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Hilarotragœdia

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Sous le slogan latin de "Pactum serva", les éditions Zones sensibles proposent à la lecture un livre de l'Italien Giorgio Manganelli (1922-1990) dont la librairie va probablement avoir du mal à savoir quoi faire. Non que le livre soit affligé d'un format délirant ou d'une nature dégoulinante. C'est plutôt que la prose de Manganelli, provocante et dense, réclame une attention particulière, quand bien même ses incursions sur les terres de la drôlerie, ou de l'incongru, réitérées et originales, sont de nature à ravir toute la crèche.
Ici, pour ne rien dire d'une lecture encore inachevée mais déjà délectable, nous avons affaire avec un livre de 1964 - le premier de Manganelli — dont le composite assumé ramène aux meilleurs moments de la littérature expérimentale, aux plus belles sorties de route de Cingria, de Gadda, de Calvino et de quelques autres... Ici, prenant leçon de la littérature antique, l'esthète use de l'hilaro-tragédie, genre destiné à convoquer la mythologie pour la défaire par le rire. Ce à quoi Manganelli ajoute encore un décalage formel, mêlant les pépites de glose à la pâte sablée du récit. Souvenons-nous bien que Manganelli avait tout pour nous plaire : il défendait la thèse selon laquelle l'enjeu majeure de l'art littérature était de créer du mensonge, du faux, du mystifiant ("litteratura comme menzogna", 1967). L'éditeur Zone sensibles, très audacieux on le sait (cf. son catalogue) s'est attaqué à son Hilarotragœdia où, pour commencer, il est question de la métaphysique de l'homme... lequel est destiné à descendre. Toujours plus bas. C'est cette "balistique descensionnelle" qui plaisait à son ami Italo Calvino.

Peut-être est-il naïf au point d'espérer y dénicher un catalogue bien rangé des fables, fait de telle sorte que, en le compulsant, il lui soit possible de comprendre quel rôle avaient envisagé pour lui de moins irraisonnées videurs. Peut-être peut-il espérer que dans l'Hardais, avec le judicieux secours de ses consanguins en angoisse, il pourra commodément discourir de ses homicides et luxures et infamies, et rapporter tout cela à l'innocence essentielle de son âme.
Il se peut que l'inefficience du videur, et la balourdise du spectacle, doivent être expliquées autrement (...)


Manganelli, toujours plus perché, était un ami d'Umberto Eco, et c'est à lui que Zones sensibles dédie cette édition illustrée d'une magnifique photographe d'un Rodin déchirant.



Giorgio Manganelli Hilarotragœdia. Traduit de l'italien par Christophe Mileschi. — Zones sensibles, 118 pages, 15 €
Pour mémoire, la traduction de l'excellent Centurie. Cent petits romans fleuves (W, 1985 ; Bourgeois, 1994) a reparu chez Cent pages il y a deux ans.



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