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Il y a trente ans disparaissait Marguerite Yourcenar

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Pour fêter le trentième anniversaire de la mort de Marguerite Yourcenar, nous dennons à nouveau, en version enrichie, le billet de février 2016 où nous prouvions par la faucille et par le marteau que Marguerite fut d'abord Marg la rouge.
De même que Paul Claudel a malencontreusement oublié son "Ode à Franco" lors de la préparation du volume de la Pléiade qui lui était consacré - on peut pas se souvenir de tout, surtout quand on doit s'occuper de sa soeur -, notre chère Marguerite Yourcenar a elle aussi négligé de recueillir le petit poème qu'elle avait publié le 26 novembre 1926 dans L'Humanité.
Peuchère, elle avait vingt-trois ans la pitchoune !
A moins d'avoir des notes diablement entretenues, hein, il était bien hasardeux d'espérer voir reparaître ces vers d'un communisme ardent un demi-siècle plus tard.

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Par miracle, les archives se souviennent de tout. Y compris des "adjuvants de la lourde main"... En voici la preuve dans la page complète. Sacrée Marg.

Pour faciliter la diffusion de ces vers en fusion, pour que l'on constate que Margot avait de l'avance sur Luc Besson, et pour que les éditeurs de la Pléiade puisse les reprendre dans leur prochaine impression, les voici saisis. Colportons, mes soeurs, mes frères, la parole exaltée.


La faucille et le marteau


Marteau de fer, faucille d'or
Outil de vie, arme de mort,
Fauchez, forgez, frappez plus fort !
Force aujourd'hui, fauche naguère !
Etant la paix soyez la guerre !
Instruments du labeur humain,
Adjuvants de la lourde main,
Fauchez hier, forges demain !

Forgez, fauchez, marteau, faucille !
Le rameau sec pend et vacille.
Courbe d'argent, croissant d'airain
La nielle est là. Les épis tombent.
Fauche l'herbe qui se dit grain !
Cher aux corbeaux, fui des colombes,
L'orge trompeur et plein d'appeaux,
Champs qu'engraissaient pour les troupeaux
Les charognes des hécatombes,
Lin des linceuls, lin des drapeaux !
..............................................
Avec les sous verdegrisés,
Les chefs fourbus, les dieux usés,
Les bustres idéalisés,
Congrès, dictateurs, républiques,
L'airain creux des places publiques
Où tant de mensonge est figé,
L'or enfoui, l'or naufragé,
Reforgez ce qui fut forgé !
..............................................
Semez la flamme en étincelles !
Fauchez le blé : les grains ruissellent.
Pour les bouches universelles
Fauche, faucille, aux champs épais !
Bois le combat ! Rythme le paix (1) !
Métal aigu, métal sonore,
Le fer rougit. Le blé se dore.
Semez la nuit de grains d'aurore !

Forgez, fauchez, frappez toujours !
Un jour nouveau naîtra des jours !
Sur l'air, le feu, la terre et l'onde,
L'être humain, cinquième élément,
L'être humain, constructeur du monde
Tendre vers le haut firmament.
Sur l'herbe du labeur champêtre,
Sur le sol dur enfin sans maître,
La gerbe du prochain froment,
Le bronze des cités à naître !

Marg. Yourcenar.





(1) Sic, pour une coquille du typographe sans aucun doute.

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