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Mot-clé - Alfred Kubin

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mercredi 2 septembre 2009

Le catalogue pérave (tendances)

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Il y a quelques mois déjà, au Musée d’art moderne de la ville de Paris, nous avions renâclé lorsqu’on nous avait proposé en piles plastifiées le catalogue de la belle exposition Alfred Kubin. Pas un exemplaire qui soit en état d’être vendu - neufs mais salis, endommagés, flétris et pour le prix du neuf tout de même : 39 euros.
Un graphiste à la mode s’était réjoui l’égo en imaginant un truc “ouf” et chichiteux : une couverture sur papier crème clair et léger, léger… Avec rabats, certes, mais beaucoup trop léger pour accueillir et soutenir un corps d’ouvrage de XVI-146 pages. Faute de pouvoir lire ailleurs le texte de Christophe David, nous fîmes l’achat tout de même, le coeur lourd. Et, depuis, nous avons coulé dans le verre cette future ruine afin qu’elle subsiste un peu.
Pour flétrir le responsable de cette erreur olympique, signalons qu’il n’est autre que ce graphiste à la mode qui avait également foiré (hardiment) le catalogue Samuel Beckett du centre Beaubourg (solide celui-là, mais équipé d’un foliotage imbrogliotique). C’est à croire que les graphistes à la mode suivent les mêmes enseignements que les architectes à la mode…

Nous imaginions avoir tout vu lorsque, au sortir de l’exposition Max Ernst du Musée d’Orsay (les 184 collages originaux de La Semaine de bonté de 1933 réunis pour la première fois, après avoir été édités en 1934 par Jeanne Bucher), nous nous jetâmes sur la librairie pour acquérir le roman-photo réédité… Las…

Le gros catalogue était là, sous nos yeux, correctement imprimé. Sauf qu’un autre “artiste du livre” à la mode avait fait oeuvre d’imagination, prétendant sans doute nous trouer le fondement : des plats de carton brut, sans protection sur les tranches et des coins non couverts… Evidemment, aucun exemplaire n’était exempt de tonches, torsions, blessures. Et passons sur l’impression de la toile du dos qui ne résiste pas à l’ongle et sur le brochage beaucoup trop fragile pour subir sans blessure une consultation intégrale. L’objet valant 45 euros, nous filâmes, instruits par l’expérience. C’est à peu près la seule chose à quoi nous sert notre âge.
Et nous songeâmes - in petto, naturellement - qu’il y avait quelque déplaisir à voir des machins pareils, produits par des institutions pareilles, et à en causer ici, après avoir loué pas plus tard que la semaine dernière les travaux d’un imprimeur-éditeur indépendant de Bassac, Edmond Thomas, fine fleur du métier.

jeudi 30 novembre 2006

Passionnants passionnés (I) : Christophe David

Farouche comme tout, ou bien timide, il existe une race de travailleurs qui travaillent et préfèrent à la diffusion de leur image celle de leurs travaux. Leur arracher un portrait est toute une affaire et c'est pour cette bonne raison que nous ne trouverons pas ici leurs binettes. Mais ils offrent chaque année bien d'autres trésors pour que l'on ne s'en formalise pas — pour autant, le Préfet maritime ne désespère pas de voler à l'occasion une image...
Tout lecteur qui se respecte sait reconnaître ce que sont les livres des hommes et des femmes qui travaillent. Aussi, afin d'enrichir vos listes de cadeaux de noël d'une série de textes essentiels et bons et utiles et délectables, voici quelques opus qui ont pris place au plus haut dans l'estime et dans la bibliothèque du Préfet maritime et où vous trouverez assurément de quoi vous pourlécher beaucoup.

Christophe DAVID
Cet extrait d'une correspondance personnelle avec Christophe David afin de faire un peu connaissance avec ce philosophe, ce traducteur, ce traducteur de philosophes — il a produit une thèse sur la main, large sujet —, fragment plaisant où l'on constatera que l'oiseau est joueur, notamment. L'extrait permet peut-être de donner le la du personnage : on peut philosopher et conserver intact un vif et réparateur sens de l'humour. Confirmation, s'il en fallait, que ce n'est décidément pas la chemise blanche qui fait le philosophe... :

"Je suis en train de ramer pour finir la traduction de la correspondance entre Walter Benjamin et Gretel Karplus. Elle contient deux types de lettres :
- Type 1 : Walter : je n'ai pas un rond.
- Type 2 : Gretel : j'ai mal à la tête.
L'ensemble pourrait aisément être formalisé par un oulipien."

Afin d'en dire un peu plus long, avouons que le Préfet maritime fit connaissance de ce discret érudit, néanmoins efficace et productif, lors d'une rare réunion de la rédaction du Matricule des Anges. En un période antédiluvienne ou couasi, lorsqu'encore existait la première équipe des rédacteurs — les dinosaures. Antérieurement à 1996 sans doute, puisque Christophe David n'avait pas encore publié de traduction. Toujours aimable, agréable, pondéré — ce qui n'est pas le cas du Préfet, on le sait —, cet homme est resté de fréquentation plus qu'agréable et ses choix littéraires et philosophiques s'évèrent aussi humanistes que passionnants.
Il suffit pour s'en convaincre de consulter les catalogues des maisons Allia, Phébus, Le Promeneur, Le Rocher, Payot, l'Echoppe et al. où ont paru ses versions des écrits de Antonio Saura, Macedonio Fernandez (le Macedonio Fernandez, celui que Borges prit pour maître), Vincente Huidobro, Georg Simmel, Adorno, Einstein, et Alfred Kubin dont il est le principal pourvoyeur en France.
Afin d'assister le père Noël en cette période de surconsommation hirsute, voici, à notre avis, quelques livres récents dûs au talent et au cerveau de Christophe David qui devraient faire des heureux :

Vincente HUIDOBRO Papa, ou Le Journal d'Alicia Mir. — Paris, Phébus, 2005, 224 p. 18,50 €

Alfred KUBIN Histoires burlesques et grostesques. — Paris, Phébus, 2006, 153 p. 13,50 €

Günther ANDERS La Menace nucléaire. Considérations radicales sur l'âge atomique. — Monaco-Paris, Le Rocher, 2006, 153 p. Coll. "Le Serpent à plumes", 20,90 €

Theodor W. ADORNO Métaphysique. Concept et problèmes. — Paris, Payot, 2006, 260 p. 23 €

Georg SIMMEL Pour comprendre Nietzsche. — Paris, Le Promeneur, 2006, 125 p. Coll. "Le Cabinet des lettrés", 13,50 €

Avec, pour finir, un bijou court et dense, la plus courte correspondance qui soit (une lettre et une réponse), traduite par Blaise Briod et présentée par Christophe David. Un petit livre dont la lecture devrait être obligatoire, depuis la maternelle jusqu'aux bureaux du quai d'Orsay. Tiens, et si Philippe Sollers le traduisait en chinois, hum ?

Albert EINSTEIN & Sigmun FREUD Pourquoi la guerre ? — Paris, Rivages, 2005, 67 p. Coll. "Rivages poche/Petite Bibliothèque", 5 €

Signalons enfin que cette petite liste est tout sauf exhaustive. Un habile naute se rendant sur le catalogue de la BnF comprendrait immédiatement le caractère désuet et lacunaire de notre effort. Las...

Ajoutons pour finir qu'une surprise masquée (comme le concombre) attend, sous la signature de la romancière Anne Serre, les lecteurs du nouveau magazine féminin Je. Le n° 1 est en kiosque aujourd'hui. Oups. Nul ne ratera en outre, et forcément, la page de publicité de la firme Rolls Royce.