L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Manuel Orazi perdu chez les dingues (une erreur tragique)

OraziAustin.jpg


L'exposition La Folie en tête consacrée à plusieurs collections historiques d'art brut, présentée à la maison de Victor Hugo (Paris) nous donne l'occasion de saluer le célèbre Calendrier magique du Lyonnais Austin de Croze illustré par Manuel Orazi (L'Art nouveau, 1896). Rappelez-vous, L'Alamblog vous le présentait en 2008 déjà.
Par une bizarrerie inexplicable, malencontre, bête concours de circonstance, méprise idiote, bref, un truc de cet acabit, une copie non signalée de trois des dessins d'Orazi, reproduits en asile (?) et en grand format (??), figurent par erreur dans cette exposition qui perd du coup un peu de sa superbe. Et c'est dommage parce que des pièces formidables y sont présentées qui méritent bigrement le déplacement. Les découvertes y sont nombreuses, foi de curieux, cousues, ficelées, peintes à l'aiguille, ou tout comme, dans un déluge de figures délirantes et obsessionnelles. Le "Voyageur français", grand adepte du papier peint psychédélique, ne vaut-il pas le coup d 'oeil ?
Mais que viennent y faire ces dessins d'Orazi ? Esquisses d'Orazi ? Copies par un curiste ? Ou bien acquisitions du psychiatre ? mystère et boule de boulette. Et, naturellement, les commissaires nous laissent dans la plus noire purée car ils n'ont pas fait le rapprochement avec l'imprimé commandé par Mister Bing. Bref, la nature des pièces présentées devient malheureusement un peu flottantes malgré le travail de résurrection effectué sur des pièces jusqu'ici enterrées dans les archives.
On espère toutefois des explications dans le catalogue. Bernique ! Le catalogue — vraiment trop cher (1) — n'indique rien d'autre sur cette question Orazi qu'un "anonyme" de mauvais aloi. Pour que les commissaires de l'exposition puissent vérifier nos dires, signalons que le Calendrier d'Austin et d'Orazi est en ligne, lui, gratuitement sur Gallica.
Merci Gallica.


PS on attend toujours un bon fac-similé de ce chef-d'oeuvre fin-de-siècle...

(1) Les amateurs d'art brut ne sont pas forcément de richissimes enfants au panier percé. Tout le monde sait que ce catalogue va être soldé dans quelques mois parce qu'invendu. Forcément invendu, dirait la vieille. Il a le prix d'un grand album relié mais le format d'un ouvrage standard, et ça n'est pas sa toile de couvrure en polyamide imitation soie qui nous trompe, ô éditeurs dédaigneux.

Commentaires

1. Le dimanche 11 février 2018, 19:35 par Gérard Audinet

Cher Monsieur, on vient de me signaler votre article et je crois bon d’y répondre ayant coutume d’assumer mes erreurs. Ces trois dessins en question font partie d’un ensemble de 12 qui se trouve parmi les oeuvres de la collection du Dr Marie, classées neuve invention et, donc, restées à part de la Collection de l’Art brut à Lausanne. Ayant appris l’existence de ces oeuvres en cours de travail, j’en ai inclus une sélection comprenant les trois dessins en question. Je vous avoue très franchement que n’ayant pas un goût immodéré pour les oeuvres ésotériques et sataniques fin de siècle, j’ignorais le calendrier d’Austin de Croze... mais je n’en avais pas moins été séduit par ces dessins. C’est le soir du vernissage que j’ai appris le lien avec Manuel Orazi, ce que j’ai immédiatement signalé à mes collègues de Lausanne. Mais il ne m’appartient de dire s’il s’agit bien des dessins originaux d’Orazi, je ne suis pas compétent pour cela. La raison pour laquelle ces dessins se trouvent dans la collection du Dr Marie reste à etudier : un interné aurait-il eu un exemplaire de cet ouvrage de bibliophile à l’asile ? S’agit-il d’un échange amical avec le psychiatre... ou bien Orazi a-t-il payé quelques consultations avec ses dessins... L'étude restant à faire, la question n’étant pas tranchée (et peut-être devenant un peu paresseux) j’ai décidé de ne pas changer les cartels... vous laissant ainsi toute latitude pour exercer votre sagacité. Permettez-moi, en outre, de vous rassurer au sujet du catalogue : il se vend tellement mal qu’il a dû être réimprimé. Vous remerciant pour l’intérêt que vous avez porté à l’exposition et l’oeil attentif avec lequel vous l’avez visitée, bien cordialement à vous. Gérard Audinet

2. Le lundi 12 février 2018, 06:53 par Elizabeth Prouvost

Oui il y a une gène à la sortie de cette expo, un manque de folie dans l’accrochage, peut être.

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet