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jeudi 12 novembre 2009

Feues les Figures (1900)

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A partir de 1880, Octave Uzanne (1851-1931) fut un bibliopole extra, spécialisé dans le livre superbe, diablement illustré à la mode du temps, tel ce Miroir du monde de la maison Quantin. Parfois confiné à l’anecdotique, ou au pittoresque, il fut en premier lieu un bibliographe et un bibliophile dont la production personnelle reste utile et parfois délicieuse, témoin son rarissime Dictionnaire biblio-philosophique, typologique, iconophilesque, bibliopégique et bibliotechnique à l’usage des bibliognostes, des bibliomanes et des bibliophilistins (Paris, Académie des beaux livres-Société des Bibliophiles contemporains, en l’an de grâce bibliophilique, 1896) tiré à 176 exemplaire, ou ses revues comme Le Livre. On lui doit aussi un Barbey d’Aurevilly (1927), Le Livre Moderne, Nos Amis les Livres, les Caprices d’un bibliophile, La Nouvelle Bibliopolis et beaucoup d’autres ouvrages encore consacrés à des sujets futiles mais agréablement illustrables et fort plaisants à l’esprit : la mode et les curiosa. (Pour en savoir plus long, il existe une thèse rédigée par Fati Glamallah, Octave Uzanne, Bibliophile et revuiste).

Rééditées ces jours, ses Figures de Paris, ceux qu’on rencontre et celles qu’on frôle, dont le sous-titre obéit à une curieuse grammaire, sont un ouvrage collectif de 1901 où quelques plumes notoires de la Belle Epoque ont formé un recueil de portraits sous l’angle de la profession, ou du mode de vie. Un genre bibliographique en soi, adopté par les chroniqueurs qui suivaient les traces de Rétif et avaient pris l’habitude de pondre de la copie pour la presse si pléthorique au XIXe siècle. En voici le menu :
Snobs et snobinettes de sport, par Hugues Rebell
Sergot, par André Beaunier
Pierreuse, par Jean Lorrain
Camelot, par Alfred Jarry
L’Invalide, par Franc-Nohain
Terrassiers, par Maurice Beaubourg
Le Crieur de dernières nouvelles, par Edmond Pilon
Cochemuche, par Albert Lantoine
Silhouettes de Montmartre, par Gustave Kahn
Trimbaleur de Refroidis, par Saint-Georges de Bouhélier
Petite Blanchisseuse, par Edmond Pilon
Ramasseur de mégots, par Tristan Klingsor
Femmes du d’Harcourt, par Hugues Rebell
Troubades, par Edmond Pilon
Cipal (Gardes de Paris), par Charles-Louis Philippe
Le Garçon de Café, par Franc-Nohain
Coltineurs, par Louis Codet
Porteurs de Babillardes (facteur), par Georges Pioch
Fleuriste, par Saint-Georges de Bouhélier
Trottins, par Octave Uzanne

Si l’on ne craignait un très relatif anachronisme, il n’y manquerait que la ramasseuse de crottes de chiens, périphérique figure dont Léon Bonneff parlera un peu plus tard dans Aubervilliers, active lorsque les “marquis de quatre sous” chers aux vingt ans de Charles Monselet n’étaient plus.
Dépaysant à souhait, parfois spirituel, l’ensemble réuni par Octave Uzanne forme en outre un excellent memento mori, puisque bientôt, le “Trimbaleur de Refroidis” modernisé emportera nos carcasses, comme autrefois…

Une soirée a lieu ce jour à la librairie l’Arbre à Lettres de la rue Edouard Quenu (quartier Mouffetard), à partir de 19 heures, autour de ce livre et des Inventions de Pawlowski dont nous avons parlé il n’y a pas si longtemps. le Master of Ceremony est le préfacier des deux opus.


Octave Uzanne (dir.) Figures de Paris, ceux qu’on rencontre et celles qu’on frôle. — Paris, La Bibliothèque, coll. “Les Billets de la Bibliothèque”, 135 pages, 14 euros