Impr. de H. Wellens et W. Godenne), 1947, 269 p., portraits. La couv. porte en plus : "Antoine, Sarah Bernhard" (sic), "Bernard Shaw, Jean Cocteau, Henri Duvernois, Marcel Pagnol", etc.

A. Viatour Voyage dans l'impasse.

Y. Vilette La Rongeuse.

André Villers La Griffe du léopard. Prix Rossel 1950.

André Villers La Clé de la nuit (Roman d'aventures à la R.A.F.) - Bruxelles, Éditions L'Ecran du Monde, s. d.

Marie de Vivier Introduction à l'oeuvre d'André Baillon. — Bruxelles, L'Écran du monde, (s. d.), 175 p., portr., fac-sim.

Antoine Ysaye Eugène Ysaye, sa vie, son œuvre, son influence, d'après les documents recueillis par son fils. Préface de Yehudi Menuhin. — Bruxelles, éditions "L'Écran du Monde", (1947), 550 p., fig., portr., musique, fac-sim., couv. ill.



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vendredi 7 juillet 2006

Zonzon Pépette

Nous n’allons pas, charmantes lectrices, charmants lecteurs, vous assommer encore d’improbables recherches en archéologie papetière, non plus qu’en délicates filiations traductières. Non, vous n’aurez aujourd’hui qu’un rapide billet vantant les mérites d’un seul livre, un roman court, vif comme une gamine des rues, bluffant comme un jeune voyou, rapide comme un surineur et nerveux comme un qui fait le pet.
Ce roman c’est Zonzon Pépette, fille de Londres, du Belge André Baillon, auteur d’un petit lot de chefs-d’oeuvres bien mal reconnus.

Vous n’en saurez guère plus, parce qu’il me faut bien taquiner votre curiosité. Sachez tout de même que cette créature, car c’en est une, et formée à l’école de Belleville encore, est peut-être bien la maman d’une fillette qui fit après-guerre des réjouis, j’ai nommé Zazie. Zonzon, Zazie… Se pourrait-il que Queneau rende là un hommage ?
Vous reconnaîtrez que la question se pose en apprennant que miss Zonzon n’a qu’une formule à la bouche :

Je t’emmerde !

Diantre. Voilà donc un roman de 1923, monté comme un film de l’époque, alerte et drôle, dramatique aussi. Un bonheur. Et si l’on prend goût à cette langue des rues, on se souvient d’autres qui, à l’instar de Marc Stéphane ou de Charles-Henri Hirsch, et sans attendre Louis-Ferdinand, ont fait parler la canaille.
Allez, je vous em… brasse. Et bon week-end !




André Baillon, Zonzon pépette, fille de Londres. Grenoble, Cent Pages, 136 pages, 12 €

Les Nouveaux Cahiers André Baillon, n° 3, 2005 (Présence d’André Baillon asbl, Rue du Trône 200, B- 1050 Bruxelles, 66 pages). Passionnants !

Frank Denissen, Maria Chiara Gnocchi et Eric Loobuyck, Bibliographie de et sur André Baillon, 1898-2004. Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 324 pages.