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vendredi 1 juillet 2016

La mort quotidienne d'Alexandre Bonnier

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En terme d'électronique

Sorti de la boucherie industrielle, c'est un ciment de sang de boeuf produit en plaquette : :circuit imprimé dans la chair plate appelée galalithe.
Veines et veinules bleues chez l'un — la viande — argent chez l'autre — l'électronique — sont comprimées dans ce caillot plat, cette résine synthétique ou cette croûte de plaie sèche.
C'est en quelque sorte l'épilogue du caillot préfigurant les matières plastiques isolantes et la transistorisation.




Alexandre Bonnier La Mort quotidienne. - Marseille, Chemin de ronde, 1985, 84 pages, 8 €


mercredi 24 juin 2015

La mort quotidienne d'Alexandre Bonnier

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Alexandre Bonnier (1932-1992), artiste, ami d'André Pieyre de Mandiargues et professeur aux Beaux-arts de Moulins a tourné souventes fois autour de la mort, et notamment dans deux courts-métrages, Ma mort ou celle d'une autre (1972) ou de La mort quotidienne (1984). Sur le thème de la décrépitude, le peintre de Madame Rouille a donné un très beau recueil sous ce même titre où il auscultait les signes avant-coureurs de l'arrivée de la Faucheuse sans vergogne, en action chaque jour, elle-même peintre et sculpteuse de son corps à lui...
Voici un déroulé qui évoque sans coup férir "Le Boeuf écorché" de Rembrandt, cette terrible vanité.

En termes de couleurs
Bleuasse, violine, violacée. Bleuie, verdâtre, verdissant, "verdassou", noirâtre, blanchâtre, grisâtre, griseux. Teintée de cire, rosâtre, de teint saumâtre, maussade, blanc, blanchâtre, grisailleux, bleuis. Blanchoyer. Grisaille, laitance, de suif repu; grisard, grisonne et pâle, et fade, et fadasse, et beige, et beiges, et blanc cassé, blanc repu, blanc enflé, blanc sale et teint graisseux, teinte de bobèche, beurre, couleurs malsaines. Pour ainsi dire toutes couleurs réapparaissant de dessous ou en état de passage, toutes couleurs en état de virage, tel le rose muguet ou le blanc en saillie : celles sournoises ou de faisanderie.




Alexandre Bonnier La Mort quotidienne. — Marseille, Chemin de ronde, 1985, n. p.


mardi 23 juin 2015

L'Heure finale d'Adrien Le Corbeau

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L'heure finale
A tous ceux qui sont morts, à tous ceux qui mourront, à tous, M. Adrien Le Corbeau dédie son livre : L'Heure Finale.
Commen on s'en doute, rien qu'à la lecture du titre et de la dédicace, il s'agit du récit de la dernière heure d'un homme. On ne peut reproche à M. Le Corbeau d'être un auteur banal et frivole : une serein gravité marque ses traits, et cet auteur, dont l'Académie a couronné le front, nous a déjà l'histoire d'un arbre qui grimpait jusqu'aux cieux et que, modestement, il baptisa "Le Gigantesque".
Du temps où régnait la valse boston, on eût pu croire que L'Heure Finale servait désigner quelque musique de danse à trois temps. Hélas ! les tissages ont perdu leurs beaux habits rouges et leurs frères cadets se teignent le visage en noir. Le temps des valses est finit et M. Adrien Le Corbeau songe à la mort.
M. Adrien Le Corbeau est un disciple de Pascal, mais un disciple qui tâche d'être serine. A la vérité, M. Le Corbeau ne veut point mettre dans l'âme de ses lecteurs cette angoisse que symbolise pour nous l''auteur des Pensées.
L'Heure Finales est l'heure qui se calme, et sans insister sur les détails physiologiques, notre auteur étudie la ruine de l'homme, la dispersion de sa conscience. M. Le Corbeau n'est pas de ces écrivains maigres, inquiets, tourmentés. "J en sens pas l'horreur de la mort", dit-il avec un bon sourire vivant ; et il raisonne : "La mort est banale, parce que coutumière ; la mort n'existe pas; elle marque simplement la rencontre de deux phases : une qui finit, l'autre qui commence."
M. Le Corbeau, qui, tout de même, répond assez peu, physiquement, à l'idée qu'on se fait d'un admirateur ou d'un disciple de Pascal, s'en va, calme, auguste, serein, couronné par l'Académie française. Je pense encore au titre des valses sentimentales, mais bien portantes. Allons, monsieur Le Corbeau, l'Heure Finale, c'est l'heure exquise.


Nouvelles littéraires, 15 mars 1924.


Sur le même sujet, d'un point de vue nettement différent, il n'est pas mauvais de se pencher sur le très beau livre d'Alexandre Bonnier, La Mort quotidienne (Marseille, Chemin de ronde, 1985).