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Mario l'homme-poulpe

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Parfois, nous étions tellement débordés que certains clients auraient dû se passer de déjeuner si Mario ne s'était pas trouvé là pour nous sauver la mise. Cela faisait quatorze ans qu'il travaillait çà la caféterie et il en était arrivé à ne pas perdre une seconde entre les tâches successives à accomplir. Le Magyar était très bête, moi j'étais inexpérimenté et Boris avait tendance à lambiner, moitié à cause de sa jambe et moitié parce qu'il considérait comme dégradant de travailler à la caféterie, lui qui avait été garçon. Mais Mario était admirable. Il fallait le voir, les bras en cr²oix à travers la pièce, remplir une cafetière d'une main et, de l'autre, faire cuire un oeuf à la coque tout en surveillant les toasts et en lançant des instructions au Magyar, et trouvant encore le courage de fredonner des bribes de "Rigoletto". Le patron l'appréciait à sa juste valeur et le payait mille francs par moi, au lieu des cinq cents que touchaient les autres employés.
(...)
Quatorze années de cette vie de taupe avaient laissé en lui à peu près autant de paresse naturelle qu'il peut y en avoir dans une tige de piston.





George Orwell Dans la dèche à Paris et à Londres, traduit par Michel Pétris. - Paris, Ivréa, 1993, 291 pages, 19 € ; 10-18, 2003, 290 pages, 8,10 €



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