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jeudi 28 juillet 2011

Jean Prévost pamphlétaire ?

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Vous avez lu l'histoire de Jean Prévost, comment il vécut, comment il est mort. Vous voulez en apprendre encore ?

Journaliste, romancier, essayiste, grand sportif, Jean Prévost a été tué par les soldats de la Wehrmarcht alors qu'il résistait dans le Vercors, les armes à la main. Son œuvre a connu depuis les années 1990 un regain d'intérêt et a été partiellement rééditée (Dix-huitième Année, La Chasse du matin, Vie de Montaigne, etc.) et les éditions Joseph K. donnaient en mars dernier le recueil de ses articles parus dans Pamphlet, la revue qu'il avait lancée avec Alfred Fabre-Luce et Pierre Dominique. L'association de la carpe et des lapins, peut-on constater aujourd'hui : Fabre-Luce et Dominique passaient tous deux dans les rangs de l'extrême-droite doriotiste après le 6 février 1934 quand Jean Prévost s'en tenait à une position démocrate.
Organe d'interrogation de la société, de l'économie et de la géopolitique des années 1933-1934, au moment où Hitler montait au pouvoir, Pamphlet (16 pages, cinquante livraisons entre le 3 février 1933 et le 16 février 1934) n'avait, au fond, rien de réellement pamphlétaire. Le titre était probablement vendeur mais le propos plus analytique que contondant. Et les articles réunis de Prévost le montrent assez, ils sont d'une grande mesure.

Voici toujours un fragment de l'éditorial, signé Jean Prévost :

Les rédacteurs de Pamphlet, puisqu'ils sont des hommes libres ne seront pas du même avis sur tous les sujets. Le cas échéant, ils soumettront au public leurs désaccords. Mais ils se sentent déjà tout à fait sûrs que ces désaccords seront minimes en comparaison de celui qui les sépare tous trois de l'idéologie régnante.
Idéologie ? Il faudrait plutôt dire : rhétorique. Et c'est contre cela qu'il faut lutter. Nous vivons d'apparence, parmi des mots qui cachent les faits. Les intérêts que cette fiction recouvre, les vanités qu'elle flatte, les ignorances dont elle profite sont considérables. Contre tant d'ennemis, Pamphlet essaiera de remettre en honneur la logique et l'ironie, avec le ferme espoir, qu'un jour, à cause de cette effort, l'usine parlementaire et journalistique de sottises, si elle ne ferme pas complètement ses protes, réduira sa production."



On aimerait, aujourd'hui, pouvoir en lire autant. Et nous regrettons d'annoncer aux mânes de Jean Prévost que l'usine à conneries fonctionne toujours à plein.
Point ironiste pour de vrai, Jean Prévost le normalien était un réflexif plus qu'un vitupérant, et un raisonneur plutôt qu'un styliste très entraînant. Très lucide cependant, très observateur et exigeant sur la qualité des rapports des hommes et des institutions, des hommes entre eux, sur la liberté et l'égalité, la justice. Témoins ses articles sur les bourgeois ruinés recasés aux bons postes, sur la peur des Français, sur la littérature non rentable et les rapports de l'architecture et du monde politique...

Le plus troublant reste que l'on a la forte impression en suivant la pensée de Jean Prévost qu'il évoque le monde d'aujourd'hui.
L'histoire fait mine de ne pas repasser le plat...



Jean Prévost Ni peur ni haine. Édition établie et préfacée par Emmanuel Bluteau. Joseph K., « métamorphoses » (n°2), coll. 256 pages, 12 €