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Mot-clé - Albert t Serstevens

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vendredi 25 mai 2012

Est-ce la lecture du Garde Rouge ?

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Les aventuriers français de la fin du siècle dernier sont assez rares pour être signalés.
Il s'en faut qu'on les connaisse tous, mais nous n'irons pas chercher encore dans son cuir rutilant André Malraux pour faire illusion en la présente occasion. Oh non ! D'ailleurs des gars comme Jean-Louis Brau, ça ne pète pas dans les soies de la République, même si, à l'occasion, ça dirige en kimono soyeux un bordel de campagne en consommant des opiacées.

Révolutionnaire, artiste, bûcheron dans le Var ou lettriste passé à l'armée, Jean-Louis Brau a pu se vanter d'avoir tordu le cou à l'idée que l'on peut se faire de l'artiste d'avant-garde, ou à l'écrivain germano-pratin. D'ailleurs, il aura plus compilé de recettes de bricolage et de "savoirs" cartomanciens qu'écrit de prose, en bon singe appliqué. Le goût de l'art lui était passé - lui avait-on fait passer ? il est vrai qu'il avait alors charge d'âmes...

Néanmoins, revenons à notre sujet, il donne en 1972 Le Singe appliqué chez Grasset, son grand et gros bouquin, où il avait battu le rappel de son passage sur terre et dans les coins les plus curieux qu'on y trouve. Quelques années plus tôt, il avait proposé un roman-photo cybernético-londonien chez Losfeld, Le Voyage de Beryl Marquees, à ranger aux côtés des tords-neurones à la Mercier (1968) - et ce Singe-là, ça n'est pas de la gnognotte.
C'est d'ailleurs un singe artiste qui signa Bull Dog quelques-unes de ses toiles.

Un singe de l'Internationale Lettriste, avant que cette dernière n'en soit à se singer.

Bref, Brau, c'est Bull, le combattant du petit bonheur, le routard béni des dieux, incessant renifleur de la flore des talus, expert en "volapuk de la braguette", en colère contre l'ordre, ou contre le désordre, coincé par hasard dans la "pétaudière de Saïgon", après avoir côtoyé les "argonautes" de chez Moineau, décidément loin des chichis des avant-gardes qui sont des foires aux bestiaux — et quels !

Et puis, il y avait les humanistes, les tu-me-prêtes-ton-stylo-que-j'signe-une-pétition, l'abbé Pierre, Jacques Madaule, le professeur Kastler, les craquemuches des Temps modernes, les fauxfaffés de Tel Quel, les extraterraterrestres de Planète, et toute une chiée de grands et petits prêcheurs à tout berzingue (...)

Soit. Mais que ceux qui imaginent trouver ici une longue chronique de la vie intellectuelle parisienne des années 1950 aux années 1970 (ou une histoire du lettrisme qu'il ne loue certes pas démesurément) soient détrompés : Brau avait mieux à faire.

C'est donc l'histoire anecdotique de la vie de Jean-Louis Brau que cet opus, une autobiographie à peine achronologique et coq-à-l'ânesque un peu. On n'y apprend forcément pas que Brau militera pour la littérature des intoxiqués avec "Notes éparses à l'usage de Messieurs les Amateurs de belles-lettres et de sensations fortes désireux de déchiffrer l’œuvre de William Seward Burroughs"(N.D.L.R., n° 3-4, novembre 1978), six ans plus tard, mais on sait qu'il fut au Biafra, fréquenta des clubs étranges, vécut à Londres, croisa Cocteau et son fameux jeu de mains inspiré de Robert de Montesquiou, connaissait apparemment Albert t'Serstevens, le copain de Cendrars, ou bien encore ses amis Gustave-Arthur Dassonville, LE Dassonville, et Jacques de La Villéglé, le Jacques de La Villéglé.

