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Les cases de l'ange

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Auteur d'un seul livre, ou presque (il a aussi écrit quelques nouvelles), le Cubain Guillermo Rosas (1946-1993) a fini sa vie en exilé misérable à Miami. Equipé de quelques bricoles et d'une précieuse anthologie des poètes anglais, il a traversé la mer pour se retrouver dans une situation délicate : sa famille déjà installée aux USA s'est rendu compte à son arrivée sur le sol américain qu'il n'était pas dans un état brillant. Placé dans une "boarding home" au milieu d'une petite tribu de demeurés et de séniles incontinents, il a néammoins trouvé l'énergie d'écrire un court récit très beau où il dit tout à la fois sa solitude et la rigueur odieuse du sort qui lui est fait au milieu des siens, les Cubains exilés.

Cette nuit j'ai rêvé que, de retour à La Havane, je me trouvais dans un funérarium de la 23e Rue. De nombreux amis m'entouraient. Nous buvions du café. Soudain, une porte blanche s'ouvrit et un énorme cercueil, porté par une douzaine de vieilles pleureuses, entra. un ami m'enfonça son coude dans les côtes et me dit :
–C'est Fidel Castro qui est là-dedans.
Nous nous retournâmes. Les vieilles déposèrent le cercueil sur le catafalque au milieu de la salle en versant des torrents de larmes. Alors, le sépulcre s'ouvrit. Fidel montra d'abord une main. Ensuite la moitié du corps. Enfin, il sortit complètement de la caisse. il rectifia sa tenue de cérémonie et vint vers nous en souriant. – N'y a-t-il pas de café pour moi ? demanda-t-il ?
Quelqu'un lui tendit une tasse.
– Eh bien, nous sommes morts, déclara Fidel. Maintenant, vous constaterez que cela ne règle rien non plus.




Guillermo Rosas Mon ange. Traduit de l'espagnol par Liliane Hasson. - Actes Sud, 2004, "Babel", 128 p. 6,60 €.


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