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Les yeux de la tête

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La parution d'un livre de Bérénice Constans conduit à un plaisir rare et subtil.
S'il est équipé d'une préface de Claude Louis-Combet et enrichi de dessins, c'est un moment que l'on déguste dans la plus grande tranquillité et avec mille précautions. Après avoir découronné les pages, on ne néglige pas un bon verre de vin non plus qu'un fauteuil trop confortable. On s'installe. On occupe la latence à se remémorer ce que Bérénice Constans traçait pour les Cahiers du Schibboleth et pour ses éditions Galimart et on s'immerge dans la préface... Elle est intitulée "Bérénice, l'obscur et sa transparence". Claude Louis-Combet s'y lance comme dans une fable...

A l'artiste qui oeuvrait, à la recherche de son âme, à sa figuration inachevée, inachevable, dans une profusion de couleurs célestes et de formes viscérales, il advint que tout se brouilla, que l'acuité de la perception visuelle, dissimulée sous l'évidente passion de douceur et de tendresse, s'émoussa, chancela, se délita. Des éléments obscurs, filaments, vibrions, essaims, surgis de profondeurs sans nom, brouillèrent cette limpidité étale qui avait, jusqu'à présent répondu à la quête, quasi tique, de la lumière et du vide.

A l'instar d'Edward Munch relatant par le dessin ce que sa vision devenait peu à peu, les écrits et dessins de Bérénice Constant racontent une sienne histoire de l'oeil que des macules et des taches noires envahissent. C'est aussi un récit de la création et de la pensée d'icelle.

Elle observait la tache sur le mur, en se mordant nerveusement la lèvre. Plusieurs fois de suite, elle ouvrit et ferma les yeux, en essayant de s'arracher à sa vision, mais il eut en elle comme une cassure. La tache s'accrochait. Une secousse épouvantable l'envahit. Elle n'osait plus disposer de son corps.
L'obscurité allait s'abattre sur elle en une pluie de cendres noires.


On n'hésitera pas à dire ici que Bérénice Constans dévoile beaucoup d'elle dans ce livre composé de fragments et de moments. C'est un retour sur sa création, sur la création en général, et un dévoilement intime plus général encore. Elle signe avec cet Oeil sont oeuvre la plus urgente et celle qu'il convient de voir. Avec tous les yeux de la tête.


Trouve la forme. Saisir la forme.
Arrête le mouvement. Arrêt de bouger.
Tiens ta tête.
Droit,
Le regard droit.

(...)

Ceux que l'oeil sent,
Ne le ferme pas.
Ouvre.

C'est ainsi que tu défends ton secret.



Sans conteste, l'un des plus beaux livres de ces temps.


Bérénice Constans L'Oeil de tous les yeux. - Fata Morgana, 96 pages, Exemplaires de tête : 13 ex. numérotés accompagnés d'un dessin original de Bérénice Constans, 120 €. 787 exemplaires sur vélin du Grand Maurian : 17 €

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