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lundi 12 février 2007

Amer (la revue des temps décadents)


Sur la vague décadente d’une autre siècle, Amer, revue finissante démarre le nez au vent. Vous avez bien lu : Amer démarre finissante, et c’est un bon point que la lucidité, puisque le destin de toute revue, et cela contribue au charme de ces publications élaborées dans le secret d’esprit curieux, est de disparaître de la vue, des étals, des lieux publics — contrairement aux dictionnaires et encyclopédies qui s’y étalent, ces fats ! — en des délais incertainement fixés (certaines se survivent durant des décennies, d’autres capotent au premier envol, c’est toute la magie des revues).
Pour autant nous n’allons pas sonner le glas pour Amer, qui démarre, répétons-le, avec une audace un peu remarquable sur des terres rien moins que granitiques. C’est plutôt l’argile des temps décadents que sarcle et ensemence Amer en affichant en quatrième de couverture des termes rien moins que mous…

Acrimonie / Haine / Amertume / Colère / Mélancolie / Aigreur / Fiel…

Voilà du pas vu. Tout ça produit par Les Âmes d’Atala éditions dont la devise semble être “vivant, en guerre/ mort, en paix”. De quoi inspirer la curiosité, d’autant que le sommaire marque, c’est notable, un goût certain pour l’abîme. D’abord des rééditions de textes “classiques” focalisés d’abord sur la catastrophe et noués sur les propos millénaristes de Camille Flammarion (“La Fin du monde”) ou “La Catastrophe de Courrières” par l’anarchiste Libertad. Vient l’entremet d’une douceur érotique de Pierre Louÿs et de très belles nouvelles de Jean Richepin (“Les Soeurs moches”), Octave Mirbeau (“La vache tachetée”), Guy de Maupassant (“L’Enfant”) et “Les Sans-gueule” de Marcel Schwob (récemment publiés en appendice des lettres de Jean Lorrain à Schwob au Lérot). On se régale ensuite des entretiens avec Claude Izner, l’auteur bicéphale des enquêtes fin-de-siècle du bouquiniste Victor Legris (10/18), et de Flavien, le chanteur du groupe Paris Violence, singulièrement lettré lui aussi. Et puis on lit attentivement, comment faire autrement, les articles érudits d’Alain Buisine sur Lorrain (“Byzance copronyme”), de Ian Geay sur les “Irrumations fin-de-siècle” et de Johan Grzelczyck sur “Nietzsche et la modernité décadente”. Là, on n’a pas le temps de rire : on s’accroche parce que c’est du sérieux, et faute de poursuivre notre lecture de la “Bibliothéque décadente”, probablement entravée par ses invendus, on se réjouit que paraisse Amer où se manifeste l’actualité des recherches fin-de-siècle dans des annonces de parutions, de colloques et autres réjouissances cérébrales.
On ne folâtre pas à la rédaction Amer, c’est vrai. Il est possible que l’on y broie du noir ou qu’on lui trouve des vertus esthétiques. Et pourquoi pas ?

Amer peut-être, mais il faut être honnête : bien content tout de même.

Une précision et une recommandation : Amer se diffusant exclusivement par les voies hasardeuses des dieux et celles, caillouteuses, du colportage, nous encourageons nos charmantes nautrices et charmants nauteurs à y aller d’un chèque. Franchement, cinq euros, hein, c’est pas la mer à boire.

PS Nous nous en voudrions de ne pas signaler le placard anarchiste de 1906 placé en queue de sommaire. On y lit tout benoitement ce message utile : “Le criminel, c’est l’électeur !” Ah, les bougres !

AMER n° 1, 82, rue Colbert 59000 Lille, 152 p. 5 €
zamdatala@hotmail.com

Une publication amie des éditions dont nous parlerons forcément un jour…