Le plaisant de ce Singe appliqué, au-delà de son allant et de sa goualante "ruisseau parigot", sans oublier les mille anecdotes savoureuses ou simplement exotiques et curieuses dont le baroudeur nous fait l'honneur, c'est que sans tomber dans l'amertume ou l'aigreur, l'enfant de son siècle accepte de mettre à distance ses anciens lustres, ses vieilles lunes et s'amuse des ressorts communs, des illusions, des rêves et des espoirs enfuis. En vieil ours, Brau l'admet, s'en moque, ironise et tourne le dos pour aller voir ailleurs. En somme, Brau, qui ne s'en laissait pas compter, savait aussi laisser tomber.

On n'aura peut-être pas beaucoup d'autobiographies aussi probes pour nous parler de la seconde moitié du siècle dernier. Spécialement de la part des artistes et des créateurs...


Pour en savoir plus sur l'étonnant Brau (1), le catalogue que lui consacrait la galerie 1900-2000 à l'occasion d'une rétrospective (1997) contenait une chronologie très documentée de François Letaillieur du 10 juin 1930 (Saint-Ouen) jusqu'à 1987, date de la réédition de son Dictionnaire de l'astrologie — lui-même avait disparu en août 1985. On apprend grâce à François Letaillieur énormément de choses.
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Jean-Louis Brau Le singe appliqué. - Paris, Le Dilettante, 2012, 541 pages, prix non mentionné (25 €)



(1) SUr les situs en général, on peut se reporter à La Tribu, de Jean-Michel Mension (Allia, 1998)

vendredi 6 mai 2011

Jubilé Alfred Eibel

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Alfred Eibel fait son jubilé. Journaliste, éditeur, sinophile et spécialiste du roman noir, ce drôle de paroissien récolte aujourd'hui les fruits d'une longue activité littéraire qui l'a amené à fréquenter d'autres personnages singuliers, tels son voisin de palier Jean-Pierre Martinet ou le poète Yves Martin.
S'il se définit lui-même comme un "garagiste de la langue" (entretien dans le Matricule des anges à paraître en mai), il est indéniable qu'il est aussi constructeur (voir la bibliographie lacunaire de ses éditions ici même) et un producteur (roman, essais, pré et postfaces, articles, etc.)
Trois ouvrages paraissent coup sur coup et... quelques autres s'annoncent, comme ces souvenirs depuis longtemps attendus.
Deux titres sont déjà disponibles : le fameux Hors Commerce dont nous reparlerons car ce livre est un ouvrage unique repris par les éditions du Sandre qui n'ont certes pas ménagé leur audace en rééditant avec enthousiasme cet opus magnum étonnant ; et un premier recueil d'articles consacrés à des écrivains américains, De passage à Paris.
La couverture conçue comme un flyer dit l'essentiel de ce que contient le livre. On peut souligner toutefois que les pages consacrées à Edward Bunker ou Iceberg Slim ne sont pas les moins étonnantes... (les autres auteurs passés à la question sont Jim Harrison, Robin Cook, Russell Banks, James Grady, Paul Auster, Toni Morrison, Jim Nisbet, Robert Ludlum, Lawrence Block, Michael Connelly, Kenneth White).


A suivre...


Alfred Eibel De passage à Paris. Entretiens. - Finitude, 120 pages, 13,50 €


A paraître

Alfred Eibel Garde à vue. Entretiens et rencontres. - Sète, Editions du Dauphin vert, 17 € En librairie le 20 juin prochain.
Table des matières :
Samuel Blumenfeld
Stéphane Bourgoin
Nicolas Bouvier
Serge Brussolo
Maurice G. Dantec
Pierre Drachline
Gilles-Morris Dumoulin
Jean Dutour
Claudine Frabre-Vassas
Frédéric H. Fajardie
Pascal Garnier
José Giovanni
Daniel Giraud
Armand Guibert
Fritz Lang
Auguste Le Breton
Michel Lebrun
Jack-Alain Léger
Gérard Legrand
Robert Levesque
Georges Londeix
Léo Malet
Yves Martin
Jean-Pierre Martinet
Georges Perros
Jacques Perry, Guy Rohou, Jacques Serguine
Patrick Raynal
Françoise Sagan
Jacques Serguine
Jacques Siclier
Michel Surya
Albert t'Serstevens
Marc Villard

