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lundi 24 juin 2013

Paris-Calenques (retour d'Arène)

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Oh, qu'elles étaient jolies les nouvelles de monsieur Arène !
% Elles avaient le format des contes, ou plutôt des chroniques qu'il écrivait dans la presse parisienne, qui se régalait des régionalismes hauts en couleurs, pour se remémorer son lointain pays de Provence sans doute alors qu'il faisait l'homme de lettres à Paris. Et ses chroniques, elles sentaient si bon le romarin, et elles sonnaient si fort qu'on entendait les cigalous en les lisant... En faisant souffler la tramontane, les chroniques d'Arène remplacent généreusement le soleil qui nous fait défaut depuis trop longtemps (on le lui rappellera à ce globe présomptueux, et s'il croit qu'on va encore lui sacrifier des tas de vierges, il se met la fusée dans l’œil !).

Comme nous évoquions il y a quelque temps la figure de Mistral,, nous est parvenue une utile édition des nouvelles de Paul Arène qui n'était plus disponible depuis lurette, malgré la diffusion phénoménale de l'opus au cours du siècle dernier. - D'autant qu'Arène, ne l'oublions jamais, n'est pas un minus habens : il est l'un des trois rédacteurs des Lettres mon moulin de la fabrique Daudet & Cie. En cette année de capitalerie marseillaise, il fait bon saluer le Sud, ses Provençaux et nos rêves anciens.
Paul Arène, c'est un nom doux à l'oreille. il a des senteurs de Provence, mais aussi de salle de classe en hiver quand, au froid, on se réchauffait l'esprit à ses pages bienvenues. L'auteur de La Chèvre d'or (Sgap, 1888) et même de Paris ingénu (Charpentier, 1882), ne manquait pas d'esprit, comme vous pouvez vous en apercevoir dans cette lettre publiée par son ami Anatole France (Le Temps, 15 février 1891, p. 2).

Paris, 11 février 1891.
Mon cher ami,
Je comptais vous rencontrer l'autre jour pour conférer sur une affaire d'importance.
Il n'y a pas de Tellier qui tienne, et Homère n'est pas un imbécile. Homère n'eût jamais imaginé qu'on pût prendre une rame pour une aile de moulin a vent lesquels moulins à vent n'existaient pas d'ailleurs au temps d'Homère.
En Provence et ceci prouve que vous devriez y venir pour être tout à fait Grec en Provence, après la moisson, nous jetons le blé au van avec des pelles qui, en effet, ressemblent pas mal à des rames.
Il est donc naturel que des populations montagnardes, ne connaissant ni la mer, ni les choses de la mer, aient pris pour nos pelles à vanner pour la rame qu'Ulysse portait sur le dos. Il est doux d'illuminer Homère à travers les brouillards des commentateurs ingénus. D'ailleurs, c'est à Mistral que revient l'honneur de la contribution. >Nous trouvâmes la chose en riant comme des paysans, un jour que nous récitions l'Odyssée sous les cyprès noirs de Mailanne.
Les dieux vous tiennent en joie !

Votre,

Paul Arène

Mais bast ! Il n'y a pas que l'exactitude historique chez Arène et dans ses nouvelles, il y a aussi un peu de Paris, des personnages impayables de cette ville à martyrs, et puis son ami Léon Cladel, l'abbé Gribouri (mais oui !), un dieu païen embêté par la maréchaussée — il préfigure sans doute "Le Dernier Satyre" de Théo Varlet —, un certain Barjavel, des bas-bleus, des raccourcis délicieux, du "hatchich" (mais si), un propos sur la langue de bois des critiques littéraires et cent choses que l'on voudrait citer ici. Surtout, il y a sa natale Sisteron, des zinzins et des zinzinières, la mer...

"Des myriades de cigales, mises en gaieté par la chaleur du jour, s'égosillaient sur les arbres poudreux de la route, se taisant un moment ua passage de la voiture pour recommencer aussitôt de plus belle et rattraper le temps perdu."

Pour ne pas perdre tout à fait le sens de l'été, le livre qu'il vous faut dès à présent. D'ailleurs,

"Ferréol s'était tu, un peu rouge. Une orange tomba, on entendit la mer chanter."






Paul Arène Vers la calenque. Récits d'un Provençal. — Marseille, Gaussen, 224 pages, 20 €

vendredi 1 juin 2012

L'élixir d'Alphonse Daudet et Henri Magron (un incunable de la photolittérature)

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Vous qui cherchez toujours un cadeau d'une immense originalité à offrir, et au dernier moment, voici ce que l'Alamblog a trouvé pour vous :

