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lundi 21 décembre 2015

Flan le précurseur

AlexandreFlan67.jpg


Personnage d'une grande importance, Alexandre Flan (1827-1870) finira par inscrire son nom en lettres dorées dans les annales. Pour tout un tas de raisons.
Certains travaillent d'ailleurs à faire le tour de ses titres à la gloire, naturellement, mais ça n'est pas aisé car ce polygraphe à tendance journalistique et chansonnière semble avoir été conçu pour épater la galerie et les générations à venir. Un peu comme Maxime Lisbonne ou Alphonse Allais.
% Si l'on ne tient compte que de la poétique qu'il diffuse dans son recueil de 1867, Rhythmes impossibles et jardin des racines françaises, on a là un très beau cas de précurseur incontestable de l'Oulipo, doublé d'un cas de calligrammaniaque bien fumant qui nommait "poème fac-similaire" ses inventions typographiques. En 1867... (Franc-Nohain n'est pas si loin, il naîtra cinq ans plus tard.) Ses intentions étant aussi ironiques que sa poétique était audacieuse, vous vous convaincrez de la prééminence de son rôle.
Mais de Flan, reconnu comme vaudevilliste et chansonnier, co-directeur de La Lune, fondateur de L'Eclipse avec François Polo et rédacteur en chef de La Chanson illustré, il ne resterait rien ? Vous verrez dans les temps prochains que, bien au contraire, ce lascar a de quoi surprendre encore...
A suivre.



Alexandre Flan Rhythmes impossibles et jardin des racines françaises. - Paris, C. Grou, 1867, 124 p.


alexandreFlanportraitassis.jpg

mardi 14 décembre 2010

L'opinion de Boquillon

BoquillonOpinion.jpg



L'opinion de Boquillon

(sur l'air de l'Enflammé.)

I
Vous me demandez mon sargent,
Ç'que j'pens' des affair's du moment :
Que ça m'paraît s'embarbouiller,
Que ça m'paraît s'entortiller
A n'pouvoir s'désentortiller ;
De mille affiches, l'mois passé,
L'mur d'en face était tapissé ;
Des afflch's et des orateurs,
Y en avait de tout's les couleurs.

Dam ! la politique,
C'est tique, tique, tique,
Tique, tique, tique, tique,
Un' drôl' de mécanique ;
Dam! la politique,
C'est tique, tique, tique,
Tique, tique, tique, tique,
Un fier gâchis,
Que j'vous l'dis :
Ton, ton,
Rapetipeton,
Eapetipeton,
Rapetipompette ;
Ton, ton,
Rapetipeton,
Rapetipeton,
Rapetipompon !


II
D'bien juger chacun s'croit l'talent :
Les uns voient roug', les autres blanc ;
Bref! chacun voit selon son goût,
Y en a même et d'ceux-là beaucoup
Qui, je l'crois, n'voient rien du tout;
Mais ce qui m'étonne surtout,
C'est que l'bourgeois, qui s'plaint partout
Sitôt qu'il ne vend plus beaucoup,
Vot' pour ne plus vendre du tout.

Dam ! la politique, etc.


III
J'croyais, dans ma naïveté,
Qu'tout en. aimant la liberté,
L'Parisien serait enchanté
D'avoir de la tranquillité,
C'était de l'estupidité ;
L'voyou voudrait être ouvrier,
L'ouvrier voudrait êtr' rentier,
Et, dans tous les rangs, les derniers
Voudraient la place 'des premiers.

Dam ! la politique, etc.


IV
C'est comm' si qu'les derniers troupiers
Prenaient la plac' des officiers,
Et comm' si que le caporal
Voulait commander l'géhéral,
Qu'ça n'pourrait aller qu'bien plus mal ;
Qu'du moment qu'dans un'nation
N'y a plus d'subordination.
C'est comm' si, voilà c'que j'comprends,
D'vant l'enn'mi nous rompions les rangs.

Dam ! la politique, etc.


V
Quand même on verrait une fois
Que les voyous seraient les rois,
Et qu'les rois seraient les voyous,
Ça s'rait-i bien meilleur pour nous ?
Ça s'rait comm' si que les pioupious
Se f'saient généraux tous en tas ;
Comme y en aurait plus que d'soldats
Et qu'ils s'battraient continuel'ment,
N'y aurait bientôt plus d'régiment.

Dam ! la politique,
C'est tique, tique, tique,
Tique, tique, tique, tique,
Un' drôl' de mécanique ;
Dam ! la politique,
C'est tique, tique, tique,
Tique, tique, tique, tique,
Un fier gâchis
Que j'vous l'dis :
Ton, ton,
Rapetipeton,
Rapetipeton,
Rapetipompette !
Ton, ton,
Rapetipeton,
Rapetipeton,
Rapetipompon !


Clairville



La Chanson illustrée (1e année, n° 39)
Bureaux : 16, rue du Croissant. Rédacteur : Alexandre Flan.