Bibliographie d'Alfred Eibel
Trois lumières, choix de textes de Fritz Lang (Paris, Présence du Cinéma, 1964 ; rééd. Ramsay, 2007, "Ramsay poche").
Le chien merveilleux (Paris, Acropole, 1987).
Jean-Bernard Pouy (Paris, Méréal, 1996).
Les boulevards extérieurs de Marc Villard (Paris, Méréal, 1997).
Almanach du polar (Paris, Méréal, 1997).
Michel Lebrun, témoignages (Paris, Hors commerce, 2002).
En collaboration avec Françoise Montfort 500 façons d’éliminer son prochain (Paris, Éditions Hors commerce, 2004).
En collaboration avec Robert Gordienne Les grandes erreurs judiciaires (Paris, Le Cherche-Midi, 2007).
Tout sur Columbo (Sète, 2ditions du Dauphin vert, 2011).
Alfred Eibel (éd.) Hors Commerce (Paris, Éditions du Sandre, 2011).

Ajoutons à ces titres des préfaces à :
Peter Altenberg Ma vie en éclats (Cognac, Le Temps qu'il fait, 1989)
Armand Guibert Périple des îles tunisiennes (Paris, L'Esprit des péninsules, 1999).
Albert t'Serstevens Le Nouvel itinéraire espagnol (Paris, Mémoire du livre, 2001).
Albert t'Serstevens Un apostolat. Postface de Jean-Pierre Martinet (Courbevoie, Durante, 2002).

jeudi 31 décembre 2009

Le Peuple des miroirs (des textes critiques de Jean-Pierre Martinet)

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Il revient encore, toujours, comme un nouveau coup de canif dans nos certitudes : là où il est, Jean-Pierre Martinet doit s’exclamer : “Immer ! Immer ! Je suis là, dans vos esprits, pour toujours désormais. Vous ne m’oublierez plus, c’en est fait !”

Et, de fait, Jean-Pierre Martinet sera de nouveau à l’honneur dès le premier trimestre de 2010, l’année qui démarre fort.

Avec une réédition, La Somnolence, son premier roman paru en 1975 chez J.-J. Pauvert, et Le Peuple des miroirs, un volume d’articles critiques que seuls les heureux propriétaires de la collection de Matulu, journal littéraire publié par un bel aréopage (Alfred Eibel, Yves Martin et alii) entre 1971 et 1985 pouvaient encore lire.

Grâce au travail de Julia Curiel, qui a réuni ces articles de toutes tailles, et notamment ses entretiens avec Ernst Jünger ou Roger Caillois, ou son essai sur Thomas Hardy (Hors Commerce, Alfred Eibel éd. ) - il suffira désormais d’ajouter son essai sur t’Serstevens pour boucler le corpus (1).

C’est une nouvelle face de Martinet qui est remis en lumière. Où l’on s’apercevra que le romancier, cinéaste sans espoir, fan des grands Russes, était aussi un lecteur des plus fin.




(1) Jean-Pierre Martinet “Un apostolat d’A. t’Serstevens, misère de l’utopie” in Albert t’Serstevens Un apostolat. - Courbevoie, Durante, 2002, 235 pages, 22 euros



Jean-Pierre Martinet Le Peuple des miroirs. Textes critiques. Textes rassemblés et présentés par Julia Curiel. - Clichy-la-Garenne, France Univers, 130 pages, 15 euros jusqu’au 15 février 2010, 18 euros ensuite.

Jean-Pierre Martinet La Somnolence. Préface de Julia Curiel. - Bordeaux, Finitude, 256 pages, 20 euros. A paraître le 21 janvier 2010.



France Univers
3, rue d’Estienne-D’Orves
92110 Clichy-la-Garenne