D'une insigne rareté, L'Élixir du r. p. Gaucher d'Alphonse Daudet illustré des photographies d'Henri Magron est un incunable de la photolittérature. Extrêmement difficile à trouver, plus encore à acheter, il a fallu au patron de l'Ouvroir de Photographie Potentielle, Paul Edwards, une patience de homard pour mettre la main sur l'exemplaire qu'il nous offre aujourd'hui en fac-similé. Outre que la manœuvre est très généreuse de sa part, il faut reconnaître que l'objet, prémices de la photolittérature, est la parfaite illustration des travaux de l'Ouphoto, lequel s'emploie à explorer l'archéologie des rapports entre photographie et littérature. C'est d'ailleurs dans le cadre du bulletin de l’Ouvroir de Photographie Potentielle, L'Ouphopo, que paraît le fac-similé, sous la légitime numérotation 24-36, de la publication qui épouse la forme d’un in quarto en cahier de 16 pages en couleur, précédé d'un article (illustré) explicatif et fouillé conséquemment, le tout imprimé par Edmond Thomas, à l'enseigne de Plein Chant, à 340 exemplaires. Cette nouvelle édition anastatique ou presque, imprimée en offset, là où Magron collait des feuilles imprimées par ses soins sur des photos originales, ou l'inverse, inaugure légitimement la collection des « Incunables de la photolittérature » qui annnoce des reproductions d'ouvrages pionniers du domaine qui occupe Paul Edwards. La série sera donc composée de fac-similés critiques de ces objets livresques étonnants dont il s'agit de reproduire autant que possible la matérialité initiale. Formats variés, papiers plus encore, c'est une paire de manches, on l'imagine assez. Ce Daudet fabriqué à la main à trente exemplaires par Magron en 1889-1890 se devait donc d'être le premier réédité avec appareil critique idoine et nécessaire (1). Que nous lisons ici :

Augmentés d’un appareil critique, de vraies épreuves photographiques contrecollées, ou avec des reproductions luxueuses en phototypie ou en photogravure, figurent des contes et des nouvelles, des poèmes et des romans. La photolittérature est née.
Naturalistes ou symbolistes, théâtrales ou décoratives, les photographies qui accompagnent ces textes sont parfois des illustrations, parfois des réinterprétations de l’œuvre littéraire. Bien des générations avant les productions surréalistes ou le roman-photo du milieu du xxe siècle, des écrivains et des photographes, des éditeurs et des imprimeurs ont pris l’initiative d’inaugurer et de promouvoir l’illustration photographique de la littérature, croyant à chaque fois qu’ils étaient les premiers à le faire. La série que l’Ouphopo propose permettra de lire cette production rétrospectivement, comme une tradition, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Il s’agit de livres « uniques », ou extrêmement rares, jamais réédités, du moins jamais avec leur composante visuelle. L’esthétique et l’intérêt littéraire conditionnent le choix des ouvrages à intégrer à la série. À terme, paraîtront des ouvrages anglais et américains. Les stars de la production française sont Henri Magron, Gervais-Courtellemont, E. Lagrange, ainsi que des photographes anonymes. On y trouve des romans décadents, des pastiches, des romans policiers et des romans de cirque, des contes coloniaux et des contes orientaux, des légendes normandes, des histoires d’adultère, des mémoires de femmes de chambre ou de courtisanes, des romans féministes ou anti-féministes, des romans d’anticipation, des nouvelles médiévales ou du xviiie siècle, et des romans mettant en scène le photographe – héros, martyr et polichinelle de la société moderne.

Nous conservons pieusement en mémoire ces derniers mots et renvoyons aussi à cet opus paru vingt ans plus tard, sur la page de titre duquel "photographie" est un solide argument de vente. Comme l'électronique aujourd'hui, la photographie hier.



L’Ouphopo (numéros 24-36)
Exemplaire ordinaire (300 ex. sur couché ivoire) : 54,10 €
Exemplaires de luxe (40 ex. sur couché blanc) avec tirages giclé en feuilles :134,35 €
Pour les envois à l’étranger, contactez l'Alamblog qui transmettra.

Ouphopo
c/o Paul Edwards
8 rue Dareau
75014 Paris

mardi 16 novembre 2010

Le Bobo, c'est pas nouveau !

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La Bohême bourgeoise, par CH.-M. FLOR O’SQUARR (L. Genonceaux). — Pas de chance, décidément, ce titre-là ! Exploité par Oscar Méténier et Flor O’Squarr (Ch.-M.), il plane encore au-dessus du néant. Flor O’Squarr nous promène dans un monde de lettres où son héros, un homme de lettres (trouvez-moi un héros de roman qui ne soit pas, aujourd’hui ?) réussit dans tout ce qu’il entreprend et a, sans effort, beaucoup de talent. Ce n’est ni Bohême ni bourgeois, et quant au type de Darnaud, le grand directeur de la grande revue, il nous semble qu’avec une très petite apostrophe entre le D et l’A ce serait un peu l’immortel Arnaud de l’Education sentimentale. Cependant, livre écrit fort correctement et par un auteur qui connaît bien la langue ordinaire de M. Alphonse Daudet ***




Le Mercure de France, n° 13, janvier 1891, « Les livres », p. 61.

*** n'est autre que Rachilde.

Sur la question de la définition du "bobo" — ne pas confondre avec le "dodo", qui s'est éteint, comme on sait —, qui mieux que les auteurs de la Désencyclopédie ont apporté des lumières définitives ?

mercredi 26 mai 2010

Jean Aicard inédit

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Je baise tes pieds nus, charmante Fantaisie,
Tes pieds roses & nus qui n’ont jamais marché ;
J’aime l’air frémissant par tes ailes touché,
Sœur cadette de la divine poésie.


(Jean Aicard, Les Apaisements)



Si l'on faisait dans la littérature-spectacle, on commencerait ce billet en rappelant comment le jeune Rimbal ponctua, un jour, la fin des vers que récitait Jean Aicard. C'était bien dans la manière du sale gosse et cela nous permet de signaler que Jean Aicard, écraivain délectable (qui n'a pas lu Maurin des Maures ?) avait une généreuse particularité : il était réputé pour son talent de diseur de poèmes et semblait capable de captiver un auditoire avec n'importe quel texte.

Mais ce n'est pas là la seule particularité d'Aicard.

Avec Alphonse Daudet et Paul Arène, il formait le trio qui sut célébrer aux confins du siècle dernier leur "petite patrie", la Provence. Et Aicard le fit si bien qu'il finit par en décrocher un pompon de l'Académie française qu'il avait longuement souhaité. Ensuite, comme de bien entendu, on perdit le fil de son oeuvre après son décès, en mai 1921.

Trop confiants dans l'Immortalité de nos Immortels, on n'y alla pas voir très tôt, mais il reste des amateurs inspirés qui dégustent ses écrits avec plaisir, et communiquent celui-ci, conséquemment, d'enthousiasme. Depuis la parution de Maurin des Maures en 1908 pourtant, les régulières rééditions de ce livre et de sa suite, L'Illustre Maurin, auraient pu attirer l'attention plus fermement. Car il faut voir ce qu'Aicard a dépensé de belle encre pour célébrer son pays.

Un recueil vient à point nommé fournir des nouvelles qui n'ont point perdu de leur fraîcheur : "Jacqueline", tout d'abord, un très bel inédit retrouvé en Californie. Dominique Amann nous en parle :

Fort du succès de librairie de ses Jeunes Croyances, Jean Aicard voulut probablement s’essayer aussi à la prose et il paraît avoir remis un manuscrit à l’éditeur parisien Champion. Toujours est-il que cette histoire intitulée Jacqueline et datée « Toulon, Septembre 67 » n’a jamais été publiée mais fut précieusement conservée par Édouard Champion… et échoua dans la boutique d’un antiquaire de Los Angeles chez qui j’ai retrouvé cet autographe totalement inconnu de Jean Aicard !

Dans ses contes, il y a aussi des histoires de pâtres, des joueurs de flûte, des savetiers besogneux et la "Gueuse des marais", ainsi que "L'immortelle" qui narre le destin navrant du trop timide capitaine du Meyfret. Enfin, un "Discours sur les ruines de Solliès-Ville" nous attire l'oeil. C'est justement à Solliès-Pont, de la commune de Solliès-Ville, qu'était installé Théo Varlet à la fin de sa vie. Jean Aicard ayant été un temps l'édile de Solliès entre 1919 et sa mort, on ne peut s'empêcher de penser que Jean Aicard et Théo Varlet se sont croisés. Forcément.

Et qu'un amateur d'Aicard a trouvé ici ou là une aimable correspondance...

On peut rêver.



Jean Aicard Contes et légendes de Provence. Edition présentée par Dominique Amann. - Marseille, éditions Gaussen, 208 pages, 20 €


Rappel : Jean Aicard Maurin des Maures. Préface de Jean-Claude Izzo (Phébus, 2002, 9,90 €)

lundi 16 juillet 2007

Sagesse d'Alphonse Daudet (1892)




Je vous remercie, mon cher confrère de ce que votre critique de La Menteuse contient de spirituellement aimable pour moi, mais il devrait bien être convenu, une fois pour toutes que, si perfectionnés qu'ils soient, les reporters sont des téléphones où se perd la moitié du sens et de l'intention de nos paroles. Dans l'interview que m'attribue le Gaulois, je ne me suis qu'à demi reconnu.
Votre dévoué,
Alphonse Daudet



Alphonse DAUDET et Léon HENNIQUE La menteuse, pièce en 3 actes avec Raphaël Duflos (Georges Nattier), Charles Burguet (Abbé Pierre), Alix Pasca (Comtesse Nattier) (Paris, Théâtre du Gymnase, 4 février 1892).
- La Menteuse, pièce... (Paris, Flammarion, s. d. (1892) ; autre édition : E. Flammarion, 1895, 217 p.).

Voir aussi Roger Ripoll, "À propos de La Menteuse : une interview d’Alphonse Daudet", Le Petit Chose, 3e série, n° 92, 2e semestre 2004 (publication des actes du colloque "Alphonse Daudet et le spectacle", Fontvieille, 15-16 mai 2004), p.55-61